TRENTE-QUATRE AQUARELLES
panneaux ne l'effrayent pas plus que le carton bristol ou le papier torchon. C'est à la pratique de l'huile sans doute qu'il doit sa supériorité d'aquarelliste, car à la transparence il joint la solidité ; mais que sa palette soit de bois ou de faïence, il sait toujours y étaler la lumière.
Chaque artiste a une patrie idéale, souvent éloignée de son vrai pays ; son talent s'y plaît comme dans une atmosphère propice et y revient à tired'aile dès qu'il est libre; c'est là qu'il s'épanouit et porte ses plus belles fleurs. La patrie de Ziem est Venise ;ilpeut bien la quitter, voyager et passer une saison à Constantinople ou ailleurs, mais c'est là que sa peinture a son domicile légal; elle habite sur la Riva dei Schiavoni, le palais de Canaletto et de Guardi, dont plus tard Bonington et Joyant furent les locataires. Aussi comme il est chez lui dans la ville des Doges! comme il en connaît les canaux, les ruelles, les places, les traghets, les sotto-portico, les cours et les moindres recoins ! comme sa gondole file adroitement à travers les embarras et tourne avec précision les angles des rues d'eau ! La Vénus de l'Adriatique, qui sort à demi de la mer son corps blanc etrose, n'a pas de secret pour lui ; elle se laisse voir sans voile à son fervent adorateur.
Ziem ne voit pas seulement Venise en peintre, il la voit aussi en poète. Ni lord Byron, ni Musset ni George Sand, n'en ont mieux compris le charme mystérieux et la beauté fascinatrice. Il fait flotter son rêve sur la réalité, et, comme un amant, il trouve à sa maîtresse des grâces secrètes, des séductions inconnues. Il ne se contente pas de représenter bien exactement, selon les lois de l'architecture et de la perspective, les dômes, lès églises, les palais de San Sovino, de Palladio, de San Michèle, de