ROME ANCIENNE
Nous voilà enfin dans Rome, dans cette Ville sainte que j'ai parcourue et fouillée en tous sens. J'avais d’abord conçu le dessein de donner des détails très minutieux sur toutes les églises, tous les monuments religieux et profanes que l’on voit dans cette grande ville, mais, après avoir refléchi qu'une foule d'auteurs ont parlé de Rome bien mieux que je ne pourrais le faire, j'ai adopté une autre méthode. J'ai divisé mon étude en trois parties, savoir : Rome ancienne, Rome pendant les persécutions et Rome actuelle. Cette étude aura l'avantage de nous faire rappeler notre histoire, si toutefois nous l'avons oubliée. Je commence par Rome ancienne, qui nécessairement se confond avec l'empire romain lui-même.
Rome fut fondée par Romulus 430 ans après la prise de Troie, et 755 ans avant Jésus-Christ. Après avoir construit une forteresse, le premier roi des Romains s’assura l'alliance des Sabins et créa une milice qui devint très puissante plus tard.
Numa, dont le caractère n'était pas aussi féroce
que son prédécesseur, adoucit les mœurs du peuple romain et institua la religion des dieux païens.
Tullus Hostilius assiste au combat de Horaces et des Curiaces, et fait la conquête d’Albe.
Ancus Martius étend les limites de son petit empire jusqu’à Ostie.
Tarquin l'Ancien s'empare de la Toscane et embellit Rome d'ouvrages considérables.
Servius Tullius agrandit Rome et nourrit l'espoir d'établir une république, mais il ne peut réaliser ses projets ; il meurt par le conseil de sa fille Tullia et par le commandement de son gendre Lucius Tarquin.
Tarquin monte sur le trône. Son despotisme et sa tyrannie lui mérite le titre de swperbe. Son troisième fils, Sextus, s'empare de Gabbies, ville voisine de Rome. C'est sous son règne que le grand cirque, commencé par Tarquin l'Ancien fut terminé. Ce roi éleva une citadelle et lui donna le nom de Capitole, parce au’en creusant les fondations on trouva une tèt: sur laquelle se lisait l'inscription Zolus, et comme les augures prétendaient que Rome serait un jour la capitale du monde, on ajouta le mot caput—qui signifie fée
ou capitale—à Tolus, et on appela la montagne en latin capitolium. . Tarquin soumet les peuples du Latium à sa domination, mais ayant attenté à
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l'honneur de Lucrèce, il s’attire la colère du peuple romain qui, excité par Brutus, dont le père et le frère avait été assassinés par Tarquin, chasse le tyran de Rome et proclame la république.
Le pouvoir passe ensuite aux mains des patriciens. On voit régner d’abord Brutus et Tarquin Callatin, époux de Lucrèce, qui prennent le nom de consuls. À ceux-ci succède le consul P. Valérius.
Les Tarquins chassés trouvent un défenseur dans la personne de Porsena, roi des Clusiens, peuple de l'Etrurie. Porsena s’avance avec une armée considérable sur Rome qui n’est sauvée que par la valeur d'Horatius Coclès. Le roi étrusque est obligé de se retirer devant la bravoure de Scévola.
La république est successivement gouvernée par les tribuns, les decemvirs et les tribuns militaires. Sous les tribuns, Cariolan ayant été chassé de Rome, soulève les Volsques qu'il dirige vers sa patrie. Rome tremble et ne doit son salut qu’à la mère de Cariolan, Veturie qui arrête l'inflexible guerrier par ces paroles : “ Arrête, en repoussant son fils qui veut l’embrasser, avant de recevoir tés embrassements, je veux savoir si je parle à l’ennemi de Rome ou au hls de Veturie ; si je suis la mère de Cariolan ou sa captive.” Cariolan cède au sentiment de la nature et se retire en disant :
O ma mère, vous sauvez Rome, mais vous perdez votre fils. ”
Pendant que les Romains combattent les peuples du centre de l'Italie, les Gaulois s'emparent du nord de la péninsule, traversent l’Apenain et poussent leurs conquêtes jusqu'à Clusium. Cette ville implore le secours des Romains. Les trois Fabius sont chargés de négocier cette affaire, mais par leur caractère violent et hautain ils irritent les Gaulois qui marchent sur Rome. La future capitale du monde catholique est prise et saccagée par les barbares, et tous les habitants sont passés au fil de l'épée. L'armée romaine s'était réfugiée auparavant dans la citadelle du capitole. Pendant une nuit, les Gaulois vont y entrer, lorsque Manlius, éveillé par le cri des oies, accourt sur les remparts et combat seul pendant queique temps contre les assaillants. Camille rappelé de son exil, se met à la tête de l’armée et chasse les Gaulois qui avaient été les maîtres de Rome pendant sept mois. L’illustre vainqueur des peuples de la Gaule fait reconstruire la ville de nouveau et le peuple lui décerne le titre de second fondateur de Rome.
