‹ Souvenirs de Saint Cyr et de l'École d'État-MajorChapitre 1 sur 37 · DE SA FONDATION A NOS JOURS — JADIS ET MAINTENANT · texte numérisé non relu

DE SA FONDATION A NOS JOURS — JADIS ET MAINTENANT

Au commencement de Fannee 1685, il y a deux Slides, M°*' de Maintenon obtint du Grand Roi Louis XIV I'autorisation de fonder une maison d'education pour les filles nobles privees de fortune; Mansard fut choisipouren etre I'architecte, et fit commencer les travaux le !•' mai.

L'emplacement adopte fut celui occup6 par le

chateau du. seigneur de Saint-Cyr, dans le village

de ce nom pres Versailles. Ce seigneur 6tait alors

le marquis de Brinon-S6gnier, auquel le roi fit

compter, pour ledit chdteau et sa terre, la somme

de quatre-vingt-onze mille livres.

Une annee plus tard, la maison d'education, h

laquelle trois mille ouvriersavaienttravaillddouze mois sans reldche, dtait construite, et, sous rinvocation de saint Louis, Saint-Cyr ouvrait ses portes a deux cent cinquante jeunes filles nobles. Quatorze cent mille francs y avaient 6t6 depenses.

A la mort de Louis le Grand, M°® de Maintenon s'y retira, y recjut la visite de la mere du regent et celle du csar Pierre le Grand, lors de son voyage en France. A sa mort, arriveele 1 5 avril 1719, elle fut embaum6e et inhum^e dans le choeur de reglise.

En 1793, k la Revolution, la maison de Sain-t- Cyr fut supprim^e, le corps de la fondatrice fut retire du cercueil, profand, train6 dans le village, sauve mir^culeusement, puis place dans une all6e du jardin. Recueillie plus tard par le general Bellav^ne, gouverneur de Tdtablissement devenu une ecole militaire, la depouille mortelle de M""® de Mai ntenon, en 1836 (le i" decembre), fut mise, par ordre du colonel Baraguey d'Hilliers (i), dans

(i) Commandant alors I'Ecole militaire.

un petit monument en marbre noir fort modeste plac6 dans le choeur de I'eglise.

En 1793, Saint-Cyr devint un h6pital militaire, succursale des Invalides ; sous le Consulat, un prytande militaire. En 1808, sous le premier Empire, rficole spdciale militaire de Fontainebleau y fut transf^rde, et TEcole pr^paratoire envoyee k la Fl^che. Supprim6e en 1814, rdtablie en i8i7,par ordonnance royale du 31 decembrej cette 6cole subsista jusqu'^ nos jours sous son nom d*ficole "spdci'ale. Elle requi, de 1808 i 1814, de nombreuses visites de Napoleon P', qui Tappelait sa poule aux oeufs d'or. De 1814 ci 1830, le roi etles princes de la branche ain6e des Bourbons y vinrent k plusieurs reprises. En 1834, le due d*0rl6ans y passa one matinee. En 1836, Louis-Philippe donna un drapeau au bataillon de Saint-Cyr dans une revue ^ Versailles, et fit en personne, le soir, les honneurs de Touverture de son mus6e aux el6ves.

£cole nationale militaire apr^s fevrier 1848, mais sans changer de destination ; dcole impiriale k Tavfenement de Napol6on III au tr6ne, elle est

redevenue, depuis le 4 septembre 1870, 1'ficole sp6ciale militaire, conservant son organisation du 30 septembre 1853.

