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CHAPITRE VIII

Sur la côte tyrîenne.

Au nord de Saint- Jean-d' Acre s'étend la côte phénicienne, et sur ce rivage à la renommée antique, deux villes ont brillé jadis d'im éclat sans pareil : Tyr et Sidon. Ce n'est pas leur histoire mouvementée, riche en événements de tout genre, que j'entreprends de raconter ici en détail. Il faudrait un volume pour en venir à bout. Je tente seulement de donner un aperçu de l'état actuel de ce littoral célèbre et d'évoquer le souvenir des impressions que j'ai ressenties en le parcourant au printemps de 1894. D'ordinaire, les voyageurs qui s'arrêtent à Tyr y aboutissent en venant ou du nord ou du sud, donc en longeant la mer. J'y suis arrivé de l'est, de l'intérieur des terres. En eflfet, quinze jours s'étaient écoulés depuis la visite que nous avions faite à Saint- Jean-d' Acre et que j'ai racontée ci-dessus. Reprenant la route de l'est, nous avions traversé Nazareth, gravi le Thabor et séjourné au bord du lac de Tibériade. De là, par Safed, nous avions gagné les hauteurs de la Galilée septentrionale, et nous avions été bloqués, trois jours durant, à 900 mètres au-dessus de la mer, en pleins

brouillards, en face du Grand-Hermon, dont un coup de vent impétueux nous révélait parfois la haute cime neigeuse, en balayant pour un instant les couches épaisses de nuages. Ensuite, franchissant la gorge profonde où mugit le Litâni, nous avions pris pied sur la rive droite de ce fleuve et pénétré ainsi dans une région qui n'a jamais relevé des rois de Samarie ou de Jérusalem. Aussi dans ce district les villages, qui ne sont pourtant ni rares ni insignifiants, sont-ils tout à fait dénués de souvenirs historiques remontant au temps des douze tribus.

En revanche, les croisés ont laissé en ces lieux l'un des plus remarquables monuments de leur passage. Le château de Beaufort ou Belfort, que nous apercevons à une hauteur prodigieuse au-dessus de nos têtes, tandis que nous passons le Djisr-el-Khardéli, mérite à tous égards une visite et une mention particulière. Nous nous hâtons donc de gravir le sentier qui nous y conduira. Mais ce n'est pas l'œuvre d'un instant que de faire cette escalade, et nos montures trouvent à plus d'une reprise la tâche rude et fatigante. Enfin nous avons atteint le plateau supérieur où se trouve le petit village d'Amoûn. Une contrée nouvelle se découvre à nos regards. Est-ce illusion? est-ce réalité? est-ce le fait que nous avons quitté la Terre-Sainte proprement dite? Bref, il nous semble que ce pays diffère de ceux que nous venons de parcourir.

Après une courte halte auprès des maisons d'Amoûn, nous reprenons encore une fois la montée, et cette fois c'est pour grimper au haut du dernier contrefort et atteindre le sommet extrême où se dressent les assises massives de la grande forteresse, à une altitude de 715 mètres. Nous laissons les chevaux sur une terrasse gazonnée au sud du

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château, et nous nous approchons de l'entrée. L'enceinte colossale semble de loin merveilleusement conservée. Les murs arrondis qui dessinent le périmètre des grandes tours apparaissent dans un remarquable état de préservation. Mais il n'en est pas de même à l'intérieur de la citadelle. Hélas! c'est une ruine malgré les apparences, une ruine délaissée de tous, ou plutôt, ce qui est pis encore, abandonnée aux usages les plus infimes : comme à Hounîn, les vastes salles sont devenues des étables pour les troupeaux, sinon en permanence, du moins parfois, et les débris malodorants laissés par ces hôtes vulgaires rendent inabordables certaines pièces spacieuses où l'on aimerait à pénétrer. Les annales des croisades mentionnent pour la première fois ce château fort comme étant tombé en 1139 aux mains du roi Foulques de Jérusalem. Donc, comme le fait remarquer Guérin *, « ce château préexistait à l'arrivée des croisés en Palestine, et ceux-ci, en le réédifiant, durent conserver toutes les parties qui étaient en bon état, et dont la fondation première nous est inconnue. » Peut-être, en étudiant de très près les substructions et les souterrains de la forteresse, et en la comparant avec d'autres ruines analogues, pourra-t-on arriver à des conclusions un peu moins vagues touchant l'origine et la destination initiale de cet édifice, si grandiose et si admirablement situé. Je ne me propose pas d'en faire ici une description circonstanciée : des spécialistes, versés dans la connaissance de l'architecture des croisés, ont publié à ce sujet des études fort complètes et instructives. Je n'ai pas davantage l'intention de relever en détail tous les événements de son histoire : ce

* Ouvr. cité, Galilée, vol. 11, p. 524.

serait rééditer une fois de plus ce que j'ai eu l'occasion de dire à propos d'Acre et de Safed. Conquise par les croisés et remise aux seigneurs de Sidon; reprise par les Sarrasins (i 190) ; restituée aux Francs (1240) ; acquise par les Templiers (1260), la citadelle, comme celle de Safed, dut sa ruine finale au sultan Bibars (1268). Au dix-septième siècle, un essai fut fait par l'émir druse Facardin (Fakhr-ed-Dîn) pour utiliser à nouveau Beaufort, et à cet effet quelques travaux y furent exécutés, mais ce fut en vain, et l'abandon devint définitif. Les Arabes appellent ce château « Kalatech-Chékif, » nom dont on ignore l'origine exacte.

Nous avons eu de la peine à nous détacher de ce lieu superbe et captivant. Dès notre entrée dans l'enceinte fortifiée, nous avions été comme saisis d'un frisson d'admiration presque craintive en découvrant du bord oriental de la forteresse le profond abîme qui se creusait à notre droite. Cette haute paroi montagneuse, que dans la matinée nous avions contemplée d'en bas, nous la dominions maintenant, placés à son faîte, et nous éprouvions une vague impression de vertige.

Après de longs moments consacrés à nous repaître de cette vue lointaine, et pour ainsi dire à vol d'oiseau, sur toute une immense étendue de pays au nord, à l'est, au sud, nous pénétrons dans le dédale des escaliers et des voûtes sans nombre qui formaient le vieux castel. De tous les détails entre\ais je n'en veux retenir qu'un seul : le souvenir d'une ravissante salle, au portique ogival, perchée au sommet de la plus haute terrasse, et que l'on considère volontiers comme ayant été la chapelle des sires de Beaufort Nos lecteurs trouveront dans la gravure ci-contre la vue extérieure de cet édifice ; nous aurions aimé pouvoir dissi-

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per les ombres et photographier également rintérieur, dont l'architecture a quelque chose d'original et de gracieux.

En visitant Kalat-ech-Chékif, j'ai eu la même sensation qu'en parcourant d'autres monuments en ruines, à Baalbek par exemple ou à Djérach ; bien loin de s'épuiser, la curiosité s'accroît et se surexcite : on ne se lasse pas de scruter les angles obscurs, de mesurer de l'œil les proportions des constructions diverses, de reconstituer par la pensée l'aspect que présentait l'édifice quand il était intact et habité. C'est à regret qu'on voit s'envoler les minutes et les heures, et qu'on doit enfin se résoudre à quitter un lieu où l'imagination peut évoquer tant de scènes dramatiques, tant de personnages disparus.

On se représente communément l'œuvre des croisés comme ayant été exclusivement militaire, guerrière. Un court passage en Palestine et en Syrie suffit pour révéler la grandeur de la tâche accomplie par ces conquérants venus de si loin et pour montrer en eux, ou du moins en quelques-uns d'entre eux, de véritables pionniers de la civilisation.