Les Romains, débarrassés des Gaulois, soumettent les Samnites, après une guerre de douze ans. Les Tarentins, les Latins, les Etruriens et tous les
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anciens peuples suhissent le même sort. Les Romains sont maîtres de l'Italie après 84 ans de luttes.
Les Mamertins, en Sicile, se voyant menacés dans leur indépendance par les Carthaginois, implorent l'assistance des Romains, leurs alliés Ceux-ci forment une flotte ; le consul Duilius en prend le commandement et défait Annibal. Les Romains, enhardis par cette première victoire navale, se dirigent sur Carthage ; cette république de marchands se croit perdue. Le lacédomonien Xantippe vole au secours de Carthage et le consul romain Attilius Regulus est vaincu et fait prisonnier. Les Romains abandonnent alors la mer aux Carthaginois. Mais convaincus que commander sur mer était le seul moyen d’abattre la puissance des Carthaginois, les citoyens arment une seconde flotte. Le consul Lutatius Catulus marche contre la flotte Carthaginoise qu'il défait complétement près de Lylibbéz &: :net fin à la première guerre punique, qui av it duré vingt-trois ans (264-241). Les Carthagincis sont chassés de la Si-'le et de toute l'Italie. 1.3 Sardaigne tombe aussi au pouvoir des Romains.
Après avoir conclu un traité de paix avec les Curthaginois, les Romains attacuert ies Gaulois,
passent le P6ô et étendent leurs conquêtes jusqu’à Milan.
Les Carthaginois, de leur côté, s'emparent de Sagonte, l’alliée des Romains en Espagne ; ee qui était une violation du droit des gens. Les Romains demandent satisfaction et envoient en ambassade Fabius qui, voyant que la discussion se prolongeait sans succès, dit aux Carthaginois en relevant le pan de son manteau : “ Je vous apporte la paix ou la guerre, choisissez. ” Les Carthaginoïis répondent avec fierté : “ Choisisse vous-même.” Fabius reprend :“ Je vous donne la guerre. ” Alors commence la seconde guerre puni-
que.
Les Carthaginois sont d’abord victorieux et les Romains perdent presque toute l'Italie. La république semble périr en Espagne sous les deux Scipion. Mais trois hommes remarquables surgissent au moment où Rome est sur le point de périr : Fabius Maximus, Marcellus et le jeune Scipion, Les Carthaginois sont forcés de quitter l'Espagne, et Carthage tremble à son tour. Annibal, victcrieux pendant 16 ans, ne peut défendre sa patrie, qui tombe au pouvoir de Scipion, après la bataille de Zama. Le numide Massanissa est nommé gouverneunr de cette contrée.
La Macédoine et la Grèce subissent le joug des
Romains qui ne marchent alors que de victoire en victoire.
Les Carthaginois se plaignent des empiètements du roi Massanissa. Caton est chargé d'étudier les griefs de ce peuple, mais au lieu de s'occuper des démêlés du Numide avec Carthage, il admire la puissance et la richesse de cette fière rivale des Romains, et, à son retour, il ne cesse de répéter le célèbre “Delenda est Carthago, 1 faut détruire Carthage” Alors la troisième guerre punique est résolue. Scipion Emilien vole en Afrique; Carthage est prise et brûlée. Les habitants sont transportés en Italie et dispersés dans les différentes provinces de l'empire. Les Etats de Carthage forment la province d'Afrique.
La Gaule cisalpine est déclarée province romaine.
Le consul Marius défait les Teutons et les C\nbres,
Pompée chasse les pirates depuis la Phénicie issqu'aux colonnes d’Hercule et s'empare de l'Arménie. La Syrie, la Bythinie, la Paphlagonie et le Pont deviennent provinces romaines.
Les Belges sont mis en pièces à la bataille de Bibrax sur les bords de l'Aisne, et la Belgique tomb: sous la domination des Romains.
