‹ Souvenirs de vingt ans de séjour à BerlinChapitre 33 sur 60 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Académie royale des sciences et belles-lettres de Berlin.

J'ai dit que c'était à la reine Charlotte , seconde épouse de Frédéric P% que cette Académie était redevable de son existence et que c'était le savant et illustre Leibnitz , son premier président , qui en avait déterminé la forme et les règlements. J'ai dit aussi combien elle avait été négligée et presque avilie sous Guillaume T^; et, en effet, lorsque Frédéric le Grand monta sur le trône , elle n'avait plus de séances ; elle ne produisait plus aucun ouvrage , et pour empêcher qu'elle ne tombât de l'oubli dans le néant, il était temps qu'un souverain ami des sciences , des arts et des lettres vînt la rétablir, ou plutôt la recréer. Maupertuis, qui était allé au fond de la Laponie mesurer la figure de la terre , jouissait alors de la plus grande célébrité : il était renommé comme érudit , comme philosophe , et même comme homme de génie. Lié d'une amitié plus apparente que solide avec madame du Châtolet et Voltaire, il

ne tarda pas à devenir l'un des correspondants de Frédéric : il en gagna l'estime et l'amitié; et enfin ce fut lui que ce roi chargea de dresser un nouveau plan pour assurer la restauration de cette Académie. Maupertuis s'écarta peu des bases établies par Leibnitz, mais il y ajouta plusieurs articles importants. Ce corps littéraire et savant continua d'être divisé en quatre classes, celle de mathématiques , celle de physique expérimentale , celle de philosophie spéculative , et celle de littérature. On exclut toutes les discussions théologiques et politiques ; ce qui rappelle cet article réglémentaire plaisamment attribué à une académie de France : « Ici on ne parlera de Dieu ni en bien ni en « mal. »

Chaque classe eut un directeur pris dans la classe même , et fut composée de six membres résidants , ce qui portait le nombre des académiciens ordinaires à vingt-quatre , sans compter le secrétaire perpétuel et le président. Le bibliothécaire se prenait, pour l'ordinaire , dans la classe de littérature ; l'astronome , chargé de l'observatoire, appartenait à la classe de mathématiques, et le chimiste, l'anatomiste , le botaniste et le minéralogiste étaient pris dans la classe de physique. Outre la bibliothèque et l'observatoire , il y avait un laboratoire de chimie , un théâtre d'anatomie très- fréquenté, un jardin des plantes , un cabinet d'histoire naturelle , et, de plus , un cabinet de machines antiques. Comme il fut décidé que les mémoires seraient tous imprimés en français , on établit un traducteur pour tout ce qui serait lu en latin ou en Allemand.

Une création de cette nature nécessitait des fonds considérables. L'entretien du jardin des plantes, de la bibliothèque, du cabinet de chimie , de l'observatoire et du théâtre anatomique, obligeait à des dépenses annuelles assez fortes. 11 fallait dô plus une somme particulière pour les jetons, pour la gravure des dessins ou planches que les mémoires pouvaient requérir, pour les impressions, pour le bois de chauffage, etc. Il fallait payer les pensions fixées pour le président, le secrétaire , le

traducteur et les quatre directeurs ; pour le chimiste, Taslrouorne, le bibliothécaire, le botaniste et l'anatomistc -, il fallait enfin suffire à d'autres pensions accordées par le roi à la plupart des académiciens ; pensions qui étaient de deux cents à quinze cents reisdalers.

Pour subvenir à ces dépenses , le roi confirma les dons faits à son académie par feu son père, c'est-à-dire qu'il lui attribua de nouveau, outre le terrain et les bâtiments convenables: 1 ° d'assez vastes plantations de mûriers dont on espérait beaucoup , mais qui ont rapporté peu de chose ; 2"^ le privilège exclusif de la publication des lois et des cartes géographiques, qui n'ont guère donné plus de produit; et 3« le privilège exclusif de la composition et de la vente des almanachs , article qui, le plus futile en apparence , fait néanmoins la véritable richesse del'Académie. Mais comme tous cefi objets avaient eu peu de valeur jusque-là, et qu'il devenait important d'en tirer plus d'avantages à l'avenir, Frédéric, persuadé d'ailleurs que des hommes uniquement dévoués à l'étude ne pouvaient guère soigner des affaires d'intérêt, et même y étaient rarement propres, nomma , parmi les académiciens honoraires, quatre seigneurs auxquels il donna le titre de curateurs de V Académie , et les chargea de maintenir ses droits, et de surveiller et diriger ce qui tenait à sa comptabilité.