Au soir de cette belle journée, après deux heures de marche encore, nos tentes se dressèrent dans le gros bourg de Nabatiyeh, résidence d'un moudîr ou sous-préfet. Le camp était admirablement placé, au centre d'une prairie spacieuse, aux abords du village du côté de l'ouest. Un magnifique coucher de soleil jetait une note gaie sur tout le paysage, et les habitants, avec leurs vêtements multicolores et pittoresques, se pressaient en foule autour de nos hommes, occupés à installer le campement. Si grande était

Taffluence des curieux que, pour donner de l'espace aux travailleurs, notre drogman devait par moments exécuter de vraies charges à travers la cohue, une cravache à la main. La bande des gamins se dispersait alors en poussant de grands cris, et l'instant d'après elle se reformait et tout était à recommencer.

Cette population se compose en majorité de Métaouilés. mais on trouve aussi à Nabatiyeh une forte proportion de chrétiens, appartenant essentiellement à l'Eglise grecqueunie. Comme nous flânions, un peu plus tard, dans les rues de la localité, et que nous parvenions dans le quartier chrétien, nous fûmes hélés amicalement par quelquesuns de ces hommes. Ils nous firent entrer dans une de leurs maisons, nous offrirent des rafraîchissements et des cigarettes, nous présentèrent à leur curé et nous menèrent visiter leur petite église. Un sujet revenait sans cesse dans leur conversation, c'était l'enlèvement de leur cloche. Le moudîr ou son substitut la leur avait confisquée, sous le prétexte ingénieusement trouvé qu'ils n'étaient pas régulièrement autorisés à en posséder une et à la feire carillonner. Hélas! il leur manquait en effet un document officiel pour ratifier un usage déjà ancien et auquel, comme de juste, ils tiennent vivement. Que faire pour que ces braves gens puissent recouvrer leur cloche et le droit de s'en servir ? Ils parlaient de faire des démarches à Bejrrout, de s'adresser aux consuls des puissances européennes.... J'ai bien peur que le seul remède efficace soit un bon bakchich, adroitement et judicieusement appliqué à la place voulue.

La continuation naturelle de notre route eût été, le lendemain, de cheminer au nord-ouest pour aboutir en peu d'heures à Sidon. Mais laisser Tyr en dehors de notre itinéraire ! Mais nous résigner à mutiler à ce point notre voyage ! Etait-ce possible ? Sans doute la sagesse l'eût peut-être commandé : nous avions eu des retards à subir du fait du mauvais temps, nous aurions dû être déjà arrivés à Beyrout d'après nos prévisions premières.... Mais n'importe ! Tant pis pour les calculs préalables et pour les programmes tracés à l'avance ! Il ne sera pas dit que Tyr aura été sacrifiée. En avant donc, au sud-ouest, vers l'emplacement de celle qui fut jadis la « reine des mers. »

Voilà comment, le 20 avril, par un jour radieux, sous im soleil étincelant, nous descendions les versants accidentés qui s'inclinent vers la Méditerranée. Notre guide, emmené de Hounîn, l'honnête et serviable Ouakid, chevauchait en tête de la colonne, et nous traversions des prés à l'herbe touffue, des champs aux moissons pleines de promesses, des plantations d'arbres fruitiers en fleurs, des pentes couvertes de buissons et de bruyères en abondance. Derrière nous, le Grand-Hermon détachait sur le ciel sa croupe d'une blancheur éblouissante, et nous ne pouvions nous lasser de nous retourner pour admirer ce spectacle grandiose.

Soudain, près de Zérariyeh, village qui nous semble populeux et prospère, nous arrivons sur la crête d'une colline, et la mer chatoyante se découvre à nos yeux ravis, tableau enchanteur que nous nous réjouissions de revoir. Au loin.

un panache de fumée signale le passage de quelque steamer. Plus près, se balançant au gré des vagues, et mouchetant de taches blanches le bleu sombre des eaux, voici les barques de pêcheurs qui courent, rapides, le long du rivage, évitant les récifs perfidement semés ça et là sous les flots. Au nord comme au sud, la côte s'étend en ligne à peu près droite, quelque peu dentelée pourtant, car les rochers s'avancent parfois en promontoires au-dessus de Teau, et d'autres fois celle-ci pénètre en criques peu profondes dans l'intérieur des terres.

Ce tableau s'est-il offert aux yeux du Christ lorsqu'il a, pour la seule et unique fois au cours de son ministère, quitté les frontières du pays de sa nation pour passer quelques jours sur une terre étrangère? a-t-il suivi, pour ce voyage, la route que nous venons de prendre ? Nous voudrions pouvoir le croire et nous bercer de la pensée que nous parcourons le chemin où jadis sqs pieds se sont posés, mais la vraisemblance historique nous oblige à confesser loyalement que, selon toute apparence, il n'en est rien. Ou bien, si Jésus, venant des bords du lac de Tibériade, a passé plus au sud et gagné Tyr à travers la contrée où s'élève Tibnîn, son trajet de retour, indiqué par l'évangile de Marc, ne l'a-t-il pas fait passer par Nabatiyeh et cette région n'a-t-elle pas été ainsi foulée par les pas du Maître ? Cette seconde supposition serait déjà plus acceptable. Mais le plus probable, c'est que les « quartiers de Tyr et de Sidon, » dont il est parlé dans le récit des Evangiles, ne doivent pas être cherchés sur le littoral méditerranéen. La domination phénicienne, au temps du Christ, s'étendait sur la Galilée septentrionale, y compris Kédesch en Nephtali, et jusqu'aux frontières du royaume de Damas,

Jésus, retournant au lac de Tibériade en traversant la Décapole, a peut-être simplement suivi la route que nous avions prise de Safed à Hounîn, et c'est peut-être aux environs de Deichoûn ou de Meis^ que se place sa rencontre avec la pauvre mère, anxieuse pour son enfant. Ce fut la première occasion qui s'offrit au Sauveur, de secourir une créature humaine étrangère à la race des juifs. Cette femme, cananéenne comme dit Matthieu, syrophénicienne selon Marc, et grecque de langage et de religion, sut par ses supplications pressantes et empreintes d'une confiance implicite, obtenir l'exaucement de sa requête et en même temps un témoignage éclatant rendu à sa foi ^.

De Zérariyeh, une descente rapide et accidentée nous amène à peu près au niveau de la mer, mais non pas sur le rivage même : c'est dans le bas de la vallée du Litani ou Kasimiyeh que nous aboutissons. Et là, à l'ombre bienfaisante des figuiers, auprès de champs annonçant une récolte copieuse et prochaine, nous nous reposons pendant une heure ou deux, après les quatre ou cinq heures de cavalcade de la matinée. Tout près de nous, la rivière coule d'un flot calme et cependant rapide, ses eaux sont un peu grisâtres et l'on reconnaît bien l'aspect d'un cours d'eau montagnard, déjà quelque peu assagi par son entrée dans des parages de plaine, ayant cessé de bouillonner et d'écumer, mais conservant encore les traces de ses origines, de ses allures sauvages et indomptées. Tel le Jourdain avant son arrivée dans la Mer Morte ; tel notre Rhône audessous du défilé de Saint-Maurice, alors qu'à travers la plaine, il se hâte vers son embouchure dans le lac, où il précipitera son limon sans réussir à en ternir les eaux bleues.

* Voir plus haut, p. 288, 291. — ^ Matth. xv, 21-28; Marc vu, 24-31.