‘ules César, après avoir conquis les Gaules,
parcourt en vainqueur l'Asie, l’Afriqueet l'Espagne; il rêvait la conquête du monde, lorsqu'il expira sous le poignard de Brutus et de Cassius.
i A cette époque, l'empire romain était borné à l'est par le Rhin, le Danube, le Pont-Euxin et l'Euphrate ; au sud, par les déserts de l'Arabie, l'Ethiopie et les sables de la Lybie ; à l’ouest et au nord par l'Océan Atlantique.
Ce vitre einpire, dit un historien, était divisé en vingt-":.. nrovinces, dont Auguste se partagea
l'administration avec le Sénat. Il abandonna au Sénat celles qui étaient entièrement soumises. ‘4 Elles étaient au nombre de treize, dont sept en Europe : la Sicile, la Sardaigne et la Corse, la
Gaule narbonnaise, la Bétique en Espagne, la
| Macédoine, l’Achaïe en Grèce, et l’île de Crète ; fc trois en Asie; l'Asie proconsulaire ou l’ancien la royaume de Pergame, Bythunie avec la Paphla- a
1 gonie et le Pont, et l'île de Chypre; trois en | Afrique : la Nuriédie, l'Afrique propre ou l’ancien
si
à territoire de Carthage, et la Cyrénaïque. ét
- Auguste se réserva les provinces dont la sou- de
dd mission n'était pas complète, afin d’avoir sous sa à
| main les légions et d'en disposer à son gré. Ces et
| provinces étaient au nombre de quinze, dont dix at 4 en Europe: la Gaule celtique ou lyonnaise, la pi
Lusitanie, la Rhétie, la Belgique, la Tarraconaise,
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divisé agea na au nises.
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la Pannomie, la Mésie, la Dalmatie et l'Illyrie ; quatre en Asie : la Cilicie, la Galatie, la Syrie, la Phénicie, et une en Afrique : l'Egypte.
Rome passe aux mains de Marc-Antoine, de Lépide et du jeune César Octavien, petit-neveu de jules César, triumvirat qui s’est rendu si tristement célèbre dans l’histoire. Lépide est abandonné ; Antoine et César se tournent l’un contre l’autre. Antoine, abandonné à son tour par ses amis et Cléopâtre, la cause de sa mort, se perce de son épée.
Rome tend les bras à César, qui reste, sous le nom d’Auguste et sous le titre d’empereur, seul maître de tout l'empire.
Victorieux sur mer et sur terre, Auguste César ferme le temple de Janus. La paix règne sur toute la terre ; et la Vierge de Nazareth donne naissance au Sauveur des hommes.
Nous sommes donc rendus à l'époque de transition de l'ère païenne à l'ère chrétienne. Deux études s'offrent naturellement à notre esprit ; celle de Rome païenne et celle de Rome chrétienne:
Commençons d’abord par l'étude de Rome d’Auguste, et pour rebâtir cette brillante ville, nous aurons recours à Mgr Gaume, qui a lui-même puisé ses renseignements dans Senèque, Aristide
et autres historiens. Voici comment s'exprime le
regretté prélat français :
“ Resplendissante de marbre, de dorures et de tous les chefs-d'œuvres de la civilisation matérielle la plus avancée, la reine de la force était assise sur sept collines. Le Palatin, berceau de Romulus, et demeure des Césars ; le Capitole, où régnait Jupiter ; l’Aventin, couronné par son temple de Diane ; le Coelius, avec ses tours et son marché aux poissons, si .équenté par les Apicius ; l’Esquilin, au sommet multiple, et son camp prétorien ; le Quirinal, et sus tensples de Quirinus et du salut ; le Vrrinus, jadis couvert de buissons épais et plus tard de palais magnifiques. Rome, qui asait franchi le Tibre dont le lit profond l’enceint comme un fer à cheval, s'étendait encore sur le Vatican et le Janicule. Elle se divisait en quatorze régions ou quartiers, dont voici les noms célèbres dans l’histoire : Porta Capena ; Coelimontium ; Isis et Serapis ; Moneta ; Templum pacis ; Via lata ; Esquillina Cum turre et colle Veminali; Alta semita ; Forum Romanum ; Circus Flamintus ; Palatium ; Circus maximus ; Piscina publica ; Aventinus ; Trans Tiberim.