On ne peut pas dire que ces messieurs n'aient rien fait pour l'Académie , puisqu'ils en ont porté le revenu à près de quatorze mille écus du pays; il paraît cependant qu'ils ont moins fait qu'ils n'auraient pu faire ; et que , peu à peu , ils n'ont négligé ou même abandonné leurs fonctions. Je n ai plus trouvé que deux de ces quatre curateurs , savoir, M. le comte de Roëderer et M. de Hertzberg ; et ces messieurs ont été remplacés , quelques années après la guerre de Sept ans , par une commission économique de cinq membres pris dans le sein de l'Académie, et auxquels , vers 1764 , le roi ordonna de lui proposer les meilleurs moyens d'améliorer les revenus de ce corps de savants ,

et d'en déterminer l'emploi. Ceux qu'il choisit pour cette commission furcntMM. Eulcr, Lambert, Sulzer,Mérian, et de Beausobre. De Beausobre et Sulzer furent ceux qui mirent le plus de zèle à remplir les intentions de Sa Majesté. Us dressèrent un mémoire que Lambert et Mérian approuvèrent, mais auquel Euler s'opposa autant qu'il le put, c'est-à-dire beaucoup plus qu'il ne le fallait. Là, on proposait surtout, quant au premier objet, d'affermer, non la composition des almanachs, laquelle serait toujours spécialement dirigée par l'Académie elle-même , mais la vente qui pouvait en être faite ; on annonçait au roi que ce moyen accroîtrait les revenus de l'Académie de plus d'un quart, puisque le caissier de l'Académie , qui, seul, avait eu. ce détail jusqu'alors, n'en rendait guère plus de treize mille reisdalers. et que l'on avait déjà une première soumission de plus de dixsept mille.

Pourquoi le respectable Euler voulait-il faire rejeter ce projet d'amélioration ? C'est qu'un nommé Kœller, caissier de l'Académie, avait été secrétaire de M. le chancelier de Jarriges, dans le temps où celui-ci, n'étant encore que conseiller de justice et secrétaire de l'Académie , avait travaillé à la formation du code prussien, sous M. de Coccéi ; que c'était M. de Jarriges qui avait procuré cette place de caissier, comme récompense, à son trèsdévoué secrétaire ; que cette caisse était si bonne à gérer, que ce dernier, avec 500 reisdalers d'appointements, avait fini par prendre carrosse, et par donner 30 mille reisdalers en mariage à chacune de ses filles ; que le plan de Sulzer et de Beausobre allait réduire à zéro les scandaleux profits de cet homme , qui était venu pleurer aux genoux de son excellence son bon maître; que M. de .Tarrigcs , déjà vieux , et par conséquent plus faible, avait été touché de Taffliction de son protégé, toujours si souple , si révérencieux et si reconnaissant ; qu'en conséquence, ce chancelier timide , comme tous les ministres de Frédéric , voulant néanmoins faire quelques efforts pour maintenir toutes choses dans leur état précédent , avait invité M. Euler à dîner.

l'avait comblé de politesses et d'honnêtetés, et lui avait recommandé son pauvre Kœller de la manière la plus pressante et la plus vive; et qu'enfin , M. Euler, ayant été toute sa vie plus touché des caresses des grands qu'on ne l'imaginerait , n'avait pu résister à tant d'instances , et avait promis d'employer son zèle et son crédit en faveur de celui que son excellence honorait de sa protection.