Nous sommes sur la rive droite, septentrionale, du Kasimiyeh. Le long de ses bords croissent en abondance des roseaux, des plantes grasses, des chardons de grande taille. Autour de nous paissent des vaches de petite race, brunes ou noires. Les paysannes de quelque hameau voisin sont là, tout près, dans l'herbe, silencieusement accroupies et curieuses de contempler le repas de ces voyageurs européens, dans un lieu où les touristes ne passent guère ; car notre itinéraire de ce jour est tout à fait en dehors du parcours accoutumé des caravanes. Quand nous nous remettons en route, c'est pour gagner, à deux kilomètres environ vers l'ouest, le pont qui franchit la rivière et siu: lequel passe la grande route du littoral. Ici nous rejoignons l'une des artères principales de circulation dans ces parages. Ce pont est en dos d'âne et ne se compose que d'une seule arche, d'une dimension respectable et hardiment jetée pardessus le fleuve. A son extrémité sud se trouve un vieux khan placé aux côtés d'un ouéli tout fraîchement blanchi à la chaux et qui met une note claire, presque éblouissante, dans le paysage ^ Devant nous, au sud, s'étend la côte, plane et sablonneuse, large d'un fort kilomètre en moyenne. Et dans le fond, se détachant sur la ligne de l'horizon, nous apercevons les maisons blanches de Tyr. C'est de ce côté que nous portons nos pas, tournant ainsi résolument le dos à Beyrout, notre destination principale, et quitte à refaire demain en sens inverse ce court trajet d'une heure et demie ou deux heures.

Après les interminables montées et descentes que nous

* Ce ouéli est consacré à Nébi-Kâsim, au « prophète Kasim. » Ce personnage, tout à fait inconnu, pourrait bien devoir son origine à une fausse étymologie du nom de la rivière voisine. Voir plus haut, p. 309.

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n'avons cessé de faire depuis une quinzaine de jours en arpentant la Galilée en tous sens, nous sommes tout surpris et joyeux de retrouver ici le sol uni et moelleux, si je puis dire ainsi, que nous avons déjà apprécié précédemment entre Haïfa et Saint- Jean-d' Acre. Plus nous avançons, plus les contours de la presqu'île où s'élève la Tyr moderne nous apparaissent distinctement, et le massif d'arbres qui se dresse sur l'arête médiane de l'isthme se dessine avec ime netteté croissante. Enfin nous touchons au but, et c'est au galop que nos montures nous font franchir la dernière partie du trajet : nous voilà au pied de l'enceinte.

Jadis, Tyr était une île, et cette circonstance n'a pas été sans jouer un grand rôle dans son histoire, en contribuant à lui assurer le renom d'une cité imprenable, défiant les assauts des conquérants. Et de fait, les Assyriens sous Salmanasar, les Babyloniens sous Nébucadnetsar, ont longuement et patiemment assiégé la grande métropole phénicienne ^ Mais ni l'un ni l'autre n'ont réussi à s'en emparer, si bien que de plus en plus elle passait pour inexpugnable. Il était réservé au plus éminent des capitaines de l'antiquité de faire tomber en quelques mois cette réputation si bien établie. Alexandre vint mettre le siège sous les murs de Tyr : toute la partie continentale de la ville, qui s'étendait au sud et au nord à des distances considérables, toute cette masse compacte d'habitations luxueuses et de riches entrepôts tomba bientôt entre ses mains. Et avec les débris de

* Par une curieuse coïncidence, le premier de ces sièges est contemporain de la ruine de Samarie et le second de celle de Jérusalem.

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ces quartiers dévastés, avec les décombres des murailles et des maisons détruites, avec la terre versée dans la mer en quantités énormes, le conquérant macédonien entreprit de rejoindre le rivage à Tîle au moyen d'une chaussée colossale. Les travaux avancèrent rapidement, malgré la défense désespérée des Tyriens, et sept mois suffirent à Alexandre là où treize années s'étaient écoulées inutiles pour Nébucadnetsar^ Depuis lors, c'en est fait de la puissance tyrienne, son antique prestige a été détruit, elle est restée reliée à la côte par cette digue amoncelée par l'ennemi, et le sable de la mer, poussé par les vents, est venu de part et d'autre s'accumuler sur le rempart, si bien qu'aujourd'hui, à l'endroit où il est le plus resserré, l'isthme a plus d'un demikilomètre de largeur au lieu des soixante pas que lui avait donnés Alexandre.

« Quelle admirable position, dit à ce propos Victor Guérin, que celle de cette vieille cité phénicienne, avec ses deux ports, ses deux rades, et la belle plaine qui, sur la terre ferme, se prêtait si bien à l'établissement de ses chantiers maritimes, de ses entrepôts et des nombreuses villas de ses riches marchands. Grâce à l'habileté et à l'audace de ses marins, grâce aussi à l'industrieuse activité de ses habitants, elle a jadis, comme on le sait, tiré un profit merveilleux des avantages d'un pareil site, et longtemps elle a brillé comme l'une des principales reines de la mer et du commerce. Tout cet éclat s'est éclipsé depuis des siècles et peut-être pour toujours ; mais en étudiant les lieux où il a autrefois resplendi, on comprend mieux les grandes destinées qui furent alors accordées à cette ville, sui* laquelle

* Comp. Ez. xxix, 17-21.

la malédiction du ciel semble être passée ensuite et dont l'état actuel ne justifie que trop les terribles prédictions des prophètes*. » Les pages dramatiques de l'Ancien Testament, dans lesquelles les prophètes Israélites décrivent la magnificence de Tyr et son activité fabuleuse, viennent en effet se presser dans notre mémoire. Nous nous rappelons Esaïe s'écriant^ :

...Tyr, la dispensatrice des couronnes,

Elle dont les marchands étaient des princes,

Dont les commerçants étaient les plus riches de la terre !

Nous nous souvenons encore et surtout des descriptions prestigieuses d'EzéchieP, de cette apostrophe saisissante :

...O toi qui es assise au bord de la mer.

Et qui trafiques avec les peuples d*un grand nombre d'îles I

...tu disais : Je suis parfaite en beauté I

...Ceux qui t*ont bâtie t'ont rendue parfaite en beauté.

Le prophète compare Tyr à un navire, dans la structure duquel entrent les matériaux les plus recherchés. Et puis, à la peinture de ce faste et de cette puissance succède le tableau des relations de Tyr avec toutes les contrées du monde connu :

Tous les navires de la mer et leurs mariniers étaient chez toi, Pour faire réchange de tes marchandises.

Et c'est une énumération prolongée de tout ce qui se trouve sur le marché de Tyr et à bord de ses vaisseaux : guerriers, esclaves, bestiaux, chevaux, mulets, ustensiles

* Ouvr. cité, GàlilUy vol. ii, p. 460. — * Esa. xxiu, 8. — ^ Ez. xxvixxvui ; spécialement xxvii, 3-36.

divers, métaux variés, or, argent, fer, plomb et étain, ivoire et ébène, pierres précieuses, corail, riches étoffes, broderies, laine et byssus, aromates, baume, huile, vin, miel, blé, etc. Mais tout cela doit prendre fin, et tout a pris fin, en effet : « Le vent d'orient t*a brisée au cœur des mers, » continue le prophète :

...Et quand tu as été brisée par les mers,

Quand tu as disparu dans les profondeurs des eaux,

Tes marchandises et toute ta multitude

Sont tombées avec toi.

Tous les habitants des îles sont dans la stupeur à cause de toi.

Leurs rois sont saisis d'épouvante.

Leur visage est bouleversé.

