‹ Souvenirs de voyage d'un soldat de Pie IX [microforme]Chapitre 23 sur 54 · SUBITACO ET SAINT BENOIT · texte numérisé non relu

SUBITACO ET SAINT BENOIT

Subiaco vient du mot latin Swblagueum, ainsi nommé parce que autrefois on voyait un peu audessus de cette ville trois petits lacs aujourd’hui desséchés. Sublaqueum a été changé en Subiaco,

Subiaco, ville de la Sabine est située à cinquante milles au sud-est de Rome ; elle rsiferme 6,00 âmes ei offre, comme le dit Robello, un grand intérêt aux artistes par son délicieux paysage, aux industriels, par ses nombreuses usines, et aux philosophes, par les souvenirs de saint Benoit. Son site est charmant. Entourée de montagnes qui portent leurs cîmes grisâtres jusqu'aux nues, et bâtie sur une colline de forme pyramidale, elle regarde de tous côtés un vallon profond, où la nature se plait à étaler ses trésors. Bocages verdoyants, jardins émaillés de mille fleurs, promenades délicieuses, rien n'y manque. Les édifices, d'une apparence assez médiocre, sont groupés au tour du mamelon, formant ainsi une espèce d'amphithéâtre. Le palais épiscopal est, comme un nid d'oiseau, perché sur le sommet et domine toute

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la ville. À la première vue on le prendrait pour un château-fort capable de soutenir un long siége. Les églises sont au nombre de huit ; la cathédrale seule peut attirer notre attention. Les rues, comme celles des autres villes des Etats de l'Eglise, sont étroites et d’un aspect qui demande beaucoup d'améliorations sous le rapport de la propreté. Nous avons une faible idée de la topographie du Subiaco ; passons maintenant aux souvenirs que renferme cette ville :

Le premier souvenir qui frappe le regard du voyageur est celui de Néron, ce démon sous la forme humaine. L/aurait-on cru ? Tout de même, ce n'est que trop vrai. Enchanté du magnifique paysage dont je viens de parler, Néron avait fait construire des bains artificiels et une somptueuse villa à un mille de la ville, sur les rives de l’impétueux Anio. Il ne pouvait se fixer en un endroit plus favorable pour ses orgies nocturnes, et pour satisfaire les passions de son cœur gangrené. Il existe encore aujourd’hui quelques ruines —-disséminées ça et là-—des édifices élevés par cet empereur capables tout au plus de nous donner une juste idée de la magnificence que déployaient les anciens Romains dans la construction de leurs palais.

Le second souvenir qu'on rencontre est l’anti-

pode du premier. Ce souvenir est cher aux habitants de la ville de Subiaco, cher à toute l'Italie, cher enfin à l'Eglise catholique. Je viens de nommer saint Benoît, de la famille d’Anicia, ce jeune praticien qui, fuyant les honneurs et les délices du monde, vint se réfugier dans une grotte, où les rayons d’un soleil bienfaisant ne pénétraient jamais. Le paganisme avait souillé cette contrée de sa bave immonde. Le christianisme, quatre siècles plus tard, chasse pour toujours ce monstre infernal, et plante la croix à l'endroit même où ce dernier avait établi sa demeure. Benoît fut l'instrument dont se servit la Providence pour remporter cette victoire à jamais mémorable, qui produisit dans l'univers des fruits si abondants, Ce grand saint, ne voulant pas laisser son œuvre incomplète, forma un ordre qui fut chargé de continuer ce

qu'il avait commencé, c'est-à-dire travailler au salut

des âmes. L'ordre des Bénédictins s'augmenta avec rapidité, et fonda un vaste monastère sur la grotte même dans laquelle saint Benoît ae trois longues années c-- "vit auvun usant. 4 ce monastère, commencé par saint Benoît et parachevé par l’abbé Humbert, que nous mers dés dier ; mais, auparavant, suivons avec SHenpRE le joli sentier qui conduit au Sagro Speco, afin d nd mirer les monuments qui se présentent à l'admi-

ration pendant cette excursion aérienne.

Le premier monument que le chrétien s'empresse de visiter, c'est une chapelle circulaire, élevée en l'honneur de saint Maur, disciple de saint Benoît. On rapporte le fait suivant dans la vie de ce dernier : “ Un jour, le jeune Placide, fils d’un sénateur romain, alla puiser de l'eau dans un petit lac, aujourd’hui desséché, et à peu de distance de la villa de Néron. Pendant que le jeune homme était penché sur le bord de l’eau, le poids de l’'amphore l’entraîna, et Placide tomba dans l’abîime. Il allait périr, lorsque saint Benoît ordonna à saint Maur de voler au secours de Placide. Maure obéit ; il marche sur les eaux comme autrefois Notre Seigneur sur le lac de Génézareth, et retire du gouffre l'enfant qui n’a plus qu’un souffle de vie.” Pour perpétuer la mémoire de ce miracle éclatant, les habitants de Subiaco élevèrent cette chapelle que nous avons devant nous. Plus loin s'élève le couvent de sainte Scholastique, sœur de saint Benoît. Ce monastère a été construit au VI siècle. On y a réuni une foule d'objets de l'antiquité

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