Au nombre des iikvcs jeunesfiUes de i'icoie de Saint-Cyr, n'oublions pas de citer I'ain^e des sceurs de Napoleon, £lisa, plus tard grande-duchesse de Toscane, re^ue en 1784, et au sujetde laquelleon trouve dans les archives I'acte suivant, curieux document historique :

« Aujourd'hui, 24 novembre 1782, le roi ^tant " & Versailles, bien inform^ que la demoiselle Marie-Anne de Buonaparte a la naissance, I'Age et les qualit^s requises pour 6tre admise au nombre des demoiselles qui doivent etre revues dans la MaisoD royale de Saint-Louis, Atablie k Saint-Cyr, ainsi qu'il est apparu par titres en les certificats et autres preuves, conform^ment aux letlres patentes du mois de juin 1686 et mars 1694, Sa Majesty lui a accord^ une des deux cent cinquante places de ladite maison,enjoignant^lasup^rieure de la recevoir sans ddai, de lui faire donner les instructions convenables et de la faire jouir des

mdmes avantages dont jouissent les autres demoiselles, en vertu du present brevet que Sa Majeste a, pour assurance de sa volonte, signe de sa main, etc., etc.

« Sign6 : Louis. »

filisa Bonaparte se trouvait done k Saint-Cyr pendant que son fr^re 6tait 6l6ve du roi k Tficole militaire de Paris (1784-1785). C'est pendant cet intervalle que la maison, fondee par M"® de Maintenon re(;ut les premieres visites du jeune Bonaparte, qui, deux fois parmois, venait voir sa soeur. II etait presque toujours accompagne par les dames de Permon, amies de sa famille.

Ces petits voyages durent cesser k la fin d'octobre 1785, par suite du depart de Napoleon, qui venait d'etre nomm6 lieutenant en second au regiment d'artillerie de la Fere. Napoleon ne revint a Saint-Cyr que deux ou trois fois dans Tespace de sept ann^es.

En 1792, il se trouvait k Paris lorsque fut d6-

SAINTrCYR

CTiUt la suppression dcs itablissements de I'ancieane monarchiei II s'occupa aussitflt des moyens de ramener dans sa famille sa sceurElisa. Ed con- . ■ sequence, il 6crivit aux administrateurs du district de Versailles pour leur demander I'autorisation de faire sortir de Saint-Cyr sa sceur avant le ^ i" octobre, jour fix6 pour I'evacuation, et, comme il n'dtait pas trfis riche en ce moment, il sollicita une indemnity de route de vingt sols par Iteue en faveur de la jeune penstonnaire.

II obtint, en effet, la sortie immediate et un mandat de trois cent cinquante-deux francs pour le voyage.

Mais devenu, en 1800, le chef du gouvernement, I'ancien 61^ve de I'ficole militaire de Paris songea k perfectionner les vues dc la Convention sur les ^tablissements d'6ducalion, et d'aprfes un rapport de Lucien Bonaparte, alors ministre de I'intdrieur, il fut d^cid6 qu'un pjytande fran(;ais seralt crdd dans les anciens bailments de Saint-Cyr. Get ^tablissement fut inauguri le ai septembre 1800, avec une grande solennit^ et en presence de

Lucien, k qui les el^ves remirent une mddaille commemorative (i).

On sait combien les etablissements utiles dtaient Tobjet des soins et de la sollicitude de Napoleon. II voulait les voir tous par lui-meme, et parmi ceux qu'il prot^geait d*une manifere toute spdciale, il en dtait un surtout qu'il affectionnait de preference aux autres : c'6tait celui de Saint- Cyr,.dont le souvenir lui rappelait ses petits voyages de 1785. Aussi, dts le debut de sa creation, cet etablissement fut souvent Tobjet de ses visites. Toujours il arrivait k Saint-Cyr sans avoir prevenu ; c'etait du reste le moyen qu'il employait lorsqu'il voulait se rendre compte plus sQrement. II interrogeait les eifeves, gron^ait ceux

(i) Cette medaille, que nous avons vue entre les mains d*un officier du premier Empire, portait d'un cbt6 : A Lucien Bonaparte, la jeunesse reconnaissante ; -et de I'autre le gdnie de I'instruction conduisant un jeune enfant vers un autei sur iequel des couronnes etaient d^pos^es. Autour on lisait : Inauguration du Prytan^e deSaiiit-Cyr, an VIII.

sur lesquels on lui donnait de mauvaises notes, ce qui fitait tr6s rare.

