‹ Souvenirs de voyage d'un soldat de Pie IX [microforme]Chapitre 26 sur 54 · MENTANA-—MONTE-ROTONDO—FRASCATI — OSTIE · texte numérisé non relu

MENTANA-—MONTE-ROTONDO—FRASCATI — OSTIE

Mentana, placée à 15 milles au nord-est de Nomentum, fondée par Latinus Sylvius ; c'est une des plus anciennes colonies d’Albe, dans la Sabine. Sous l'empire romain, cette ville a joué un rôle assez important, et ses vins étaient très recherchés. Au Moyen-Age, Nomentum prit le nom de Civitas Nomentana, et plus tard on a retranché la première syllabe de l'adjectif Vowmenfana, ce qui a fait Mentana.

La population de Mentana est d'environ 900 à 1.000 âmes. Les rues en sont étroites et tortueuses. Les édifices pour la plupart très ancièns, n’attirent que médiocrement la curiosité. Le séjour de cette ville est monotone, pour ne pas dire plus. __ Mentana a légué au domaine de l’histoire plu-

sieurs faits qu'il ne faut pourtant pas oublier. C'est là que l'illustre Charlemagne eut une entrevue avec le pape Léon III, lorsqu'il se rendait à Rome, en 800, pour recevoir la couronne impériale. Cette bourg:.de est encore la patrie de Crescence, de ce

patrice romain qui, au X° siècle, tenta de rétablir la république et fut pris et mis à mort d'une manière barbare, par Othon III, en 996, après avoir défendu le fort Saint-Ange avec un courage héroïque.

Les étrangers qui visitent Rome se font un devoir de venir à Mentana, fouler le champ de bataille où l’armée pontificale remporta, au mois d'octobre 1867, une brillante victoire sur l’ermite de Caprera, le porte-étendard des révolutionnaires ou des sociétés secrètes, le général Garibaldi, enfin. À l'approche de cet implacable ennemi de la Papauté et de la royauté, Rome trembla. Les habitants consternés se préparaient à prendre la fuite. Un deuil universel enveloppait la Ville éternelle. La crainte avait glacé le sang dans les veines des plus intrépides. Les églises regorgeaient de fidèles, qui imploraient la protection du Tout- Puissant. Partout, à chaque coin de rue, on entendait des gémissements et des sanglots. Tout semblait désespéré. Encore quelques heures, et Rome sera au pouvoir de la révolution.

Mais il est écrit : Portae inferi adversus eam non prevalebunt. T'auguste vieillard du Vatican avait prié pour l'Eglise, et sa prière était exaucée, Pie IX bénit sa vaillante armée et lui donne l’ordre de marclier au combat. L'armée vole à Mentana,

Ér

taille en pièces les bataillons garibaldiens et rentre dans Rome, couverte de lauriers et de blessures. L'Eglise catholique avait ajouté une nouvelle page glorieuse à son histoire, et le Canada avait arrosé de son sang le sol de l'Italie, dans la personne de M. Alfred LaRocque, décoré aujourd’hui de la croix de Pie IX. Honneur à ce brave chevalier! Honneur aux Canadiens-français !

Le combat avait duré cinq heures environ.

Garibaldi avait fui au milieu de la mélée, laissant ses déguenillés à leur triste sort.

Le très regretté colonel Allet et le baron de Charette commandaient le régiment des Zouaves ; c'est tout dire.

On rapporte un trait de bravoure dont notre cher papa——nom que les zouaves donnaient généralement au colonel Allet —a été le héros. Pendant la bataille, le colonel se tenait au front et un peu à côté de son armée, et examinait les péripéties du combat, tout en fumant tranquillement un cigare, lorsqu'il aperçut un Garibaldien qui le mettait en joue. Sans laisser percer la moindre émotion, papa Allet le regarde viser. Le Garibaldien fait feu, et... .le colonel reste sur son cheval sans attraper la moindre égratignure. Alors se tournant vers les Zouaves, Allet dit en riant : “ Oh, qu'il est bête ! il me vise, il tire et il ne me tue pas.”

“ Donne-moi ta carabine,” ajoute-t-il, en s’'adressant à un zouave. Notre colonel épaule, vise le Garibaldien, fait feu, et le soldat à la chemise rouge tombe raide mort.” Tiens, dit-il en remettant l’arme qu'il avait empruntée, c'est comme ça qu'on vise dans l’armée pontificale.” Un tel sang-froid et un tel courage se passent de commentaires.

De ce célèbre champ de bataille, arrosé du sang de plusieurs martyrs de la foi catholique, dirigeons nos pas vers le nord. À deux milles au plus, nous apercevrons Monte-Rotondo, ville assez importante de la Sabine, ayant une population de 2,300 habitants. Cette ville occupe une belle position. Placée au milieu de la campagne romaine et entourée de vignobles et d’oliviers, elle est exempte de la wal'aria, qui exerce de si grands ravages au midi de Rome, surtout aux environs des Marais-

Pontins.

Monte-Rotondo a aussi ses jardins, ses villas et ses promenades. Dans la principale église, on remarque un excellent tableau de la patronne de la ville, sainte Madeleine, attribué à C. Maretta. J'ai si grande hâte de voir Pie IX, que j'abrège ma relation.