M. Euler, dans les conférences des commissaires et durant la discussion du projet , avait lutté seul contre tous avec une constance qui étonna ceux qui ne savaient pas les engagements qu'il avait pris ; mais sa résistance ne produisit point l'effet qu'il en avait espéré : les autres décidèrent que le plan serait envoyé au roi avec une lettre qui fut signée d'eux tous, et qu'ils firent remettre à M. Euler, afin qu'il pût la signer lui-même , ou y consigner son refus motivé. M. Euler garda la lettre et le mémoire deux jours pleins , et cependant adressa à Sa Majesté une longue lettre, où, tout en donnant une courte notice du plan conçu par ses confrères, il entassait, pour le faire rejeter, toutes les objections qu il avait pu imaginer. Le roi , plus fin que lui , attendit que le mémoire lui fût parvenu : de sorte qu'Euler, n'ayant pas de réponse, fut contraint de rendre enfin le paquet à la commission, qui de suite l'expédia. Le roi vit en cette manière d'agir une sorte de détour qui lui parut un subterfuge ou im piège : il était loin d'approuver des procédés semblables, bien moins admissibles encore envers un souverain qu'envers tout autre, et convenables ou même délicats vis-à-vis de personne: sa lettre à Euler se ressentit de l'impression que ces pensées avaient faite sur lui : il ne voulut pas à la vérité prendre le ton de l'indignation ; mais le ton de sarcasme qu'il y substitua n'était guère moins propre à humilier et à blesser un homme sensible. Cette réponse si mémorable par ses suites, débutait en effet par cette phrase : « Quoique je n'aie pas appris à calculer les cour- « bes , je sais pourtant, mon cher Euler, que pour mon Aca- <* demie, dix-sept mille reisdalers valent mieux que treize. » Il

ajoutait qu'il avait approuvé le projet de la commission, d'autant plus que les droits accordés par le souverain à son Académie devaient servir à récompenser des savants, et non à engraisser un vil caissier^ qui n'était déjà que trop bien payé sans cela.

Cette lettre mortifia tellement M. Euler, qu'il ne voulut plus rester en Prusse. 11 offrit ses services à Catherine II, qui les accepta, et lui fît de très-belles conditions, tant pour lui que pour ses fils. Il vendit la maison qu'il avait à Berlin et la campagne qu'il possédait près de Charlottenbourg : ensuite il demanda un congé, que le roi eut beaucoup de peine à lui accorder. Le marquis d'Argens , les amis et surtout les Suisses , les ministres et même les princes , entre autres le margraff Henri , tous ceux qui semblaient avoir du crédit sur l'esprit de ce savant, employèrent en vain, pour le fléchir, les caresses, les prières et les remontrances. Le roi posa en question s'il n'avait pas le droit de le retenir de force ; et , sur ce qu'on lui objecta que M. Euler était Suisse , et que les Suisses avaient des titres qui garantissaient leur liberté, et qui étaient respectés par tous les souverains de l'Europe : « Eh bien! répliqua-t-il, quelques-uns de ses « enfants sont nés mes sujets , et je puis au moins les garder. » On ne parvint pas sans peine à le forcer dans ce dernier retranchement ; et l'on peut croire que la crainte d'offenser l'impératrice de Russie contribua peut-être autant à le fléchir que les principes de justice : mais au moins l'un des fils d'Euler , officier dans l'artillerie , et qui avait été mis en prison pour avoir soupé en société avec un habit bourgeois (chez le margraff Henri) avant d'avoir son congé, fut retenu pendant près d'un an après le départ de ses parents , et peut-être n'aurait-il jamais eu son congé , si Catherine 11 ne l'avait sollicité elle-même.

M. Euler partit avec sa femme et ses autres enfants, pour retourner à Pétersbourg, qu'il avait quitté pour Berlin, il y avait dix-huit ans (1). Dès qu'il entra en Pologne, il ne voyagea plus

