LA COLLECTION VILLAFRANCA
tableaux faits en dehors de l'habitude du msîître, appartient aussi une série de douze petits cadres représentant tout l'épisode d' Ai^mide et Renaud dans la Jérusalem délivrée, depuis les premiers enchantements de la magicienne pour séduire le héros chrétien, jusqu'à l'arrivée des deux chevaliers qui le rendent à la raison et à ses devoirs. Un tel sujet fut commandé sans doute à Teniers, qui se montre fort gauche dans cette peinture héroïque, et fort embarrassé de traduire gravement ces types de beauté et de noblesse, cette Vénus et ce Mars que lui fournissait l'épopée italienne. Mais sous la gêne du sujet, son pinceau conserve néanmoins toute sa liberté, tout son éclat, toute sa force, et c'est un curieux spectacle que cette lutte obstinée, et renouvelée douze fois, du peintre contre la nature, et d'une exécution puissante contre une composition manquée jusqu'au ridicule. »
Après cette citation, on ne s'étonnera plus de voir Teniers traiter des sujets historiques, et l'on comprendra pourquoi la commande lui en fut faite par Don Ferdinand d'Aragon et Moncada, duc de Montalto et de Bivona, comme à un peintre habitué à travailler pour les grands seigneurs d'Espagne et de Naples. Ce titre : Pintor de la Camara de S, A, S,, dit tout.
Si Teniers a pu être un peu ridicule, comme le dit fort bien Louis Viardot, dans la peinture des amours de Renaud et d'Armide, il s'est montré plein de tournure et de noblesse dans les Gentilshommes visitant une galerie de tableatix. Il en est de même de la série des compositions qui représentent les hauts faits d'Antoine de Moncada. Là, il ne s'agissait pas de nympbes et de petits génies mythologiques, mais bien d'êtres réels, posant les pieds sur le
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terrdin où nous marchons, et dans ce cas, le peintre flamand retrouve toutes ses qualités. Teniers, s'il est plus à Taise au cabaret, sait tenir convenablement sa place dans un salon, et il ne faut pas oublier que s'il regarde danser, boire et fumer les paysans, c'est le plus souvent par la fenêtre de son château. L'artiste a donc peint avec Taccent de nature, la finesse de coloris et la précision de touche qui le caractérisent, ces hauts personnages dans leurs habits de cour et leur harnais de bataille. Vêtus de soie et de velours ou bardés de fer, agenouillés sur les marches du trône ou lançant leurs chevaux à travers la mêlée des rebelles, il a su leur donner l'élégance et la noblesse convenables; lareine et les dames qui l'accompagnent ont de la distinction et de la grâce, sans sortir de la réalité. Ce n'est pas de l'histoire académique, mais de l'histoire familière et vraie, dans le goût de Terburg lorsqu'il peignait le Congres de Munster,
Ces huit tableaux sont charmants et de la plus amusante variété. L'action s'y déroule à travers un perpétuel changement de décors qui amène des intérieurs, des paysages, des marines, des vues de villes et de citadelles assiégées, favorables au talent du peintre, qui y déploie en toute liberté sa couleur facile, harmonieuse et brillante. Souvent, dans le coin de la composition, jappent quelques-uns de ces petits chiens épagneuls chers à Teniers, et qui pourraient au besoin servir de signature à ses tableaux. Ces compositions charmantes sont encadrées de bordures peintes par J. Van Kessel, qui a varié avec un goût parfait la nature des attributs selon la nature des sujets. S'agit-il d'une bataille : l'encadrement est encombré de casques, de cuirasses, de boucliers, de drapeaux, de canons et autres engins de guerre.