‹ Souvenirs de Saint Cyr et de l'École d'État-MajorChapitre 10 sur 37 · LA VIE LE DIMANCHE · texte numérisé non relu

LA VIE LE DIMANCHE

Lorsque je devins ancien a mon tour, je ne me Hvrai aaucune vexation sur les pauvres consents; au contraire, je cherchai a eviter ci mes nouveaux camarades les ennuis des premiers temps. Je me souviens de la brimade exercee par un de mes amis k Tegard du fils d*un des plus riches banquiers de Paris. L'ancien forgait son consent a lui demander chaque matin Taumone, et a recevoir un sou. Un certain nombre de duels etaient la consequence de ces brimades, et parfois de braves jeunes gens faits pour s'estimer et s'aimer devenaient des ennemis irreconciliables. Quelques-uns ont 6te tues dans ces rencontres.

Une anecdote h propos du fils du riche banquier auquel les brimades avaient rendu le sejour de rficole insupportable. Avant et apres les promenades, comme h toutes les prises d'armes, un appel etait fait par le sergent de seniiaine dans chaque compagnie. Un beau dimanche en rentrant au bahut, k Tappel de son nom personne ne repond prisent. Qu*etait devenu I'eieve? On rend compte au capitaine. Va-t-on le porter deserteur ?

Le soir, une chaise de poste attelie de quatre chevau^ depose dans iacourroyale.au pied de I'escalier du colonel, le dcserteur qui a d^camp6 pendant la promenade avec armes el bagages,.s'est fait mener a Paris chez son pfire, trouvant insupportable le regime de I'ficole, ct que son pfere s'est empresse de ramener en grande vitesse au bahut. Cela coflta quelques louis au pere et quinze jours de prison au fils.

PRIVILEGES DES ANCIENS — LE SERVICE A LA CUISINE — LE CUISINIER GRASSE-OREILLE — LA CHOUCROUTE — SA PREPARATION — LE POSTE DE GARDE A LA POLICE — LA CONTREBANDE — LE VIN CHAUD — ANECDOTE, SPIRITUELLE REPONSE DE l'eLEVE DE VAUTRE AU COLONEL — « TOURNESOL ».

Les anciens avaient certains privileges. Chaque jour, par exemple, Tun d'eux a tour de role dtait commande de service k la cuisine. II devait surveiller le chef et ses aides. Je dois dire qu'il etait toujours en bonne intelligence avec notre gros cuisinier, nomme Grasse-Oreille. Une excellente c6telette, un rognon, une tranche de gigot que Tadroit Vatel trouvait moyen de glisser k Tdleve de garde prte de ses fourneaux, les mettait d'accord. Le samedi, jour de choucroute, rien de curieux conime le lavage, le Iriturage de cet aliment. Je

vuis encore rimmense chaudiere remplie d'eau

dans laqueile on jetait les tOQDeaux de ces choux fermentes. Deux gros et sales marmitons, entiferement nus, chacun une pelle a la main, se plongeaient dans la marmite, la parcourant en tous sens, sous le fallacieux prdtexte de nettoyer ce plat, fort appr6ci6 des anciens et peu go(H6 des nouveaux. Dteu sail ce qui se passait dans le vaste local entre la choucroute et ces deux neltoyeurs. Heureusement le feu purifie tout.

Un autre privilege des anciens ^tait de fournir chaque jour un poste de dix hommes, un caporal et un appoints, pour monter la garde il'int^rieur. Ce poste p!a(;ait deux senlinelles, une devant les armes, une i la porte principale de la cour Wagiam. Le corps de garde 6Eait le quartier g6n6ral des objets de contrebande; le colonel ne I'ignorait pas, aussi y enlrait-il souvent d. I'improviste et a toute heure.

Voici ce que nous avions imagine pour fitre prevenus k temps de son intempestive visite.

DSs que le factionnaire plac^ dans la cour Wa-

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