Les marchands parmi les peuples sifflent sur toi ;

Tu es réduite au néant, tu ne seras plus à jamais 1

Ce n'est pourtant pas Nébucadnetsar, le contemporain d'Ezéchiel, qui a été l'instrument de cette ruine, c'est Alexandre, venu deux siècles et demi plus tard. Après son passage, Tyr a pu connaître encore par intervalles quelques beaux jours, au temps de l'empire de Rome et des expéditions des croisés. Mais la Tyr moderne n'est plus qu'une petite ville insignifiante de 5000 habitants environ*. Elle n'a pas entièrement disparu de la surface du globe, elle a échappé au sort tragique de sa puissante colonie, Carthage, dont toute trace est à peu près effacée; mais elle est si chétive et si dénuée d'importance, que nul ne soupçonnerait en la visitant qu'autrefois elle remplissait de sa renommée tous les rivages de la Méditerranée, au près et au loin*.

* Tyr s'appelle actuellement Sour. L'ancien nom, phénicien et hébreu, était Sôr, ce qui signifie rocher.

' Il importe de remarquer que les ports de Tyr avaient un caractère artificiel, comme du reste tous ceux de la côte phénicienne : arrangés

La ville actuelle est entourée d'un mur, du moins du côté de la terre ferme, et c'est par une ou deux portes seulement qu'on peut y pénétrer. Mais nous prenons une autre route, et gravissant la hauteur médiane de l'isthme, nous contournons la ville par le sud, afin de gagner sur le côté occidental, entre les maisons et la mer, l'emplacement merveilleux, mais très exposé au vent, où doit se dresser notre campement. Avant même d'avoir atteint l'extrémité méridionale de la cité moderne, au moment d'en tourner l'angle, nous trouvons à nos pieds les restes encore admirables dans leur désolation de la fameuse église des croisés, probablement construite sur la place où s'élevait dans l'antiquité le temple de quelque dieu phénicien, Baal ou Melkart. Colonnes et piliers en granit rose, aux formes élégantes, aux proportions colossales, sont là, gisant sur le sol, et d'année en année l'œuvre de destruction se poursuit ; le vandalisme naïf, si je puis le caractériser ainsi, des habitants de la côte, et la rapacité des autorités locales s'exercent sur ces matériaux splendides, et peu à peu tout ce qui subsistait encore succombe, s'émiette et disparaît. Notre drogman nous dit que depuis son dernier passage, deux ans auparavant, les modifications survenues sont très sen-

par la main des hommes, ils pouvaient devenir très bons, mais la nature ne les avait pas faits tels. Et depuis que Part a cessé de les entretenir, ils sont redevenus ce qu'ils avaient été primitivement, mauvais et insuffisants. On s'imagine volontiers que les Phéniciens avaient d'excellents ports et un pays pauvre, et que ces deux circonstances réunies les ont conduits à aller chercher au loin, sur leurs navires, les denrées dont ils avaient besoin. Tout au contraire, leur territoire leur fournissait en abondance des produits à exporter, et ils ont tiré, en fait de ports, le meilleur parti possible des très médiocres ressources naturelles que leur offrait la côte où ils étaient domiciliés. Voir H. Prutz, Aus Phoniiien. Leipzig, 1879, préface, p. vi-ix.

sibles. Il suffit de se reporter aux descriptions des voyageurs qui ont passé par là il y a quelques années, ou bien aux photographies mises en vente à Beyrout, pour constater irrécusablement le progrès lent, mais sûr de la destruction. Encore quelque temps, et de cet édifice fastueux il ne restera rien que l'emplacement dépouillé et un souvenir s'affaiblissant de génération en génération.

Mais allons au camp, laissons nos chevaux aux mains des moukres et reprenons ensuite plus librement notre pèlerinage à travers la ville et les ruines. L'endroit où vont s'élever nos tentes est une esplanade entièrement couverte d'herbe, et qui s'étend à l'ouest de la ville ; du côté de la mer elle se termine en une falaise abrupte, et vers le nord elle aboutit à un petit phare qui, la nuit, éclaire de ses feux la pointe nord-ouest de la presqu'île. Quel spectacle que celui que l'œil aperçoit du haut de cette terrasse : partout, sous les ondes transparentes, se montrent des récifs, semblet-il, des masses noirâtres, dispersées au sein des eaux ; mais bientôt le regard s'accoutume à discerner ces restes et à voir en eux des fragments de môles écroulés, des assises gigantesques, débris des constructions du passé. Pendant longtemps, certaines hypothèses fantaisistes ont eu cours parmi les indigènes; de là elles ont passé dans les récits des voyageurs et même dans les ouvrages de savants des plus estimables*. On prétendait qu'il y avait là, sous le flot marin, des quartiers entiers de l'antique Tyr, des rues et des maisons, des palais et des temples. Toute la partie occidentale de la ville se serait ainsi abîmée dans les flots. Des explorations plus modernes, parmi lesquelles il convient

* J. de Bertou, Poulain de Bossay, Movers.

de signaler les travaux d'Ernest Renan et de Victor Guérin, ont réduit à néant cette poétique tradition et ont prouvé que tout ce qui se trouve de nos jours noyé sous les vagues appartenait aux jetées des ports, à ces remparts de géants que les Tyriens avaient dressés dans les profondeurs pour la protection de leurs navires. Aucune portion de la ville antique n'a été engloutie par la mer, l'île ancienne ne dépassait pas en dimensions la presqu'île moderne ^

Après un long coup d'œil jeté sur ce rivage et sur ces témoins du passé, obscurément enfouis au plus profond des eaux, nous entrons dans la ville et nous en parcourons les rues, étroites, mais assez bien tenues, et nous pénétrons même dans une maison appartenant à une famille chrétienne qui nous en fait gracieusement les honneurs. On compte, en effet, une assez forte proportion de chrétiens parmi les Tyriens d'aujourd'hui : à peu près la moitié. Il y a même parmi eux un évêque grec-orthodoxe, des couvents de franciscains et de soeurs, une paroisse de grecs-unis et deux écoles protestantes avec une oeuvre spéciale pour les aveugles ^.

Les chrétiens de Tyr ont eu des devanciers dès les temps apostoliques. Lorsque saint Paul, revenant de Grèce, de Macédoine et d'Asie Mineure, eut trouvé à Patara un navire en partance pour la Syrie et fiit monté à son bord, il arriva

* La thèse de Movers a encore été reprise et défendue avec talent par le D»" Prutz qui a séjourné à Tyr en 1874. (Ouvr. cité, p. 202-217.) Mais il me semble que les recherches de Guérin, effectuées en 1875, ont un caractère décisif. (Voir Galilée, 11, p. 180-188.)

* Quant aux musulmans, ils sont divisés aussi, la moitié au moins d*entre eux appartenant à la catégorie des Métaouilés. En revanche, il n'y a pas de juifs à Tyr.

enfin sur la côte phénicienne. « Nous abordâmes à Tjt, raconte l'écrivain sacré, parce que le navire devait y laisser son chargement. Et ayant trouvé les disciples, nous restâmes sept jours avec eux. Ils disaient par l'Esprit à Paul de ne pas monter à Jérusalem. Mais, le temps de notre séjour achevé, nous partîmes ; ils nous accompagnèrent tous, avec leurs femmes et leurs enfants, jusque hors de la ville, et là, à genoux sur le rivage, nous priâmes ensemble et nous nous dîmes adieu. Puis nous montâmes à bord, et ils retournèrent chez eux^ »

Cette scène simple et profondément émouvante, ces adieux de disciples obscurs au grand missionnaire qui venah de les visiter et dont ils prévoyaient les épreuves imminentes, cette prière en commun, ces hommes, ces femmes, CCS enfants agenouillés au bord de la mer avec les frères qui allaient les quitter, tout cela forme un tableau qui nous apparaît vivant et éclairé d'une lumière intense, tandis que nous dépassons xians notre promenade les ruines de l'église des croisés, et que, sortis de la ville nous aussi, nous nous arrêtons longtemps sur les rochers qui forment la pointe méridionale de la presqu'île triangulaire où se dresse Tyr. Là ont passé jadis les armées d'Alexandre et de ses successeurs, d'Antigone entre autres, qui à son tour assiégea la ville orgueilleuse pendant quinze mois; puis celles des Romains et celles des croisés. Guillaume, l'historien des croisades, était archevêque de Tyr, car en 1124 Baudouin n s'était emparé de la ville, ce qui passa avec raison pour un exploit de premier ordre. Le corps de Frédéric Barberousse y fut enterré en 11 90. Ce fut seulement en 1291 que Tyr

* Act. XXI, 3-6.

retomba entre les mains des musulmans : le sultan Malikel-Aschraf s'en rendit maître en même temps qu'il prit Saint- Jean-d' Acre ^ De toutes ces péripéties, de tous ces glorieux faits d'armes, de tout cet ensemble de tableaux brillants et colorés, aucun ne charme notre pensée comme le modeste petit- groupe des chrétiens de Tyr, entourant saint Paul à son départ pour Césarée et Jérusalem, c'est-àdire pour la captivité et le martyre.