Pourtant encore une explication : Vous vous souvenez que j'ai donné plus haut le titre de Mowtre-ton-dos au général Garibaldi, Voici l’origine de

ce mirabolant surnom : Garibaldi se voyant battu à plate couture à la bataille de Mentana, sauta sur son cheval et prit le galop vers Monte-Rotondo, en disant à ses officiers qu'il les rejoindrait en cette dernière ville. Garibaldi fit tellement jouer les éperons que sa monture prit le mors aux dents, et ne s'arrêtât que lorsqu'elle eut franchi la frontière du Piémont. Les officiers garibaldiens retournèrent à Monte-Rotondo, suivant l’ordre de leur chef, mais le éros avait décampé, comme on vient de le voir. Les vainqueurs et les vaincus, en apprenant cette nouvelle, s’écrièrent : “ Le général #onére-ton-dos est parti.” C'est Monte-Rotondo changé en »#ontre-ton-dos.

Notre course à travers les États de l'Eglise a épuisé nos forces.

Allons nous reposer un peu sous les grands arbres qui bordent la voie romaine, près de Frascati. Une fois que nous aurons renouvelé l'air de nos poumons, entrons dans le Cacouna des Etats de l'Eglise, dans la belle ville de Frascati, où va se refugier l'aristocratie romaine pendant les grandes chaleurs de l’été. Le séjour de cette ville n’est pas à dédaigner.

Frascati, bâtie sur le versant d’une montagne, est à deux heures de marche de Rome. On y jouit, grâce à sa position, d'une température tou-

jours fraîche. A l’entour de la ville, sont disséminées, ça et là, les richés villas d’Aldobrandini, des Conti, des Borghese, des Taverna et de plusieurs autres, que le touriste peut visiter dans les heures de loisir. Sur le sommet de la montagne, on voit les ruines de Tusculum, la patrie de Caton ét la résidence favorite de Ciceron. Cette dernière ville a été détruite en 1191 par les Romains et les Tiburtins.

Frascati a eu l'honneur de posséder dans son enceinte l'illustre cardinal Micara, le grand redresseur des vices de la haute société. Un jour, c'était en l’année 1824, ce savant évêque—il n'était pas encore cardinal—-fut appelé à prêcher à Rome, devant un brillant auditoire, composé en grande partie de la noblesse romaine. Le pape Léon XII était présent. L'évêque Micara fit une sortie viru-

‘lente contre les maux de l’époque, et il flagella en

particulier les vices les plus connus de la noblesse. Plusieurs assistants furent offensés et portèrent plainte au Pape, en lui demandant de punir le coupable. Le Pape se rendit aux vœux des indignés et promit d'infliger au prédicateur un châti-

ment exemplaire. Quelques jours s’écoulèrent, et personne n’entendit parler de la punition. Après un certain laps de temps, la noblesse outragée obtint une audience du Pape et lui demanda s’il

avait châtié l'évêque Micara. ‘“ Certainement, é répondit Léon XII, je l'ai fait cardinal, ” Les indi- " gnés restèrent la bouche béante et s'en retour- S nèrent tout penauds, comme un chien qui vient t 1 d'être battu. " Il me reste encore à vous dire un mot de la x petite ville d'Ostie, de cet ancien port de mer de ÿ ‘ Î l'Italie, tant vanté dans l’histoire romaine.

Ostie est située à quinze milles de Rome, près de l'embouchure du Tibre. Elle se divise en deux parties distinctes : l’ancienne ville et la moderne.

f Cette dernière, construite par le cardinal della

t . 2 D Rovere, ne renferme rien d’intéressant.

L'ancienne ville comptait, au temps de sa splendeur, 80,000 habitants. Elle a presque entièrement disparu pendant les invasions des barbares. Mais dans ces dernières années, le glorieux Pie IX a fait faire des fouilles qui ont amené des découvertes importantes. Une place publique, un forum, un temple, un théâtre, des statues, des rues entières ont surgi du milieu des décombres.

| Ostie a vu mourir une grande sainte, la mère s | de saint Augustin. J'extrais le passage suivant de

Rome chrétienne, par Mgr Gerbet.

‘“ C'était au printemps de l’an 387 que quelques voyageurs arrivèrent au port de mer d'Ostie, près de l'embouchure du Tibre, pour y attendre un vais-

seau qui pût les mener à la côte d'Afrique, d'où ils allaient à Tagaste. Ces voyageurs étaient Augustin, qui devint ensuite le saint évêque d'Hyppone, Monique, sa mère, son frère Alypius, son fils Adéodat et ses deux amis Evode et Philippe.

Pendant leur séjour à Ostie, Monique tomba malade. Une fièvre survint et le quinzième jour elle expira Peu d'instants avant sa mort, elle entendit de son lit Alypius exprimant à Augustin son affliction de ce que sa mère mourrait sur une terre étrangère et allait être ensevelie parmi les étrangers. Elle l’arrêta par un regard mécontent et leur dit : “Mettez ce corps en un lieu quelconque et ne vous en embarrassez pas. Mais il y a une chose que je vous demande c'est que partout où vous serez vous vous souveniez de moi à l'autel du Seigneur.”

Sainte Monique mourut à l’âge de 56 ans ; c’est saint Augustin lui-même qui lui ferma les yeux. Son corps fut d’abord déposé dans l’église d'Ostie, et puis transporté dans l’église de Saint-Augustin, à Rome, où il repose encore aujourd’hui.

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