TRENTE- QUATRE AQUARELLES
Nous ne pouvons décrire ces aquarelles Tune après l'autre, cela nous mènerait trop loin, mais elles donnent la plus complète sensation de Venise. Ziem excelle à rendre ce ciel bleu et rose, cette lumière d'argent qu'on ne trouve que là et à Gonstantinople. Avec une goutte d'eau où se dissout une parcelle de couleur, il bâtit en quelques coups de pinceau une maison au crépi vermeil, avec balcon tréflé, aux poteaux d'amarres bariolés, aux cheminées évasées en turban ; un palais d'architecture lombarde, aux façades où s'évanouissent les anciennes fresques de Giorgione ; mais ce qu'il exprime mieux encore, c'est l'eau verte- de la lagune, brisée en mille écailles de lumières et reflétant les caprices du ciel à travers les sillages et les remous des gondoles* qui dérangent les silhouettes repercutées des palais.
De Venise nous rétrogradons vers Marseille, cette ville colorée qui, de son origine Phocéenne, semble avoir retenu un rayon de la Grèce. Le ciel est aussi bleu derrière ses maisons blanches que derrière le fronton du Parthénon ; le soleil y chauffe la pierre aussi fort que le marbre du Pentélique, et la mer y roule des volutes d'un azur aussi foncé qu'au Pirée ou au cap Sunium. Ziem se plait dans ce port hérissé de mâts, incendié de lumière, où les couleurs brûlent comme en Afrique ; il plaque de soleil les murailles étincelantes, il fait dissoudre dans l'eau le lapis lazuli le plus vif de sa palette ; il vaporise l'or et l'argent pour en composer l'atmosphère, et se joue avec bonheur dans ce flamboiement méridional; il monte sur les tartanes qui vont à la pèche, il suit la cinche de thons, et les vagues de ses aquarelles traînent les madragues où se prennent les dauphins. Quelle merveille d'éclat et de transparence que le Port de Sausset, que le Vieux