(I) Vers 1747,

qu'aux frais du roi Poniatousky, qui le logea à Warsovie, et lui fit procurer tous les agréments possibles. Quaud Euler voulut se remettre en route, on le reconduisit jusqu'aux frontières de la Russie, oii les ordres de l'impératrice l'attendaient pour le faire défrayer jusqu'à Pétersbourg. Arrivé en cette capitale, il y trouva , une maison meublée, dont on lui faisait présent , et qui pouvait suffire pour le loger, lui et tous ses enfants , et de plus un des cuisiniers de l'impératrice fut chargé de leur- cuisine pendant huit jours, toujours aux frais de cette souveraine, et en attendant qu'ils eussent pu établir leur ménage. M. Euler fut nommé directeur de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg ; son fils aîné, avec lequel je m'étais particulièrement lié d'amitié , et de qui j'ai reçu quelques lettres depuis notre séparation , fut nommé membre et secrétaire de cette même Académie ; un autre fils, médecin , fut employé et pensionné ; et enfin le lieutenant d'artillerie fut, dès son arrivée, promu au grade de capitaine dans la même arme.

Il ne paraît pas que l'on puisse traiter un savant d'une manière plus honorable et plus encourageante ; et il faut ajouter que M. Euler et ses fils le méritaient. De l'aveu de tous ceux qui ont couru la même carrière que lui, nul peut-être n'a montré un génie plus heureux , plus lucide , plus facile et plus fécond. 11 a fait faire aux mathématiques des pas de géant ; et ses immenses travaux ne lui coûtaient rien : c'est au milieu de sa famille et du bruit que des enfants peuvent faire , c'est en jouant lui-même avec celui qu'il prenait sur ses genoux, et ayant habituellement un gros chat angora monté sur son épaule , qu'il a composé quelques-uns de ces mémoires que l'Europe a admirés et admirera toujours. Son caractère moral rehaussait encore ses talents : ce grand mathématicien était simple et naïf, toujours naturel, doux, honnête et même gai, de cette gaieté qui naît du bon esprit et de la bonne conscience : il était tout à la fois homme plaisant et bon homme. Mais en lui rendant cette justice, je ne veux ni ne dois dissimuler ses faiblesses -, il

eut des préjugés : on vient de voir dans quelle faute M. de Jarriges l'avait entraîné , et je suis convaincu qu'il n'a été si seusible à la phrase du roi sur le calcul des courbes, que parce qu'il sentait, d'une part, que personne n'était moralement plus éloigné de mériter de pareils sarcasmes que lui , et de l'autre part , qu'il y avait néanmoins donné lieu par trop de condescendance.

Je citerai deux faits propres à donner une idée des préjugés qu'il avait. La commission économique de l'Académie fut d'avis que l'une des dépenses les plus convenables et les plus urgentes était d'achever le mur qui entourait le jardin botanique, et qui n'était fait qu'à moitié , et en même temps de fournir au jardinier quelques bestiaux aussi nécessaires pour la culture que pour les engrais. M . Euler s'y opposa tant qu'il put ; et comme ses confrères lui objectaient l'importance de ce jardin, il leur répondit que rien n'était moins important que la botanique ; que tout cela n'était qu'enfantillage , et qu'en un mot il n'y avait qu'une seule science qui méritât de l'attention et des soins,, la science des mathématiques.

Le second fait est que M. de Gastillon le père, académicien de la classe de mathématiques , aimant à travailler à divers instruments , surtout à la suite de ses repas , et ayant entrepris de fabriquer untélescope, vint demander à M. Euler, son directeur, s'il ferait bien de suivre les calculs contenus dans un mémoire que M. Euler avait donné l'année précédente sur le maximum de la concavité ou convexité des verres. . . . « Gardez-vous-en bien! lui « répondit son directeur : ces calculs ne vous conduiraient qu'à « de faux résultats; mais attendez jusqu'à l'année prochaine : « alors on imprimera un autre mémoire , auquel je travaille à « présent , et où vous trouverez les véritables règles à suivre « dans ce travail. — Mon cher directeur, reprit M. de Gastillon, « permettez-moi de vous demandi^r pourquoi vous avez fait im- « primer votre premier mémoire, puisque vous saviez qu'il con- « duisait à de faux résultats , et que vous aviez l'intention d'ea