L'après-midi est avancé; mais le ciel est d'une pureté admirable, la température d'une douceur délicieuse, rafraîchie par la brise de mer ; les rayons du soleil miroitent sur la surface des eaux; une ou deux petites barques de pêcheurs se meuvent avec légèreté en tous sens ; ceux qui les montent jettent et relèvent leurs filets avec persévérance. Nous demeurons assis sur le rocher qui domine la grève. Tout près, des pans de murs affaissés, écroulés, révèlent l'existence au temps jadis de vastes magasins qui servaient au commerce de la pourpre, l'une des grandes ressources de Tyr*. Autour de nous s'agite avec empressement toute une cohorte de jeunes Tyriens, rejetons des communautés chrétiennes, parlant français sans trop de peine et tenant à nous faire les honneurs de la place. Mes enfants s' étant mis à rechercher des coquillages selon leur habitude, la jeunesse de l'endroit seconde leurs efforts, et bientôt on nous apporte un poulpe vivant, avec son œil énorme et ses tentacules monstrueux. « L'horrible bête, » serions-nous tentés de nous écrier ! Et pourtant, y a-t-il des créatures horribles ? Voilà une question à laquelle je me sentirais incapable de

* Comp. plus haut, p. 260.

* On remarque aussi le long du rivage d'énormes accumulations de coquillages dont la pourpre a été extraite dans les anciens temps.

donner une réponse définitive. Le crapaud et le mille-pieds nous inspirent de la répugnance, et le poulpe aussi, à coup sûr. Est-ce une raison pour que nous les déclarions laids ? Je me rappelle avoir lu, avec un sentiment d'humiliation, un passage de la biographie de Kingsley *. Un jour, est-il raconté, Tun de ses enfants, accoutumé par lui à admirer la nature dans ses moindres détails, lui apporte un ver de terre à Taspect repoussant et le lui montre en s'écriant d'un cœur absolument sincère : « Oh ! papa, regarde cet amour de ver ! » Ce cri de l'enfant, hommage rendu à la sagesse souveraine du Créateur, et aussi, ajoutons-le, à la saine méthode d'éducation du père, n'est-il pas fait pour nous instruire ? Le pauvre poulpe, si hideux, n'est-il pas aussi à sa manière une preuve de la puissance de Dieu ? Ces réflexions peuvent s'imposer à notre intelligence : je doute qu'elles aillent jusqu'à forcer nos yeux à trouver attrayant ce qui les offusque. Et surtout, que dire de l'offre qu'un de nos jeunes Tyriens nous fait de porter la pauvre bête à notre cuisinier afin qu'il nous l'accommode pour notre dîner? Notre palais et notre estomac protestent, à tort peut-être, et le poulpe reprend le chemin de la mer sans nous laisser de regrets.

Le soleil se couche. Des femmes musulmanes, enveloppées dans leurs longs voiles blancs, et que nous voyions depuis longtemps assises sur les rochers auprès d'un cimetière, au bord de la falaise, se lèvent pour retourner en ville. Et nous en faisons autant, à contre-cœur, car cette station contemplative sur les escarpements du rivage, à la lisière de l'îlot tyrien, cette communion intime avec le

^ Charles Kingsley, His Uttcrs and Memoir of his lift. Edition originale, vol. II, p. 10, Londres, 1877.

passé grandiose et avec la nature ornée de sa plus belle parure, tout a contribué à faire de cette fin de journée un temps de jouissance exquise et inoubliable. Il faut pourtant rentrer. Nous reprenons le chemin de nos tentes, escortés de nos jeunes compagnons indigènes, avec qui nous échangeons mainte causerie, et qui, je me hâte de le noter vu la rareté du fait, s'éclipsent avec un adieu courtois mais rapide, avant d'avoir reçu le bakchich que je leur destinais !

Auprès des tentes nous tombons sur la phalange compacte des marchands d'antiquités. Quelques petites lampes antiques trouvent des amateurs parmi nous, car elles sont d'un transport aisé. Mais les spécimens de verrerie ancienne *, aux teintes irisées, sont terriblement fragiles pour des voyageurs à cheval, et la tête de marbre qu'on m'offre, celle d'un adolescent de grandeur naturelle, est vraiment d'un poids décourageant ^, Tenons-nous-en donc aux objets de petite dimension et d'une légèreté relative.

La nuit est venue. Le silence plane sur la petite ville et sur notre campement. Seul le vent de la mer souffle par rafales, et les vagues se brisent sur les rochers avec un sourd retentissement.

Le lendemain matin, dès l'aube, nous voici de nouveau à cheval. Ce n'est pas pour entreprendre une excursion aux alentours de Tyr, pour aller visiter ses nécropoles et ses

* Impossible de ne pas rappeler à ce propos la place importante que Tindustrie du verre occupait chez les anciens Phéniciens.

' A Nabatiyeh on m*avait offert une inscription tumulaire grecque, et le même motif m'avait naturellement détourné d'en faire l'acquisition.

aqueducs, tous ces restes épars de sa splendeur passée, dans un rayon de plusieurs kilomètres. Non, c'est pour repartir définitivement. Nous le regrettons, car il y aurait amplement matière à nous intéresser et à nous instruire si nous pouvions consacrer une journée à parcourir les environs. Mais il faut nous hâter, et c'est déjà un privilège suffisant que d'avoir pu passer quelques heures dans cette ancienne cité, maîtresse des navigateurs et mère de tant de colonies lointaines, et d'avoir pu constater que même dans son abaissement elle conserve encore comme une ombre de son éclat d'autrefois.

Nous reprenons donc la route du nord, et nous refaisons en sens inverse les deux heures de chemin parcourues la veille à partir du pont du Kasimiyeh, Nous voici de nouveau près de ce pont, et tandis que nous sommes quelques instants arrêtés sur la rive septentrionale de la rivière, voilà que s'engage sur le pont toute une caravane de cavaliers indigènes, aux costumes voyants et multicolores, et c'est pendant quelques minutes comme un tableau vivant sans cesse renouvelé, que nous contemplons en spectateurs ravis et qui jette sur le paysage entier une note vive et pittoresque. Ces passants, ce sont des Métaouilés des coUines de la Galilée, faisant une tournée dont le but probable est d'aller à Tyr ou même à Acre pour y vendre le produit de leur travail et s'y approvisionner en échange.