Pendant la guerre de 1870-1871, 1'ficole spdciale militaire de Saint-Cyr fut occup^e par les troupes allemandes, et cessa naturellement de fonctionner.

Lore du second sifege de Paris, centre la Commune, les vastes bStitnents de cet ^tablissement servircnt de prison aux fdddrds captures par I'armie de Versailles pendant les operations militaires.

Les troupes ^tant rentr^es dans ,1a capitale, k la fin de mai 1871, on s'occupa imm^diatement d'approprier les locaux de la maison fondle par M"' de Maintenon, pour leur rendre la destination qu'ils avaient avant la guerre centre la Prusse,

En aoOt 1871, on nomma, pour commander I'dcole rdorganisde, le gdndral de brigade Hanrion, vigoureux officler sorti de Saint-Cyr comme sous-lieutenant an 19' l^ger, ayant fait longtemps la guerre en Alg^rie, puis la campagne de CrimSe et le siftge de S^bastopol, revenu d'Orient chef

de bataillon, pass6 lieutenant-colonel en 1866, mis en activity hors cadre pour commander en second I'Ecole speciale militaire, pourvu du commandcment d'un regiment de marchc k Parmde de defense de Paris pendant le premier siege, et nommd colonel en recompense de sa brillante conduite, k la tdte de son rdgiment.

General apr^s le premier si^ge, M. Hanrion, lors de la formation de Parmde de Versailles, re- (jut le commandement de la 2* brigade de la division Laveaucoupet, du 1^^ corps d'arm^e, et se montra tres brillant k Tattaque du 22 mai.

Depuis cette 6poque, I'ecole de Saint-Cyr a eu plusieurs commandants et a continue a donner, chaque ann,6e, des officiers du grade de sous-lieutenant aux divers regiments d*infanterie et de cavalerie de Tarmee de terre, ainsi qu'aux regiments de notre infanterie de marine.

D^squeles b^timents de Saint-Cyr eurent et6

remis en dtat de recevoir des ^16ves, apr^s la

guerre de 1870 et celle contre la Commune de •

1871 , rficole militaire fut r6tablie comme du temps

de I'Empire, sous le meme nom, et re^ut 537 S16^ ves, savoir: 330jeunes gensadmis aprfes exaroiens et devant passer deux ana^es, comme jadis, dans I'Btablissement ; [70 Aleves ayant d6j4 fait u'ne ann^e d'^tude ; enfin 47 ofjiciers-ilives- de la promotioD devant sortir eo 1871, et qui, n'ayant pu satisfaire aux examens de fin d'annde, a cause de I'interruption des etudes pendant la guerre, furent autoris6s i rentrer 4 I'ficole pour y suivre, d'octobre ^ Janvier, des cdurs suppl6mentaires et spedaux devant les mettre en etat de subir avec ' succ^s de Douveaux examens.

La situation de ces trois promotions 6tait celleci: les.320 Olives admis pouvaient etre, en cas de renvoi pour inconduite, remis simples soldats dans les regiments dans lesquels ils avaient contracts un engagement volontaire. Les 170 Olives de seconde annde, s'ils venaient k Schouer dans les 6preuv6s de sortie, devaient etre admis dans les corps d'infanterie et de cavalerie comme sousofficiers. Enfin, les 47 autorisds k passer trois "mois A I'Ecole pour parfaife leur Education durent .

passer leurs examens et tire nomm^s sous-lieunants ou ren^rer dans la troupe comme sous-officiers: Ces 47 jeunes gens furent tous admis comnie sous-lieutenants dans* les corps, k la fin de Tannic .

Comme transition de Saint-Cyr, maison d'6ducation des jeunes filles, ci Saint-Cyr, ^cole mihtaire, nous ne saurions mieux faire que d'em- • prunter ci un 6ltwt de cette dernifere ecole les deux spirituelles pieces de vers intitul^es : Jadis et Maintenant, et le Petit Bois. Les voici.

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