TRENTE-QUATRE AQUARELLES DE ZIEM
Il n'est pas toujours nécessaire pour voyager de. monter en wagon ou de prendre le bateau à vapeur, et la preuve en est que nous venons, sans quitter notre fauteuil, de revoir Venise, Marseille, la Méditerranée, Barbizon, la Hollande et même un coin de l'Egypte. La caravane sortait du Caire, et si nous ne l'avons pas suivie, c'est pure paresse de notre part, ou plutôt que le carton de M. Ziem n'allait pas plus loin. Trentre-quatre aquarelles remplissaient le portefeuille que l'artiste ouvrait à nos yeux et resplendissaient dans la chambre sombre qu'éclairait un pâle jour d'automne.
On sait que Ziem est compté depuis longtemps déjà parmi les plus illustres des païnters of water colourSj comme disent les Anglais, chez qui l'aquarelle est en grand honneur et qui en font des expo* sitions spéciales ; sa gloire va de pair avec celle des Turner, des Bonington, des Stanfîeld, des Callow, des Cattermole, des Lewis, des William Wyld, des Prout, des Roberts, des Hildebrandt et autres célébrités du genre. Cependant, malgré la tournure exotique de son nom, Ziem est français, et il trempe aussi délibérément son pinceau dans le godet d'huile grasse que dans le verre d'eau pure ; la toile, les
des cornets, des vases carrés sur leur monture de bronze ou de bois d*aigle, des porcelaines de Chine, un service du Japon très complet, un paravent de sept feuilles couvert de curieuses peintures, des chaises Louis XIII à pieds tors avec leurs dossiers de cuir, de vieilles étoffes magniflques, damas, lampas, brocatelles dont les plis se cassent si bien autour d'une colonne pour servir de fond à un portrait de Paul Véronèse ou de Van Dyck ; des tableaux anciens, un Intmeur d'Eglise de Peter Neef, des compositions et des études peintes de Técole Van Loo ; un cadre de miniature du commencement du seizième siècle, et mille autres menus objets trop • longs à décrire. Ajoutez à cela des gravures, de grands ouvrages sur la polychromie, des vitraux chromolithographies, des livres d'archéologie, des descriptions avec planches de l'abbaye de Jumièges et autres édifices historiques, le musée de Madrid, les œuvres de Delaroche photographiées, des aquarelles, des lavis d'architecture, des dessins coloriés de la maison de Deauville, et tout ce fatras pittoresque qu'un docteur Faust entasse dans son cabinet où son atelier.
Nous n'avions donc pas tort de dire, en commençant cette notice, que la vente de M. Jollivet ne ressemble à aucune autre. Il s'y trouve de tout, et c'est le résumé d'une vie qui ne s'est pas renfermée dans ce cercle de la spécialité d'où si peu d'artistes sortent aujourd'hui, quelque attrayantes que soient les séductions qui essayent de les attirer hors de cette limite que franchissaient jadis les génies aventureux.
Préface du Catalogue de la vente. 11-14 mai 1868.
Pour les tableaux qui composent cette vente, il n'est pas besoin de se livrer à des recherches de provenance souvent laborieuses et discutables, il en est qu'on se souvient encore d'avoir vu sur le chevalet même de l'artiste. C'est un bouquet choisi parmi les plus charmantes fleurs de la peinture moderne. Si c'est une noble passion d'assembler à grands frais lefS chefs-d'œuvre du passé et de demander aux Écoles anciennes les rares tableaux de maîtres échappés aux musées, aux palais, aux églises et aux grandes galeries, c'est un goût intelligent de distinguer, à mesure qu'ils se produisent, les ouvrages des peintres contemporains, d'y démêler les qualités que la postérité y reconnaîtra, d'apprécier des talents et des noms dont la gloire est en train de s'établir, exaltée par les uns, critiquée parles autres; de former son jugement soi-même au lieu d'accepter des réputations toutes faites léguées de siècle en siècle, et d'encourager la génération d'artistes avec laquelle on vit. Hélas ! de ces peintres que nous appelions tout à l'heure contemporains, mot qui n'est vrai qu'un instant, combien ont déjà disparu! Cette collection, qui date d'hier, et dont le plus vieux tableau compte quarante ans à peine, peut citer déjà