L'aspect du littoral au nord du Kasimiyeh ne diffère pas sensiblement de ce qu'il est plus au sud. C'est toujours ime bande plane, large d'un kilomètre ou davantage, et qui s'étend entre la mer et les premiers contreforts des collines. Ce terrain est soigneusement cultivé et semble promettre de fructueuses récoltes. Çà et là nous voyons des ruines

se dresser à gauche ou à droite de la grande route que nous suivons, mais ce sont des ruines qui ne datent guère que du moyen âge ; ce sont en particulier les restes d'un vieux khan, présentant l'apparence d'un aqueduc romain, grâce à une succession d'arches reposant sur des piliers massifs. Chez nous, de nos jours, ce ne sont plus les aqueducs ou les hôtelleries que l'on construit sur ce modèle, ce sont les viaducs de chemins de fer.

Un autre khân, mais plus moderne et encore utilisé, semblable par conséquent à celui du Kasimiyeh, se trouve au bord d'une petite rivière que nous traversons à gué. Ce n'est pas que le pont fasse défaut, mais il est en ruines, et répond ainsi à cette définition spéciale à la Syrie et dont nous avons eu mainte fois l'occasion d'apprécier la justesse : « Un pont est une construction qui s'élève au-dessus d'un cours d'eau et à côté de laquelle on passe. » Ce pont-ci est assez ancien et s'il était moins délabré présenterait un aspect intéressant.

Au delà de ce ruisseau, que les Arabes appellent Nahr- Abou-el-Asouad, et dont le nom ancien n'est pas connu d'une façon sûre, nous entrons sur le territoire d'une ville antique qui s'appelait la « ville des oiseaux, » Omithopolis. Actuellement les indigènes donnent aux ruines qui en subsistent le nom d'Adloûn. Il vaut la peine de faire un léger détour pour visiter les très curieuses cavernes qui sont creusées en grand nombre dans les flancs des parois rocheuses, à mille mètres environ de distance sur notre droite, et dont les orifices sont les uns cintrés, les autres rectangulaires. Autrefois, ces grottes recelaient des tombeaux, et des trouvailles archéologiques intéressantes auraient pu s'y faire, mais tout a été saccagé et emporté par

les habitants de la contrée, auxquels ces anciens sépulcres servent à présent d'asile, soit pour eux-mêmes, soit pour leurs bestiaux.

Vers le milieu du jour nous faisons halte au bord de la mer, à l'embouchure d'un ruisseau dans lequel coassent les grenouilles et sur les rives duquel gisent quelques fragments de pierres taillées antiques, formant un champ de ruines d'importance médiocre. C'est que nous sommes sur l'emplacement de l'ancienne Sarpath, autrement dit Sarepta, et le village moderne et très chétif qui s'élève à quelque distance de nous, sur le versant des hauteurs à l'est, conserve encore dans son nom de Sarafend l'antique désignation quelque peu déformée. Tandis que nous jouissons en ce lieu d'un repos bien gagné par plusieurs heures de cheval, et qu'après un bain de mer rafraîchissant nous nous restaurons de notre mieux avant de reprendre notre marche, nous évoquons en imagination, en ces lieux où se dresse un ouéli musulman^, le souvenir du prophète austère, venu du pays d'Israël, et de la pauvre veuve, son hôtesse, avec laquelle il partagea, durant la cruelle famine qui se prolongeait, les maigres provisions de son ménage. Et voici, « le pain qui était dans le pot ne manqua point, et l'huile qui était dans la cruche ne diminua point, selon la parole que l'Eternel avait prononcée par Elie. )> Et puis, à ces tableaux paisibles succède la scène de deuil : l'enfant de la veuve est mort, et la pauvre mère s'en prend à l'homme de Dieu, non pas dans un esprit de confiance comme la Sunamite, mais au contraire avec un cri de reproche et de désespoir. Le résultat n'en est pas moins le même à Sarepta et à Su-

* Cest le Ouéli-el-Khidr, c'est-à-dire le ouéli d'EIie, prophète que les musulmans honorent infiniment. Voir plus haut, p. 246.

nem : l'enfant perdu est rendu à sa mère, et la puissance de Jéhova est manifestée ^

Les textes bibliques nous parlent de Sarepta comme appartenant à Sidon; et en effet nous sommes arrivés dans la province qui relève de l'antique cité, métropole de toutes les villes phéniciennes. La Genèse fait de Sidon le premier-né de Canaan*. Les chants homériques, qui ignorent encore Tyr, mentionnent les Sidoniens industrieux et vantent cette ville riche en airain. Nous l'avons maintenant devant nous : à partir de Sarafend, de fort loin par conséquent, et pendant toute la seconde partie de cette journée, la ville de Sidon apparaît à nos yeux, s'avançant dans la mer sur un promontoire. Avant d'y parvenir, il faut chevaucher longtemps encore et passer deux cours d'eau dans les conditions indiquées plus haut, c'est-à-dire à côté d'un pont, La première de ces constructions est ancienne, la seconde est toute neuve, mais non moins ruinée pour cela. Il paraît que c'est une maladie endémique, en cette contrée, et qu'un pont ne peut y demeurer debout,... à moins qu'il ne remonte à l'époque romaine. Ce qui donne du piquant au désastre de cette arche de construction récente (il y a un an qu'elle est bâtie), c'est qu'elle ouvre l'accès d'une route « carrossable ^, » tracée à grands frais de Sidon à Nabatiyeh, et que l'avarie survenue au pont rend l'abord de la route et son emploi courant à peu près impraticables.

Le parfum intense des orangers et des citronniers commence à nous arriver par bouffées, et c'est un signe que

* I Rois xvn, 8-24 ; comp. Luc iv, 25-26.

' Gen. X, 15.

^ Pour remploi de ce terme, voir plus haut, p. 235, note i.

nous approchons des portes de Sidon. Les « jardins, » comme on dit en Orient, c'est-à-dire les plantations d'arbres fruitiers, se succèdent sans interruption des deux côtés de la route, et des murs en terre battue en forment l'enceinte. Nous avons l'impression de rentrer dans la civilisation après une longue parenthèse. Ce n'est toutefois encore qu'une civilisation très relative, très peu européanisée que celle de Sidon. L'auberge arabe située à l'entrée de la ville, et qui s'intitule pompeusement Hôtel Bellevue, ne rappelle que de très loin ses homonymes des rives de nos lacs, et le vieux cimetière musulman, qualifié de cimetière « égyptien, » au coin duquel nos tentes s'établissent, donne à tout l'entourage un cachet foncièrement oriental.

Les rues de Saïda* sont étroites et tortueuses : on ne saurait s'attendre à les trouver différentes. Mais elles nous apparaissent très pittoresques et pleines de couleur locale. Nous nous engageons au hasard dans un réseau inextricable d'allées et de ruelles qui se croisent et s'entrelacent, et nous jouissons d'aller ainsi à l'aventure, bien persuadés d'ailleurs que nous finirons par trouver ce que nous cherchons : la mission américaine, là grande mosquée (Djamiel-Kébir) et le port*.

A point nommé, nous trouvons un guide dans la per-

* Saïda est le nom moderne de Sidon ; tous deux signifient pêcherie. Comp. Bethsaïda, maison de pêche, au lac de Génésareth.

* On peut faire, aux environs de Sidon, une excursion du plus haut intérêt : la nécropole de la vieille cité phénicienne mérite d'être visitée. Lors même que son principal trésor, le sarcophage du roi Echmounazar, est au musée du Louvre, il vaut encore la peine d'aller contempler les lieux où il fut découvert et d'examiner les nombreux tombeaux de ce vaste champ des morts. Mais il eût fallu pour cela prolonger de vingt-quatre heures notre séjour à Sidon, et il ne pouvait en être question.

sonne d'un vieillard déguenillé, mais dont les haillons sont rapiécés avec tant d'art que leur description formerait un chapitre curieux et inédit de l'histoire du vêtement à travers les âges. U nous précède gravement, et finit par nous amener à la maison occupée par la mission américaine. Nous avons l'agréable surprise d'y rencontrer le vénérable D"" Bliss, venu à cheval de Beyrout, tout d'une traite, pour faire visite à sa fille qui fait partie de la station missionnaire de Sidon. Nous pouvons apporter à l'un et à l'autre les messages de leur fils et fi'ère, l'archéologue déjà mentionné plus d'une fois dans ces pages ^ et qui est encore venu nous dire adieu à Jérusalem, le 26 mars, le soir avant notre départ.

