DU BEAU ANTIQUE ET DU BEAU MODERNE
Les artistes se plaignent souvent de la laideur de civilisation moderne. S'il faut les en croire, le iaii, produit delà civilisation antique, ne lui aurait >int survécu, et, à part la période appelée Renaisnce qui fut un retour vers les idées grecques et maines, le sentiment de la forme aurait disparu esque complètement du monde.
Nous n'entrerons pas ici dans de longues dissertions esthétiques sur le beau qui se comprend utôt qu'il ne se démontre. La définition de Platon ma suffît : — Le beau est la splendeur du vrai. La civilisation, née dans l'Inde, traversa l'Egypte, se fixa en Grèce. Elle se manifesta d'abord par un mbolisme monstrueux et multiple, qui ensuite 'ecta une raideur hiératique et fut ramené aux pes du goût par le peuple éminemment artiste des aliènes.
La civilisation opéra comme la nature qui va touurs du compliqué au simple, du difforme au beau, idée d'un dieu à trompe d'éléphant, à bras de )lype, précède le Jupiter de Phidias comme le ammouth précède le cheval.
Économie de la matière, harmonie des lignes, tel
198 PLASTIQUE DE LA CIYILI8ATI0K.
est le but que se propose la perfection. Faire beaucoup de peu, c'est le rêve de la nature et ce doit être celui de l art.
L'antiquité grecque et latine avec son polythéisme anthropomorphique eut, au plus haut degré, le sentiment de la forme; le corps humain dont on revêtait les dieux fut l'objet d'un véritable culte ; la statuaire atteignit le plus haut degré de splendeur, et, sous ce rapport, on peut dire, à la honte du progrès, que depuis deux mille ans et plus, l'art n'a point avancé d'un pas.
Beaucoup même trouvent qu'il a reculé.
Maintenant est-il vrai qu'au point de vue du beau, l'ère moderne soit inférieure à l'ère antique, comme on le prétend, et, dans tous les cas, quelle serait la cause de cette dégénérescence?
La substitution des idées chrétiennes aux idéBs païennes nous parait être la raison première de cette dégradation de la forme.
Autrefois le corps humain, proposé comme type du beau, comme suprême effort des configurations de la matière, servait djdéal régulateur aux conceptions artistiques. En effet, l'esprit ne peut imaginer une forme plus parfaite que celle de l'homme. Les Grecs rapportèrent tout à ce prototype, qui, sous leur ciseau^ avait pris les plus harmonieuses proportions : Tarchitecture, la céramique, en rappelèrent les lignes, et le poète put dire des Propylées que, sur leur profil s'épanouissait :
Quelque chose de beau comme un sourire humain.
\ . '^' Les colonnes du Parthénon offrent aux caresses de l'œil les gracieuses ondulations d'un corps déjeune vierge, et les amphores font penser, par leurs anses.