JADIS ET MAINTENANT
Tout ici-bas change de caractfere, La terra tourne et roule k tous moments, Et tout ici, tournant comme la terre, Devient sujet k miUe changements.
Cette maison, on jadis I'innoQence Fuyait le monde et ses plaisirs trompeurs, Est maifiitenant une ^cole .ou la France Fait aux combats former ses difenseurs.
Et dans les lieux ok Ton apprend la gUerre Et les secrets de cet art inhumain,
L&, de beanWs, dans I'ombre et le mystftre.
On ^levait un gracieux essaim;
Puis dans la suite, a leur noble patrie,
Elles donoaient de uouveaux habitants,
Quand nous, remplis d'une rage enneraie,
Notre metier est de tuet les gens !
De Maintenon, de m^moire royale,
Un g^D^ral a pris I'appartement,
Et nous mangeons noire pain dans la salle
Oil oiaint bonbon se mangeait gentiment.
Dans ce dortoir oii la jenne flilette
En rougissant consultait son miroir,
En un instant j'acbeve ma toilette
Et sors du lit, fort souvent, sans y voir
Dans cette froide et manvaise couchette,
Ce pauvre lit et si dur et si bas.
La gente Agnis, tendre autant que discr^e,
Jadis, peut £tre, ^tendait ses appas.
Elle y dormait ; mais cd vain avec force,
Moi, je me lourne en maudissant le sort;
Le doux sommejl avec moi fait divorce,
Pourtant sans peine un innocent s'endort.
Et passe encore si cette Agnes jolie,
Dans mon malheur, prenant pitiS de moi.
Pour adoucir I'ennui de I'insomnie,
M'apparaissait... pour calmer mon emoi !
Les roulements remplacent les cantiques ;
Aux hymnes saints succident les jurons :
Jadis la cloche aux sons purs et mystiques
Et maintenant... le fracas des canons.
Dans cette enceinte, ou jadis de Racine On entendait ies vers harmonieux, Ou Poiyeucte a converti Pauline Et renvers6 ies autels des faux dieux, L*ancien, gaiment, court, voltige k merveille, Et de son art nous montre le secret ; Et le conscrit va, portant bas Toreille, En bougonnant, grelotter au piquet.
Rien, dans Ies murs tristes et solitaires, Ne porte atteinte k notre purete.
Mais... je ressens... des vapeurs somniftres... Et je... m*endors... je r^ve en verite :
Je vois du temple Athalie arrachee...
Voici Ies juifs, Ies juives... Et bientot...
J*embrasse Esther aux pieds de Mardochee, Quand le tambour me reveille en sursaut I Maudit tambour ! Ta bruyante cadence Me plairait fort au milieu des combats ; Mais je la crains quand, au sein du silence, Le doux plaisir me berce dans ses bras.
Tout mfime un songe, ici Ton nous Tenleve ; Dans ce dortoir, jadis plus attrayant, Si gentie fille a forme plus d*un r6ve, Qu'un rfive, au moins, soit permis maintenant.