Nous restons quelques moments dans cette maison hospitalière. Puis nous reprenons notre promenade, en quête de la grande mosquée que nous tenons à voir. Non sans peine, et finalement grâce à l'obligeant secours du vice-consul d'Allemagne que nous avons la bonne chance de ren-

I contrer, nous touchons au but. L'édifice est en réparations,

mais un bakchich nous en ouvre la porte, et nous pénétrons

! dans l'enceinte. Au point de vue architectural, c'est une dé-

ception : les remaniements modernes ôtent toute originalité à cette construction. Mais du haut de la terrasse où elle est placée, une vue admirable se découvre vers l'occident, sur

I la mer bleue qui s'étend à l'infini. Ce coup d'œi], que nous

I ne pouvons nous lasser de prolonger, nous récompense, et

au delà, de la peine que nous avons eue à trouver l'em-

' placement de cette mosquée et à nous y faire admettre.

Au sud de Sidon, dominant la ville, s'élève la principale

^ Pages 136, 199.

citadelle, dont l'accès est du reste interdit aux voyageurs. On rappelle dans le langage courant « Château Saint- Louis ; » en effet, le pieux roi-pèlerin a résidé à Sidon, au cours de son expédition de 1253, et a contribué à relever les fortifications de la place. Dans l'histoire des croisades, Sidon joue un rôle relativement secondaire et qui n'est pourtant pas sans importance. Les Francs l'appelaient Sagette, par une transformation capricieuse du nom arabe Saïda. Elle a partagé les vicissitudes des autres cités de la côte méditerranéenne, prise et reprise, tantôt par les chrétiens, tantôt par les musulmans, et finalement saccagée par le conquérant qui, en cette même année 1291, détruisit Tyr et Saint- Jean-d' Acre ^ L'émir druse Facardin, que j'ai eu déjà l'occasion de nommer à propos de Kalat-ech-Chékif, a relevé Sidon au commencement du dix-septième siècle, et peu à peu le commerce de l'antique port de mer a repris un certain essor. Sa prospérité renaissait après une longue éclipse; mais vers la fin du dix-huitième siècle elle eut beaucoup à souffrir de Djezzar-Pacha, et dans le courant du dix-neuvième elle a pâti du voisinage de Beyrout, sa jeune et florissante rivale. Elle compte pourtant encore une quinzaine de mille habitants, dont les musulmans forment les deux tiers. En 1860, le district de Saïda a été l'un de ceux où les massacres de chrétiens ont été le plus terribles : dix-huit cents victimes du fanatisme mahométan y ont péri, à ce qu'on assure.

Actuellement, rien ne fait plus soupçonner de semblables horreurs. La ville a quelque chose de calme et de reposé, je dirai presque de prospère ; nous en avons gardé un sou-

' Voir plus haut, p. 260, 329.

venir moins mélancolique que de Tyr et d'Acre. Sans doute, ici aussi, nous sommes sur le terrain d'une grandeur antique, fortement déchue : mais l'affaissement est moins profond et paraît moins irrémédiable. Le port de Sidon n'est pas vide, il ne présente pas un aspect désolé. Sur un

Le Château de la mer à Sidon.

îlot rocheux, un petit fort, composé de deux tours et rattaché à la terre ferme par un pont dont les arches multiples plongent hardiment dans la mer, semble monter la garde à l'entrée. C'est le « Château de la mer, » Kalat-el- Bahr. Malheureusement, depuis 1840 cette forteresse n'est plus qu'une ruine : les flottes de l'Europe chrétienne l'ont bombardée pour rendre aux Turcs Sidon occupée par les Egyptiens d'Ibrahim-Pacha !

Malgré cette ombre au tableau, je n'ai pas ressenti, devant le port de Saïda, une impression de misère et de dégradation : je voyais, dans l'enceinte de la rade, quelques élégants petits voiliers qui se balançaient au gré de la vague, tandis que les produits du trafic local venaient s'entasser

dans leurs flancs. Et je me reportais aux temps d'autrefois. Je me disais que cette côte, qui s'étendait devant moi, était le berceau des navigateurs. Ici a pris naissance l'art du marin : de ces ports célèbres, semés sur ce littoral, sont partis des navires sans nombre, qui s'en sont allés porter au loin l'industrie, la richesse, la culture, la langue et l'écriture des anciens Phéniciens.

Parmi tous ces vaisseaux qui ont cinglé le long de ces rivages, il en est un qui, comme tant d'autres, a jeté l'ancre dans le port de Sidon *. C'était un navire d'Adramytte, et à son bord se trouvait un officier romain, avec des soldats et quelques captifs qu'on emmenait de Césarée à Rome. Fait banal, insignifiant, et qui a dû se reproduire nombre de fois.

Et pourtant, dans l'histoire du monde, ce navire occupe une place au tout premier rang. Il ne portait pas, comme certaine galère devenue fameuse. César et sa fortune, ou comme la caravelle espagnole, un marin dont le génie allait révéler aux vieux continents l'existence d'un nouveau monde. Et cependant, bien plus encore que ces deux-là, le vaisseau d'Adramytte recelait dans ses flancs les destinées de notre Europe : à son bord, prisonnier obscur, se trouvait un juif que l'autorité romaine se préparait à juger dans la capitale de l'empire. Et de la bouche et de la plume de cet accusé est sortie pour l'humanité une prédication de justice qui a renouvelé la face du globe.

* Act. xxvii, 3.

Index des noms géographiques.

N. B, — Les noms bibliques sont imprimés en caractères romains; tous les autres noms, anciens et modernes, en italiques.

AboH-Harîreh 141, 144.

Ahou'Mahfoûz 156.

Abou-Roukayik 1 4a* 1 44.

Abou-Soumâra 144.

Acca^ Acco, Acre^ voir Saint- Jean

d'Acre, Adloùn 333.

AdouUam 19a, 307.

Aïn-ed'Diroueh ^'Jtl^t 1 3^- 1 37- AîH-Fara 167.

Aïn-el'Hamra 274.

Aïn-el-Haniyeh 136.

Aln-KachkaUh 44.

AîH'Karim 163.

Afn-el-Kouff 58.

AïH'Schems 90.

Aïn-es-Zeit a6o.

^^tiV (-/ii&roww) 9a ; v. Ekron.

Aima 387.

Anâta, Anatôt 167' 168. el-Arîsch 76, loa, ia6, aa8.

Arnoûn 31a.

Arroub 26, aç, 71.

Ascalon 50, 77, 79, 87, 103.11a, 338,

Asdod 77, 8a, 86, 92, 95-101, laa,

Athlit 343.

Azmaveth 168.

Azotos 100; V. Asdod.

Bak'a 89.

Balad-ech-Cheikh 337.

Banias oga, 393, 395, 397.

Basan 337.

BattauJ 373.

B*aufort, v. Kalai-ech-Chêkif.

Beer-Schéba 119, 130, 135, 138,

Beit-Djibrin 57, 60-70, 135, 305.

Beit-Kahel 60.

Beit-esch-Schît 94.

BeitSour a8.

Beit- Taamir ao i .

Beit'Zakarya 26, 163.

Belfortf V. Beaufori.

Bélus 357, 360, a6a.

Bené-Berak 95.

Bêroth 386.

Beschit 94.

Beth- Azmaveth 168.

