DE ZIEM
Tremigiano ; il leur donne une âme, il les fait vivre, il les enveloppe d'un charme, il les console de leurs splendeurs disparues par un sourire d'aurore, par un rayon rie soleil ; il baigne d'une onde amoureuse et caressante leurs murailles dégradées, et il fait traîner clans l'eau comme des tapis turcs leurs reflets tremblants et diaprés de riches couleurs. Il a fait le portrait de sa ville chérie à toutes les heures du jour, des premières blancheurs de l'aube aux dernières rougeurs du soir, de face, de profil, de trois quarts, sous tous les aspects; jamais il ne s'en lasse, et sa passion, comme celle des vrais amoureux, ne connaît ni la satiété ni la fatigue. Cela ne nous étonne pas, nous avons été nous-même sous le charme. L'enchanteresse, pour nous avoir bercé quelques jours sur son sein, nous a laissé un long souvenir et comme une incurable nostalgie.
On va dans ces aquarelles du Ponte-da-Dona à Saint-Georges, des murs de l'arsenal à Canareggio, du jardin de Quintavalle à la chapelle de Murano; on s'arrête dans le port de Venise aux embarcations pittoresques, on voit les bragosi byzantins, le palais Foscari sur le grand canal où demeurait Byron et où avaient lieu les régates que représentent les vieilles gravures, la Dogana avec ses colonnes d'ordre rustique et sa Fortune en équilibre sur la boule du monde, l'église de San Simeon et cette riva deiSchiavoni qui a pour angle la façade rose et blanche du palais ducal découpant ses palrnettes de marbre sur le bleu tendre du ciel et qui s'étend du pont de la Paille au jardin Français, avec ses palais, ses maisons, ses églises faites à souhait pour le plaisir du peintre et sa foule étrange et bariolée de promeneurs.