Dans sa vaste enceinte elle renfermait quarantesix mille six cent deux îles, ou groupes de maisons, séoarées par des rues ; deux mille cent dix-sept palais de la plus inconcevable magnificence ; quatre
le
de elle sur , Ct upine ; )OÏS - , au uiriainid de 'ibre eval, cule.
iers, orla ela ; re ct um ;
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cent: vingt-quatre places ou carrefours ; quatre cent soixante-dix temples d’idoles ; quarante-cinq palais consacrés à la débauche ; huit cent cinquante-six établissements de bains ; treize cent cinquante-deux lacs ou réservoirs d’eau ; trente-deux bo:s sacrés ; deux grands amphitéâtres, dont l’un contenait quatre-vingt-sept mille spectateurs assis, et vingt mille sur les terrasses ; deux grands cirques, le Flaminius et le Maximus ; ce dernier avait cent cinquante mille places au sentiment de ceux qui en mettent le moins, et quatre cent quatre-vingt trois mille selon ceux qui en mettent le plus ; cinq naumachies où l’on donnait des batailles navales ; vingt-trois chevaux gigantesques en marbre ; quatre-vingt en bronze doré ; quatre-vingt-quatre en ivoire ; trente-six arcs de triomphe en marbre ornés des sculptures les plus délicates ; dix-neuf bibliothèques ; quarante-huit vobélisques ; onze forum ; dix basiliques, et un peuple innombrable de statues en marbre, en bronze et même en or. Quatorze aqueducs amenaient à Rome les eaux ou pour mieux dire les rivières des montagnes voisines ; Vingt-quatre voies pavées de larges dalles ct bordées de mausolées superbes sortaient des vingt-quatre portes de la cité, et conduisaient de la capitale du monde dans les provinces.
Ainsi se présentait à nos yeux éblouis la ville
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des Césars. Toutefois, nous n'avions vu que la moitié du spectacle. Au-delà du Pomaæriun, ou boulevard circulaire, au-delà des remparts qui protégeaient la ville et dont la circonscription formait proprement la cité, wrbs, se déroulait une nouvelle ville, cévitas, prolongement immense de la première. Ce que sont de nos jours les faubourgs de Paris à la ville primitive, cette Rome extra muros l'était à la Rome entourée des ramparts et du Pomærium, Ses innombrables édifices couvraient la plaine circulaire, aujourd’hui déserte, qui, dans un diamètre de dix lieues, s'étend d'Otricoli à Ostie, d’Albano et de Tivoli vers Civita-Vecchia. Voilà ce qu'il faut savoir pour comprendre les auteurs contemporains qui nous ont parlé de l'étendue et de la population de l’ancienne métropole de l'univers.”
“Rome, dit Aristide de Smyrne, est la ville des villes, la ville du monde entier, Un jour ne suffirait pas, que dis-je? tous les jours d’une année seraient trop peu pour compter toutes les villes bâties dans cette ville divine.” ‘“ Au-delà des murailles de la ville tous les lieux sont habités, ajoute un autre historien ; en sorte que ke spectateur qui veut connaître l'étendue de Rome se trouve toujours induit en erreur ; car il manque de signe pour connaître où la ville commence et où elle
finit. Cela vient de ce que les faubourgs sont telle-
ment unis à la cité qu'ils présentent aux regards l’image d’une ville qui se prolonge à l'infini.”
“ La ville, continue Aristide, descend jusqu'à la mer où se trouve le marché universel et la distribution de toutes les productions du globe ; telle est la grandeur de Rome, et le spectateur, en quelque lieu qu'il se place, peut toujours se croire au centre.”
Telle était donc Rome païenne aux jours de sa splendeur. Par delà ses murs et ses collines elle projetait, comme autant de villes, ses immenses faubourgs jusqu'à Tibur, Otriculum, Aricia, et même plus loin. D’après ces témoignages, Rome et ses faubourgs auraient couvert une étendue de aix lieues de diamètre. Un fait rapporté dans la vie de Constantin établit, à sa manière, la réalité de ses effrayantes proportions. Ce prince, venant à Rome, était arrivé à Otricoli. Déjà il avait parcouru une partie de ce faubourg, lorsque, se tournant vers le Perse Hormisdas, architecte célèbre, qui n'avait jamais vu l'Italie, il lui demanda ce qu’il pensait de Rome. Frappé de la magnificence et de la continuité des édifices : “ Je crois, répondit l'étranger, que nous en avons déjà parcouru la moitié. ” Or, il était encore à plus de quatre lieues de la cité proprement dite.
A défaut de toutes ces preuves, le seul aspect
de la campagne romaine démontrerait là prodigieuse étendue de l’ancienne ville impériale. Le sol excavé, tourmenté, accidenté de milles manières, les innombrables débris de monuments répandus à la surface sont comme autant de voix qui s’élèvent de tous les points de la plaine et qui disent : Rome fut ici.