Beth-Hakk ôrem 30 1 .

Bcthléhem 15-19, aoo, 314.

Bcth-Rehob 393. Beth-Schémesch 59, 90.

Bethsour 38.

Béiogabra 61.

Beyrout 34-35, 338-339, 261, 338.

Bir-es-Seba 147; v. Beer-Schéba.

Bir-esch-Schems 191.

Bittir 89, 90, 136.

Botsets 170, 180.

el-Bourak ai; v. Vasques.

Bourka 94-95.

CaSfa, V. Ha'ifa.

Caphtor 77.

Carmel 74, 79, 227*248, 260, 261.

Cédron 166, 189.

Césarée 75, 100, 238, 243, 267, 329,

Césarée de Philippe, v. Banias.

Cha/at 188.

Château-Neuf 293.

Chàieau-Pelerin 243.

Château de Saint- Abraham 40.

Chêfa-Amr 256, 273.

Dahariyeh 159-162, 293.

Dan 152, 292.

Dâteriyeh 157.

Debir 161.

Deichoùn 288, 319.

Deir-Abân 90.

Deir»Mimas 308.

Deir-Nakhkhâs 60, 69.

Diroueh, v. AXn-ed-Diroueh,

Djébaf V. Guéba.

el-Djib 188.

Djèbel-ech-Cheikh, v. Hermon (Grand).

Djébeî-Foureidis f v. Francs {mont

des).

Djebel- Kenaan 283, 292.

Djébel-Mar-Elyas 246.

Djénin 230, 232-234.

Djisr-Benât-Yakoub 284-285, 293.

Dfisr-el'KhardêU 310^ 312.

D/olân 237, 279, 292.

el-Djora 104, 109.

Dothân 230, 232, 241, 285, 293.

Doura 136.

Ebal 215.

Eben-Ezer 83, 90.

Ekron 77, 79, 82, 86, 92.

Eleuthéropolis 61, 66, 135.

£n*Gannim 232; v. Djénin.

Eschkol 44.

Eschtémoa 162.

Esdoûd g6; v. Asdod.

Esdraélon, v. Jizréel.

Fontaine de Philippe 28, 136-137.

Fontaine scellée 25.

Francs (mont des) 200-203, 3io.

Gabaon 188.

Garizim 215.

Gath 77, 79, 82, 92-93.

Gaza 77, 102, 114-140, 238, 262.

Génésareth (lac de) 273, 279, a8d,

Gibelin 61.

Guéha 169, 170, 180, 186, 188.

Guibea 169, 186, 187-188.

Guilboa 83, 231, 233.

Haï/a 237.240, 249, 255, 262, 272.

Halhoul 28.

Haniàmeh 102.

Haniyehf v. Aïn-el-Haniyeh.

Harithiyeh, Haroschet-Haggoyîm, 236.

Hébron 11-13, 29-571 70-72, 128-129,

Hermon (Grand) 228, 292, 295, 297'

312,317- Hérodia^ HérodiaSy Hèrodium 201.

Hismeh 168.

Hinnom (vallée de) 189.

Horites 66.

Houleh {lac) 284-286, 292, 293, 297.

Houn'm 29 1 , 293.307, 3 1 2-3 1 3» 3 1 7*

Ibn-Ibrâk 95.

louta 163.

el-Jsaouiyeh 167.

Jaffa, Japho 73-75, 10a, 238, 239, a6a.

Jizréel (plaine de) 79, 83, 158, 229-

Joppe, V. Jaffa, Josaphat (vallée de) 166, 189.

Kades 289-291, 318.

KaKpha, v. HaT/a.

Kalat-el-Bahr 339.

Kalat-ech-Chékif 293, 310, 312-315.

Kasimiyeh 309, 3I9-330, 333-333- Kasioûn 290.

Kédcsch, V. Kades, Keila 60.

êl-Khaltl 30, 129; V. Hébron.

Khân-Djouhb'Yousouf 285.

Kharttouftf v. Ouadi-Kharitoun, KhirbeUen-Nasara 48, 57, 70.

Khirbet-Tekoua 209; v. Tékoa.

Kiryat-Arba 30, 43.

Kiryat-Sanna, Kiryat-Sépher 161.

Kischôn 234-237, 252-253; 262.

Laîscha 167.

Lakisch 136.

Layisch 292.

Leddân 292.

Legio 235.

LtOftf Lèontes 309; v. Liiâni.

Liiâni 308, 312, 319.

Macpéla 29, 38'43- Madéba 137.

Maloumâs 129; v. el-Mina.

Makkéda 94.

Mamré 30, 47, 49-52.

Mat'Elyas 71.

Mar-Saba 183, 193*197, 204,

Maroûs 286.

Mtdjdel 102-103, 113, 122.

Méguiddo 231, 235.

Meis 291, 319.

Mérom 152, 285-286.

Mèroth 286.

Micmasch 83, 165, 169, 170, 172-

Migdal-Gad 102.

Mimosas {vallée des) 79, 90.

el-Mina 114, 129.

Minei-Esdoûd 97.

Mitspa 186, 188.

el-Moughâr 94.

MoukhtftàSf V. Micmasch.

Mountàr 128-130, 140.

Nabaliyeh 315-316, 318, 331, 335.

Nahr-Abou'el-Asouad 333.

Nahr-el'Moqatta 253; v. Kischôn.

Nahr-Naaman 257; v. Biltis.

Naplouse 187, 215, 221-225, 232.

Nazareth 233, 250, 257, 262, 273, 31 1.

Nébi'Samouil 188. Nob 188.

Noix {vallon des) i66.

Oliviers (mont des) 166, 189,200,202.

Omithopolis 333.

Ouadi-el-Arisch 76, 228.

Ouadi'Auba 288.

Ouadi-el-Djôz 166.

Ouadi-Fara 167.

Ouadi-Ghazseh 29, 146, Ouadi-el-Kelt 183.

Ouadi-el-Khalil 29, 145.

Ouadi'Khariioun 183, 192, 203-208.

Ouadi-tl'Kouff 58,69.

Ouadi'tn-Nâr 189.

Ouadi-£i-Ouerd 89, 136.

Ouadi- Oumnt'el-Barghoùt 1 44.

Ouadi-es-Sant 79, 90.

Ouadi-es-Saràr 79, 90.

Ouadi-esch-Scheria 141.

Ouadi-es-Séba 39, 145.

Ouadi-es'Soueinit 169, 177* 183.

Ouadi-Sourik 79, 90.

Ourtàs 9oai, 914.

Panéas 292; v. Bam'as.

Ptolémaïs 250, 960; v. Saint- Jeand'Acre.

er-Rdffi, Rama 185- 186.

Ramatha3nm 185.

Ramieh 89, 99.

Rehob 293.

RéphaTm (vallée des) 89.

Roche- Taillée 243.

Roses (vallée des) 89, 136.

Safed 262, 27 1 -287 ,311.

Sageite, Saïda, v. Sidon.

Saint-Georges 24.

Saint- Jean-d* Acre 109, 238, 943, 245,

Saint 'Jean • du - Désert ou dans • la -

Montagne 163.

Saint-Job 285.

Sa ma rie 216*225, 241, 275.

Sanda-Hanna 63*69.

Sara/end, Sarepta, Sarpath 334-335.

Saron 74, 227, 229.

Sarona 239.

Schephéla 58*59, 76, 207, 229.

Scopus 166.

Sébaste, Sébastiyeh, v. Samarie.

Semekhonitis (lac) 286.

es-Senioua i6a.

Séné 170, 180.

Seph, Sephet 273, v. Safed.

Sichem 72, 27 1 , 285 ; v. Naplouse.

Sidon 238, 248, a6i, 297, 311, 317,

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