‹ Souvenirs de Saint Cyr et de l'École d'État-MajorChapitre 11 sur 37 · PRIVILEGES DES ANCIENS · texte numérisé non relu

PRIVILEGES DES ANCIENS

gram apercevait le terrible chef, il lui presentait les armes en faisant le plus de bruit possible et laissait tomber la crosse de son fusil sur le pave de la cour. Ce signal etait repdte par la sentinelle du poste, et tout objet de contrebande disparaissait aussit6t, si faire se pouvait. Un matin, un quart d'heure apres le reveil, en plein hiver, le colonel p6netre dans la cour Wagram en donnant I'ordre k Thieve de faction de rester Tarme au bras. II arrive k la porte du poste, empeche la seconde sentinelle de bouger, et se trouve brusquement dans le corps de garde. Je commandais en Tabsence du caporal,alorsala cuisine. Devant un po6le bourre de bois, rouge de feu, mitonnait dans une grande cruche de gres un allechant vin chaud avec citron, sucre et cannelle. En apercevant le colonel, je n'ai que le temps de mettre mon bonnet de police sous mon bras gauche, de saisir la cruche de la main droite et de la placer derriere mon dos, en la soutenant de mon mieux.

« Qa sent le vin chaud ici, s'ecrie Baraguey, ou est la cruche ? — La voil^, mon colonel. » Et

je lui montrais une cruche pleine d'eau que nous avions soih de tenir toujours en Evidence, plac6e dans un coin, t Voyons le bois! » II pousse les bflches de son pied. « Rien, fait-il en sortant, allons, vous dtes plus malins que moi. > Et 11 ferme la porte. II elalt temps, j'allais lecher la cruche au vin chaud, mon bras s'ankylosait. Le factionnaire lui presente les armes et manque de tomber sur le nez. < Ah ! ah I dit Baragaey, vous voil^ dans les vignesdu Seigneur, vous. » L'dleve, garijon de beaucoup d'esprit, r^pond aassit6t : « Non, mon colonel, dans ses plantations de tabac. B Le malheureux avait fume une pipe qui I'avait rendu horriblement malade. U ^tait express6ment defendu de fumer; cependant, le colonel ne put rSsister h la r^ponse spirituelle de i'6l6ve; il se mit 4 rire de bon cosur. Entr'ouvrant la porte du corps de garde, il me dit : « Relevez votre factionnaire de devant les armes et envoyez-le cojjcher. » Le factionnaire senoinmaiE.de Vautr^. II se dirige sur les salles de police tout liaturelle- .ment. « Mais non, lui dit le colonel, allez vous

Le corps de garde — Le \in chaud

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