‹ Souvenirs de voyage d'un soldat de Pie IX [microforme]Chapitre 24 sur 54 · vtilu Ut RTL · texte numérisé non relu

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Ce sont des religieux cloîtrés qui l’habitent aujourd’hui,

L'église qui touche au couvent est d’une grande beauté, L'âme se sent à l'aise en pénétrant dans ce temple et respire librement les parfums des vertus qui y sont pratiquées. Dans la crypte, on

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admire deux grottes profondes, habitées autrefois par deux saints : Pierre et Honorat. Le corps du vénérable Bède repose dans ce lieu. Son nom est gravé sur un marbre avec l'inscription suivante : “ © venerable Bede ! Illustrious doctor of the english nation vouchsafe to obtain the return of that people to the true church and peace and ;welfare for myself who come thither in pilsrimage to thy shrine.”

À deux pas du couvent de sainte Scholastique, il existe une chapelle visitée par une foule innombrable de pélerins. En gravissant cette montagne, saint Benoît rencontra le moine Romain, plus tard saint Romain, qui le Gépouilla de ses habits et le revêtit d’une peau de bête, Cette chapelle est là pour. rappeler aux pélerins cette circonstance de la vie de saint Benoît.

Nous traversons ensuite un petit bois odoriférant, connu sous le nom de boës sacré. Ce riant bocage a ét sanctifié par la présence de saint

. Benoît, de cet homme de diamant, comme l'appelle

le pape Zacharie. Le touriste, fatigué de cette pénible ascension, s'arrête volontiers un instant sous cet épais feuillage pour reprendre haleine, respirer l'air pur et ranimer ses forces chancelantes.

Nous arrivons enfin au monastère de saint Benoît, au célèbre Sagro Speco, placé sur des

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rochers à pic, menacé par des masses énormes de 7

4 pierres qui le dominent, et suspendu sur le bord se

} d’un précipice. Ce couvent est adossé à la mon- ; quel tagne, à la paroi qui, comme le peint si bien de dd Montalembert, fait face au midi et domine en | te surplombant le cours bondissant de l’Anio sépa- Fe

rant, en cet endroit, la Sabine du pays habité D. Sub jadis par les Eques et les Herniques. Le sanc- | A

| tuaire du Sagro Speco compte sept étages et groti

quatorze autels. EL, da

Au second étage se trouve la grofte sainte. Une laieg

| ! statue d’une beauté et d’une expression merveil- dans

| leuses représente le patriarche à genoux et les avon ï yeux tournés vers le ciel. À côté de la statue, on è Les

le remarque un panier et une clochette. L'ermite monc 1 Romain seul connaissait le refuge du saint qu'il venu L nourrissait du reste de ses jeûnes. Mais il ne pou- célék

(4 vait pas parvenir jusqu’à lui, il lui glissait chaque Sagr! jour un morceau de pain, au moyen d’un panier MM.

fl attaché à l'extrémité d’une corde ; ét au panier : da ! était fixée une clochette qui, par ses tintements dé Il réitérés, avertissait l’anachorète de l’arrivée de son L' l'E frugal repas. Vous devez comprendre facilement viva l ; l'énigme du panier et de la clochette que renferme tenté HE la grotte sainte. Ces souvenirs ne sont qu’une imi- te: fs [} tation, mais c’est un fac-simile qui parle éloquem- nu, s

ment au cœùtr du chrétien. Les Bénédictins con-

servent les originaux dans une chapelle avec un soin tout religieux. On voit aussi le lit sur lequel saint Benoît, succombant à l'épuisement, prenait quelques heures de repos. Sa couche n'était pas aussi molle que celle des rois fainéants de la Gaule. Une simple pierre, et encore était-elle passablement raboteuse, voilà le lit du grand saint de Subiaco.

Au septième et dernier étage, existe une autre grotte, dans laquelle saint Benoît composa la règle de son ordre, sous l'autel qui la décore ; le saint a laissé l'empreinte de ses pieds parfaitement gravés dans le roc. Cette grotte et la première que nous avons visitée sont l’objet d’une tendre dévotion. Les fidèles y accourent de toutes les parties du monde. L'évêque de Montréal, Mgr Bourget, est venu lui-même, le jour de la fête de saint Benoît, célébrer le divin sacrifice de la messe dans le Sagro Speco. Sa Grandeur était accompagnée de MM. les abbés Gravel, Godin et.de notre digne aumônier, qui tous ont eu le même bonheur que notre vénéré prélat canadien.

L'histoire rapporte que, lorsque saint Benoît vivait dans son obscure retraite, il fut violemment tenté par le démon de l'inpureté. Pour éteindre le feu qui le dévorait, le moine se roula, le corps nu, sur des épines qui- croissaient auprès de sa

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grotte. Les épines se changèrent en roses. Les bons Bénédictins donnent toute leur attention à ces rosiers miraculeux, dont les feuilles portent au centre la figure d’un serpent ; ils se font un plaisir de procurer à chaque visiteur ce qu’on appelle po/vere prodigiosa delle rose di santo Benetto. Le révérend Père Bruno, qui était alors mon directeur spirituel, a bien voulu me faire cadeau de cette poudre prodigieuse toutes les fois que je suis allé prier au Sagro Speco.

