TOME VI, LIVRE VIII
Il parle de Rosenfeld, qui a prêché qu'il était le Messie , que les prêtres étaient des menteurs, et que Frédéric était le diable. Cet homme , qui avait un sérail où l'on trouvait trois sœurs livrées par leur père, fut condamné par le tribunal à être fustigé et renfermé à Spandaw ; sentence confirmée par Frédéric , à cause du scandale.
Si Rosenfeld fut puni , Musenfeld , qui n'était qu'un prêcheur de réforme à Charlottenbourg, ne le fut pas, non plus que Spezer , pasteur à Francfort, et partisan zélé des piétistes, secte qui croit aux inspirations et aux illuminations soudaines et surnaturelles de l'esprit divin , etc.
Quelques personnes (entre autres M. Eberhard, si je ne me trompe) avaient substitué aux vieux cantiques , souvent sottisiers, de Clément Marot et de Théodore de Bèze, de nouveaux cantiques plus décents , composés par Gellert , Cramer, etc. ; le grand consistoire de Berlin approuva ce changement peu
MTBABEAU.
avant 1784. Un nommé Apitsch, mercier banqueroutier, se mit à la tête d'un parti nombreux de prêtres et autres pour s'y opposer. II présenta un placet à Frédéric , qui mit fin à cette querelle en répondant que , « si ses sujets voulaient chanter les « sottises des vieux cantiques comme... » ( ici il en citait deux ou trois passages les plus indécents ou les plus ridicules), « ils « en étaient les maîtres, et qu'il n'entendait pas qu'on les en em- « péchât. y> C'est ainsi que bien auparavant il avait décidé qu'il était permis à ses fidèles Neuchâtelais d'être aussi éternellement damnés qu'ils le jugeraient à propos, pourvu qu'ils laissassent en repos celui qui ne voudrait pas croire aux peines éternelles. Aucun sectateur de Rosenfeld ou autres n'a été poursuivi, ni même inquiété.
M. Bardt , savant de Leipsick , devenu socinien , fut persécuté chez lui à Erfurt , chez les Grisons , et dans un comté d'Allemagne : il se retira à Halle , où Semter, théologien , qui n'a pas rougi de se faire disciple du baron de Hirschen , apologiste de la médecine universelle , et M. Eberhard , philosophe sectaire (que j'ai bien connu) (1) , se livrèrent à la jalousie de métier la plus active, et firent défendre de laisser professer cet homme de mérite, père de famille etsacré comme le malheur. Frédéric ignora ou feignit d'ignorer ce fait scandaleux. Ce roi avait protégé contre les prêtres , Edelman , qui le premier en Allemagne avait imprimé les opinions sur lesquelles il fondait son incrédulité. Mirabeau dit que Frédéric n'a manifesté d'éloignement ou de préjugés que contre les juifs. Ce mot n'a été soufflé à Mirabeau qu'à cause de l'aventure de Mindleson , dont il n'a pas connu le vrai motif. (Voy. t. V, p. 116 de mes Souvejiirs.)
S'il est vrai que Frédéric ait été reçu franc-maçon à Bruns-
M) Tous deux étaient au moins sociniens ; le premier ayant nié dans ses écrits l'authenticité du Nouveau Testament ; ei le second ayant éctian^é sa cure de Cliarlottenbourg contre une chaire de lïaile, pour avoir publié une nouvelle apologie de Socrale.
wick par le comte de la Lippe, le 14 août 1738, comme l'affirme M. de Bielfeld, il faut dire que cette première cérémonie lui parut insulfisante ou irrégulière ; car le fait de Berlin , cité dans mes Souvenirs^ est incontestable : il eut lieu en 1 740 ; et ce roi tint sa première loge à Charlottenbourg , oii il reçut son frère le prince Henri et quelques autres personnes.
Mirabeau parle ensuite de Schrapfer, cafetier à Leipsick ; de Saint-Germain, dont le thé rendait immortel ; des Gassner, des environs de Ratisbonne; de Lawater, Suisse; de Mesmer et de Cagliostro, illuminés ; de Zinnendorf , médecin et fripon à Berlin , et qui de mon temps y fonda un nouveau système de maçons, les maçons électiques ^ etc.
Il nous dit aussi que Basedow , fondateur d'une école réelle, n'a pas trouvé chez les princes trente mille écus dont il avait besoin pour son plan ; qu'un nommé Franck les trouva chez les dévots ; et que le prince de Dessau fit ce qu'il put pour ce philanthropin , dont les écoles ont eu beaucoup de succès.
Je ne sais si Coccéi était étranger ou noble ; mais il était fils d'un savant professeur de droit à l'université de Francfort-surl'Oder. On a de lui plusieurs ouvrages estimés et souvent cités en Allemagne.
Thomasius avait été plus heureux que M. Bardt : chassé de Leipsick pour avoir attaqué les préjugés les plus absurdes , comme les histoires de revenants, etc., il se réfugia à Halle, où il fut tranquille.
Maupertuis fut nommé président de l'Académie en 1746. Il est mort en 1759. Le premier édit de l'Académie est de 1744.
Il y a quatre universités dans les états prussiens : celles de Halle, Francfort-sur-l'Oder, Kœnisberg et Duysbourg. Berlin Si une académie de peinture. (La deuxième école militaire dont je parle ne serait-elle pas celle qu'il place à Lignitz?)
Dès 1750, Frédéric avait chargé le grand consistoire luthérien de veiller sur les écoles, surtout dans la Marche électorale, €t de faire un règlement à cet effet. En 1763, avant la paix, il
'246 MIBABEAU. DE LA MONAfiCHIE PRUSSIENNE.
*idressa au même consistoire huit maîtres d'école qu'il choisit •et engagea en Saxe , et ordonna de les placer de manière qu'ils pussent servir d'exemple. Il ordonna aux habitants de la campagne d'envoyer les enfants à Técole deux jours par semaine en été , et tous les jours dans les autres saisons ; avec ordre aux pasteurs d'y veiller, et de lui adresser tous les mois un rapport à ce sujet.