Prolongeant nos regards avides sur cette fabuleuse cité, nous voyons briller au pied du Capitole, le fameux milliaire d’or. De là partaient les voies nombreuses qui servaient de communication incessante entre la Reine du monde, et tous les peuples devenus ses vassaux.
Sur ses larges dalles, il nous semblait voir galoper les fabellaires portant les volontés de César en Orient, en Occident, dans les Gaules, dans la Germanie et jusqu’au fond des Espagnes, avec ordre aux nations tremblantes de se prosterner devant les caprices souverains d'un Néron ou d’un Caligula. Se présentaient ensuite, couvrant toutes les avenues, les innombrables étrangers, au langage, aux mœurs, aux costumes si différents que la
curiosité, le plaisir, l'ambition, les affaires amenaient chaque jour, par milliers, dans une ville qui était moins la ville des Romains que la ville de l’univers. Parmi ces voies romaines, chefs-d'œuvres de
construction et de solidité, nous apparaissait, en
d “Œi Le ddl
di- Le res, dus è-
nt :
buole, oies ces-
première ligne, la voie Appienne, à qui sa magnificence avait valu le titre de reine des voies, regina viarum. Passant à Albano, Aricia, les Trois-Loges, le forum d’Appius, Sinuesse, Terracine, Fond Formium, Minturne, Capoue, Nole, Naples, Nocera, Salerne, elle conduisait jusqu’à Brindes et aux frontières orientales de l'Italie.
La voie Latine se dirigeait vers les Abruzzes, Agnani, Ferentino, Frosinone, Aquin, Arpinum, situées au pied du mont Cassin, et arrivait jusqu’à Bénévent.
La voie Salaria allait au pays des Sabins.
La voie Æmailienne rattachait à Rome toute l'Italie septentrionale, en passant par Césène, Bologne, Modène, Reggio, Parme, Plaisance, Milan, Bergame, Brescia, Vérone, Vicence, Padoue et Aquilée.
La voie Ælaminienne prenait sa direction par Octricoli, Narni, Spolette, Pesaro, et finissait à Rimini, station de la flotte romaine.
La voie Aurélienne sortait par l'Occident traversait la Ligurie et arrivait jusqu'à Arlc:, d’où ses embranchements rayonnaient dans toutes les Gaules.
Au midi, la voie d'Ostie conduisait à la ville de ce nom, port de Rome et entrepôt de l'univers.
À ces voies de premier ordre, qui étaient comme
les grands artères de la Reine du monde, s'en rattachaient beaucoup d’autres dont les longues sinuosités allaient chercher tous les lieux d'une moindre importance pour y porter le mouvement qui partait du cœur. Presque aussi connues que les premières dans l'histoire profane, la plupe
sont glorieusement célèbres dans les fastes de nos martyrs. Il suffit de nommer la voie Cassienne, la voie Vomantane, la voie Tiburtine, la voie Prenesline, la voie Lavinienne, la voie Ardeatine, la voie Valérienne, et enfin la fameuse voie 7riomphale.
Sur ces chemins magnifiques, dans ces palais somptueux, sous ces portiques innombrables, sur ces forums immenses, au milieu de tous ces monr ments du luxe, de la puissance, de la richesse, .. un mot de la civilisation matérielle la plus prodigieuse qui fût jamais, se remuaient cinq millions d'habitants. |
Si l’on réfléchit, 1° au nombre de groupes de maisons, 21sulae, et des palais renfermés dans l’enceinte des murailles ; 2° à l'immense étendue des faubourgs ; 3° à ces multitudes d'étrangers, ou plutôt de nations, comme dit Aristide, qui affluaient à Rome ; 4° au nombre prodigieux d'esclaves qui surpassait de beaucoup celui des maîtres ; 5° à ce
petit peuple de Rome, dont une partie seulement (trois cent mille) vivait du trésor ; 6° aux cohor-
PNR
tes prétoriennes, à la garnison, à ce nombre effrayant de gladiateurs, etc., qui chaque jour combattaient aux cirques ou dans les amphithéâtres,
on ne trouvera rien d'exagéré dans le chiffre indiqué plus haut, ”
Voilà Rome ancienne ou Rome païenne sous les Césars. Rome était alors réellement la reine de la force et régnait sur les Corps, comme Rome d'aujourd'hui est la reine de l'amour et de la vérité et règne sur les âmes.