Nous venons d’applaudir l’héroïsme de saint Benoît, triomphateur de la volupté, en faisant un miracle. Transportons-nous maintenant sur un autre théâtre, où la sainteté de Benoît brille continuellement. En arrière du monastère, se dresse un énorme rocher taillé perpendiculairement, et dominant l’illustre retraite des Bénédictins. C’est sur ce rocher que vivait saint Romain, et c'est aussi de ce haut rocher qu'il remplissait le rôle de pannetier à l'égard de saint Benoît. Un jour, un fragment considérable de ce rocher se détache et descend avec une vitesse incroyable. De son poids il allait écraser le couvent et les moines qui l’habitaient, lorsque tout à coup il s'arrête, restant adossé à la montagne, sans aucun appui pour le soutenir ; il ne touche à la montagne que par la base, la partie supérieure est inclinée vers le monastère et

séparée de la montagne par une distance de plusieurs pieds. Quelle est donc la puissance qui l’a

# retenu, et qui le retient encore suspendu pour ainsi dire dans l’espace? Saint Benoît, ni plus ni moins ; le miracle est visible. Il ne suffit que d'ouvrir les yeux pour s’en convaincre. En mémoire de ce miracle vivant, opéré en faveur de leur ordre, les Bénédictins ont élevé, au pied du rocher, une statue à leur bien-aimé fondateur. Cette statue a les regards dirigés vers la pierre menaçante, la main droite est levée comme pour commander au rocher de s'arrêter.

Sur le piédestal qui la supporte, on lit l’inscription suivante : “ Ferma o rupe ? non danneggiare t figli miei” Pour éviter de l'embarras, au lecteur, je me permettrai d'en donner la traduction :

“ Arrête-toi, Ô rocher! ne fais pas de mal à mes enfants.”

[Il n'y a pas que Subiaco qui nous parle de saint Benoît. Il existe encore plusieurs autres villes qui publient sans cesse les vertus du patriarche des moines d'Occident.

Affile, petite ville située à quatre milles au sud de Subiaco, conserve le crible en terre brisé et rendu à son premier état par l'entremise de saint Benoît. ï

Royate, à 5 milles d’Affile, bâtie au milieu des

montagnes dont le sommet est couvert de neiges éternelles, possède le rocher sur lequel saint Benoît passa la nuit lorsqu'il se rendit à Subiaco. Ce rocher porte l'empreinte du corps du grand Benoît ; et, une chapelle, riche en ornements, couvre l’endroit où ce miracle s’est opéré.

Vicovaro, placée sur la voie qui conduit de Subiaco à Tivoli, et à six milles environ de cette dernière, nous montre saint Benoît préservé providentiellement d’un grand péril. Les religieux d’un monastère de cette ville l'avaient appelé pour le mettre à la tête de leur institution. Mais, ne pouvant supporter la sévérité de sa règle, ils résolu-

rent de le faire mourir. Ils lui apportèrent donc .

une coupe remplie de poison. Benoît, inspiré du Ciel, fit le signe de la croix sur la coupe qui se cassa et tomba par terre. Le rocher lui-même sur lequel le vase tomba, vola en éclats. On peut voir éncore les traces de cet autre miracle, Les religieux, effrayés et repentants, se précipitèrent aux genoux du saint qui leur pardonna de grand cœur. Mais Benoît ne voulut pas demeurer plus longtemps dans cette ville, il retourna s’ensevelir dans sa sombre caverne, bien décidé de ne plus apparaître aux regards des hümaiïins. Cependant, la renommée de sa haute sagesse se répandit avec une telle rapidité dans toute l'Italie, qu'un grand

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nombre de personnes vinrent se réfugier auprès de lui pour vivre de sa vie de sacrifices et de jeûnes, Bientôt il surgit douze monastères dans ces parages sauvages, autour du Sagro Speco. Après avoir nommé des supérieurs aux douze monastères qu'il avait fondés, saint Benoît quitta Subiaco, en 520, et alla se nicher sur le mont Cassin, où il termina sa brillante carrière, en l’année 543.

Ce sont là les connaissances que j'ai pu acquérir sur Subiaco et le sanctuaire de saint Benoît, lorsque j'ai eu le bonheur d’être en garnison dans cette ville. Je dis £onheur, et je ne crois pas me tromper ; car n'est-ce pas un bonheur que de contempler “cette caverne et ce buisson d'épines, dit l’auteur des Moines d'Occident, d'où sont issues les légions de moines et de saints dont le dévouement a valu à l'Eglise ses conquêtes les plus vastes et

ses gloires les plus pures.”

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