‹ Souvenirs de Terre-SainteChapitre 1 sur 14 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Le temps n*est plus où les voyages en Terre-Sainte étaient chose rare, difficile et parfois périlleuse. Alors, il était entendu que tout pèlerin, touriste ou archéologue, après avoir eu le privilège de parcourir ces lieux sacrés, se hâtait d'écrire un récit de ses aventures, et chacun s'empressait de faire accueil à cette publication impatiemment attendue. Cet usage était si général qu'un original, un Ecossais dit-on, pouvait se vanter dans un salon d'être < l'homme qui a parcouru la Palestine et qui n'a pas publié le récit de son voyage. »

7'empora mutantur. De nos jours, les lieux saints, jadis malaisés à atteindre, sont accessibles à la masse des voyageurs, et les caravanes Cook ne manquent pas de les comprendre dans leurs itinéraires habituels. Il n'est désormais plus permis, je le sais, de croire qu'on peut sans autre faire paraître des « Souvenirs de Terre-Sainte. » Il faut s'en excuser, rien n'est plus certain, et je n'ai garde de vouloir me dérober à cette nécessité, généralement admise.

Que dirai-je donc pour ma défense ? Je crois pouvoir affirmer que, lors de mon retour en Europe, il y a trois ans, rien n'était plus loin de ma pensée que de rédiger un volume racontant notre séjour, en tout ou en partie. Toutefois,

diverses revues m'ayant demandé des articles sur ce sujet, j*ai commencé à en écrire, fragment après fragment. Ensuite, il m'est venu, de divers côtés, la demande de réunir ces esquisses en un volume, et après avoir hésité, j*ai cédé, et je me suis résolu à affronter les reproches de ceux qui estiment, à tort ou à raison, qu'il faut mettre un terme aux récits de voyage en Terre-Sainte.

En me décidant à réimprimer divers articles déjà parus, je n'ai pas cru pouvoir me contenter de cette opération purement mécanique, et j'ai tenu à y joindre quelques autres récits analogues. J'ai choisi de préférence celles de mes expériences qui m'ont fait sortir en quelque mesure des sentiers les plus battus.

Les pages intitulées « Au pays des Philistins et aux puits de Beer-Schéba, Le couvent de Mar-Saba, Le Carmel, Saint- Jean-d'Acre et Sur la côte tyrienne » avaient déjà paru, soit dans la Revue chrétienne, soit dans V Annuaire des Unions chrétiennes de la Suisse romande^ soit enfin dans le Chrétien évangélique. Je me suis borné à retoucher ces morceaux, sauf pour le dernier, que j'ai retravaillé d'une façon plus approfondie. Les autres chapitres sont complètement inédits.

Ce qui l'est également, ce sont les illustrations qui accompagnent mon texte : elles sont toutes, sans exception aucune, exécutées d'après des photographies de ma femme. Je suis heureux de pouvoir ainsi associer son nom au mien sur le titre de cet ouvrage, et cette perspective a pesé, plus que toute autre considération, sur ma détermination de faire paraître ce volume. Il m'a semblé d'ailleurs qu'il valait la peine de fiaire connaître au public une partie au moins des quatre cents clichés que nous avons rapportés d'Orient. Il va sans dire que nous nous sommes attachés de préférence à reproduire ceux qui retracent des paysages ordinairement négligés par les photographes professionnels.

xAprès tout, je ne puis croire que l'abondance ou la surabondance des écrits concernant la Terre-Sainte soit un mal : on a beau les multiplier, on n'arrive pas encore à populariser comme on le devrait dans notre public, même cultivé, une connaissance suffisante des lieux mentionnés dans la Bible et qui devraient être familiers à tous ses lecteurs. J'ai eu trop souvent, à propos des conférences que j'ai données au cours des trois dernières années, l'occasion de constater cette ignorance parfois surprenante et toujours regrettable. Et cela peut s'expliquer en quelque mesure. La littérature anglaise et allemande, très riche sur le sujet dont nous parlons, échappe forcément à un grand ;iombre de nos compatriotes et coreligionnaires. Les publications françaises portent le plus souvent un cachet catholique romain très prononcé. Même lorsqu'elles n'ont pas une allure nettement hostile au protestantisme, leur caractère confessionnel, très naturel et parfaitement compréhensible en lui-même, ne leur ouvre pas l'accès de nos familles et de nos Eglises. En définitive, on en revient toujours au captivant ouvrage de M. Félix Bovet, aux Notes et Croquis du peintre Paul Robert, ou bien à quelques relations plus anciennes, telles que celles d'Edmond de Pressensé ou de Mme (Je Gasparin. Mais de nos jours la Palestine se présente tout autrement qu'il y a trente ou quarante ans. La grande publication en quatre volumes, La Palestine illustrée^ dont mon collègue M. Philippe Bridel a composé le texte et dont MM. Thévoz frères ont fourni les planches, est sans doute d'une extrême utilité pour une étude approfondie et systématique, mais ne se prête guère à la lecture courante. Il y a donc encore quelque chose à faire dans cette direction, et je

cherche à prendre ma part de cette tâche. Mon je^ine ami et compagnon de voyage, M. Paul Laufer, y travaille de son côté en faisant paraître, en même temps que ce volume-ci, un ouvrage plus étendu, dont je salue l'apparition prochaine et qui donnera de l'Orient moderne une vue beaucoup plus complète.

Qu'il me soit permis de dire en terminant que j'ai beaucoup pensé, en préparant ce livre, aux étudiants que, pendant les vingt dernières années, j'ai eu le privilège de voir autour de moi. Au moment où je suis près de cesser mon enseignement, on ne s'étonnera pas, j'espère, de me voir saisir cette occasion pour adresser un message affectueux et reconnaissant à mes élèves, qui m'ont récemment témoigné leur attachement d'une façon qui m'a vivement touché. Puissent-ils trouver dans ces pages quelques échos des sujets que nous avons été appelés à étudier ensemble, et puissions-nous tous, en nous familiarisant avec le pays de la Bible, apprendre aussi à mieux connaître les hommes de la Bible, prophètes et apôtres, et Celui-là surtout qui les a tous inspirés et autour duquel ils se groupent, Celui qui est leur Maître et le nôtre, Jésus-Christ !

Genève, le i** octobre 1897.

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