« donner un second, qui seul remplirait votre objet ? — Vous êtes « dans Terreur, mon ami, si vous croyez que mon premier mé- « moire soit inutile : il est au contraire très-précieux, parce que, « indépendamment de son objet, il contient des calculs qui, par « leur marche et leur application , deviennent autant de mo- « dèles , autant de formules neuves ; en un mot, songez bien « que ce sont toujours des calculs , et des calculs d'un mode « nouveau. Non , non , ce mémoire n'est pas inutile ; il s'en faut « bien ! »

Lorsque l'Académie reçut la lettre qui me nommait académicien , M. Euler fut effrayé de la pension qui m'était accordée : il requit la garantie de la sienne ; on rit de sa frayeur. A la fin de la séance publique où je fus reçu , il vint a moi d'un air amical et très-satisfait, et me dit : « Je ne savais pas que vous « étiez des nôtres! Je suis maintenant charmé de vous avoir « pour confrère ! » Ce qui avait ainsi converti M. Euler, c'est que mon discours de réception contenait un assez grand nombre d'expressions puisées dans la science des mathématiques ; d'où il avait conclu que l'étude de cette science avait au moins occupé quelques années de ma jeunesse. Aussi me témoigna- 1- il toujours beaucoup d'amitié.

A l'époque de ma réception (le 5 avril 1765), l'Académie n'avait point de président , M. d'Alembert ayant refusé de succéder à M. de Maupertuis , et le roi n'ayant offert cette place à personne depuis ce refus. M. Formey était le secrétaire perpétuel de cette Académie, M. d'Argens directeur de la classe des belles-lettres, M. Euler directeur de celle des mathématiques , comme M. Hénius de celle de philosophie spéculative , et M. Margraff de celle de physique. La nomination de ce dernier à la place de directeur avait fait perdre à l'Académie un ancien et très-illustre membre, M. Potte. Ce chimiste fut indigné que Ton donnât la préférence sur lui à un homme célèbre sans doute, mais qui avait été son élève. Non-seulement il se retira, et ne

voulut plus enteudre parler de l'Académie, mais, dans la crainte qu'elle ne profitât de ses travaux après sa mort, il brûla tous ses manuscrits. Cet acte de colère priva le public d'un travail très-précieux , fruit de plus de trente ans de recherches et d'application. Cet ouvrage était une histoire de la chimie , histoire faite sur un plan qu'il est utile défaire connaître. M. Potte avait revu , la plume à la main , tous les ouvrages qui avaient paru sur la chimie; il les avait rangés par ordre chronologique, et en avait extrait tout ce qui était découverte , invention , ou perfectionnement , ayant grand soin de conserver dans toute son intégrité le texte des auteurs originaux , sauf à y joindre , autant qu'il en était besoin , la traduction de ce texte , ou les notes qui pouvaient être utiles. C'est de cette sorte qu'il était parvenu à réduire à fort peu de volumes tout ce qu'il y avait d'instructif dans plusieurs milliers d'ouvrages différents; à faire connaître les auteurs importants, par tout ce qu'ils avaient fait pour les progrès de la science , et à rendre la science elle-même plus agréable à apprendre , en lui donnant à la fois une forme historique et didactique.

M. Potte avait poussé fort loin ses recherches sur quelques objets particuliers. Je ne citerai que les porcelaines , dont il prétendait avoir découvert plus de cinquante espèces , et dont quelques-unes étaient beaucoup plus précieuses que celles que nous avons. Quoi qu'il en soit de la vérité de ses assertions , il n'a absolument rien laissé de ses travaux , excepté ce qui avait paru avant l'époque de sa brouillerie ; et l'on est d'autant plus fondé à en concevoir des regrets, que l'on sait que lui et M. Margraff avaient été et méritaient d^être considérés et reconnus , durant bien des années , comme les deux premiers chimistes de l'Europe. Depuis sa brouillerie avec l'Académie , arrivé fort peu de temps avant que je vinsse en ce pays, M. Potte a encore vécu très • longtemps , mais il n'a plus rien fait que se promener matin et soir sous les arcades de la place

du château, avec sa perruque ronde et son vieux manteau rouge.

Je vais reprendre les quatre classes de l'Académie , et faire connaître les hommes distingués ou célèbres qui , de mon temps, les ont composées.

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