PROMENADE — ANECDOTE — LA VOLAILLE UNE
BRIMADE QtTl OCCASIONNE UNE DESERTION.
Le dimanche, le rdveil fut avanc6 d*une demiheure pour nous donner plus de temps a Tastiquage. A huit heures le dejeuner, puis Finspection et la manoeuvre devant le colonel. Cela durait jusqu'd dix heures. C*etait long et fatiguant, le sac au dos. J*ai vu parfois des 6l6ves, lors des grandes chaleurs, tomber la face contre terre. On les transportait ^ rinfirmerie et on les remettait aux soins intelligents et maternels des bonnes soeurs, qui, comme celles de la Fleche, avaient pour nous le plus absolu devouement. Je dois dire aussi, h propos de ces chutes, que j*ai vu des
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dlfeves faire intentionnellement ce que nous appelions carpefhte.
Lorsque la revue dominicale paraissait trop langue aux malins qui s'^laieDt excrces a la frime de carpefrile, ou lorsque, consigti^s, ils voulaient goOter des douceurs de rinfirmerie, ils se laissaienl choir; et il elait impossible de savoir si c'dtait un jeu ou unc r^alite, tant ils faisaient la chose naturellement.
Apr&s la revue, une messe basse etait dite par im des chapelains. EUe etait lestement expfidiee. i.e colonel, les offlciers de I'^tat-major y assisliiient d'une tribune situee en arriere, sous I'orgue. Jamais de sermon. Un dimanche cependant, ud nouvel abbfi, nomm^ Le Blanc, trop zeU ou peu au fail des us et coutumes de i'tcole, monte en chaire k notre grand ^tonnement et A notre plus grande indignation. — On donne aussilol un pelo- Ion au pauvre predicateur; c'est-a-dire qu'on accueille ses premieres paroles par un sourd murniure. Le colonel se leve dans sa tribune et s'^crit a haute et intelligible voix; — » Messieurs, il faut
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se conduire k Texercice comme a Texercice, k la messe comme k la messe, le bataillon sera huit jours au bataillon de punition. Descendez/ monsieur Tabbe. » Jamais de v^pres.
Le dimanche a deux heures nous prenions les armes, et sac au dos, sous le commandement du capitaine de semaine, nous faisions deux ou trois lieues sur un chemin avoisinant Tficole ; c'est ce que nous appelions passer la jambe sur la route aux cochons. Le colonel Baraguey d'Hilliers faisant quelquefois inspection du bataillon avant le depart, ordonnait de mettre sacs a terre et de les ouvrir, pour prouver qu'ils contenaient tous les effets d'ordonnance places reglementairement.
Un beau dimanche, le colonel s'aper^ut que j'avais oublie ma seconde paire de souliers; cela me valut quatre jours de salle de police, et (ja n'dtait pas drdlc, cette punition; quatre jours enferm^ dans un cabanon cellulaire avec du pain et de Teau pour toute nourriture. On n'etait pas tendre pour nous, au bahut special.
Je me rappelle qu'un dimanche la promenade
militaire fut pouss6e jusqu'A Saint-Cloud. Le capitaine de semaine, excellent hotnme, nomme Conner, craignant que nous ne fussions fatigues, fit former les faisceaux et rompre les rangs, sur la terrasse du bord de I'eau.
Aussit6t nous nous pr^dpitons chez tous les restaurateurs, liquoristes, cafetiers, achetant des Itquides de toute espece. Le capitaJne fait bien vite battre le rappel. Trop lard! les bouteilles ^taient d6j^ dans le sac. 11 en resulta quelques grisades, et huit jours d'arr^ts pour le bon capitaine. Parfois on nous conduisait au pare de Versailles. Nous d^filions alors par la ville et sur le tapis vert, dans un ordre parfait. Un apres-midi, au moment 011 nous rompions les rangs pres du bassin de Neptune, arrivait une pension pr6paratoire de Versailles, ce que nous appelions de la future volaille. Aussitot on. court sus et Ton jelte 4 I'eau une dlzaine de ces jeunes gens. Heureusement on ^tait en Hi, le soleil dtait chaud, i'eau du bassin peu profonde. Mon Dieu! que Ton est done bSte et mSchant i vingt ans !..