DE ZIEM
Port, que les Balancelles espag?ioles débarquant des oranges! L'artiste fait des courses dans las Gamarguas, ce delta où le Rhône aux multiples embouchures se donne des airs de Nil. Les chevaux sauvages traversent sa peinture d'un galop rapide, excités par le vent salé de la mer. Il nous montre Martigues, les Saintes- Maries , Trinquetaille , près d'Arles, la « mère des milles, » et, sur tous ces beaux sites d'un caractère si neuf et si étrange, il fait jouer tous les caprices de la lumière aux différentes heures du jour.
« A beau mentir qui vient de loin, » peut-on dire aux voyageurs; ces aurores si fraîches et si roses, ces midis si ardents, ces ciels si bleus, ces rochers qui ont l'air de pierres précieuses, ces palais pareils aux châteaux des contes de fées, tout cela est peutêtre de votre invention, ou du moins vous nous les faites voir à travers des feux d'apothéose; montreznous un peu une nature que nous connaissions; et Ziem, comme s'il avait prévu cette incrédulité, nous prouve qu'il est aussi familier avec Fontainebleau que Dénéchaux lui-même le grand Sylvain du lieu1. Quel réaliste, ne sachant faire que cela, a peint mieux que lui Barbizon? Voilà la plaine, et le verger, et le village par un beau temps, par la pluie, à l'aube, au crépuscule, au clair de lune, et cela avec une vérité étonnante. Voyez ces gris fins, ces verts tendres, ces terrains neutres, toute cette gamme éteinte et douce qui est celle de nos climats. Ziem sait se passer de ce soleil qui argenté Venise et clore Marseille; il connaît comme pas un tous les maîtreschênes de Fontainebleau.
1. C'est là, pensons-nous, une faute d'impression. C'est de Denecourt qu'il s'agit sans doute.
(Note de l'éditeur.)