ROME ACTUELLE
Nous avons étudié Rome pendant les persécutions. Nous avons vogué sur la mer orageuse dont les flots ont menacé la barque de Pierre pendant plus de trois cents ans. Que de combats, que de luttes, ont été alors livrés, et que de piéges ont été tendus à la Rome des Pontifes! Mais laissons là ces souvenirs si déchirants pour le cœur d’un vrai catholique, et franchissons d’un seul bond l’espace qui s'étend de cette époque à nos jours.
Nous allons donc nous occuper de Rome actuelle, de la Ville sainte, de la Ville des Papes. Je ne vous parlerai pas, par conséquent, des nouvelles souffrances qu’elle a eu à endurer de la part des impies, des héritiques et de ses propres enfants pendant les quinze derniers siècles. Je ne vous parlerai pas non plus des triomphes éclatants qu'elle a toujours remportés sur ses ennemis; ni des nombreux pontifes qui ont illustré, de leurs vertus et de leur science, la chaire du prince des apôtres, de celui dont les abondantes larmes de
repentir avaient creusé de profonds sillons sur
| | les joues ; ni des martyrs qui ont arrosé la terre de !L leur sang pour la défense de la foi ; ni des milliers il de saints et d’anachorètes qui ont étonné le monde entier par leur vie de mortification continuelle. Des historiens éclairés et véridiques vous ont
appris tous ces faits merveilleux bien longtemps
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avant moi.
Aujourd’hui, je veux tout simplement vous présenter Rome telle qu'elle était en 1870, avant la spoliation du royaume temporel des Papes par le : roi galant-homme, Victor Emmanuel. Ce nom
: signifie, si je ne me trompe pas, vatqueur-sauveur.
Je le traduirai par les mots vairqueur-voleur. Pour ù
4 avoir une juste idée de Rome actuelle, il faut cher- ,
__# cher la différence ou bien établir un parallèle $
entre celle-ci et Rome ancienne. La tâche est k
difficile ; maïs avec de la persévérance, nous y ;
parviendrons, car ommia vincit labor improbus. * Essayons donc, et voyons quelle différence existe
entre ces deux cités, la cité du bien et la cité du |
mal, sous le rapport matériel et sous le rapport l'
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Commençons par le côté matériel. L
À Du temps des Césars, Rome comptait quatorze rl
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Rome actuelle est divisée de la même manière, Rd
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Rome ancienne était entourée de murailles élevées par l'empereur Aurélien.
Ces mêmes murailles existent encore aujourd'hui.
Sous la dynastie des Césars, un grand nombre de faubourgs s’élevaient en dehors des murs et s'étendaient à une distance considérable. Dans l’intérieur de la ville, les habitations touchaient aux murs.
Sous la glorieuse domination des Papes, ces immenses faubourgs ont disparu et ont été remplacés par une riche campagne, au milieu de laquelle le regard ne rencontre plus que quelques ruines disséminées çà et là. En dedans de l’antique muraille, un espace considérable reste vacant ou plutôt est occupé par des vignobles, des jardins, des ruines gigantesques, des terrains sans culture sur lesquels on voit paître des troupeaux de chèvres, de brebis et de bœufs.
Nous venons de constater une différence à l'avantage de Rome ancienne. A quelle raison devons-nous attribuer cette différence ? Quelle est la cause de la disparition d’un si grand nombre d'édifices ? Le problème n'est pas difficile à résoudre. Cette décadence est due aux nombreuses invasions des barbares. Il ne faut pas l'oublier, Rome a été saccagée et pillée quatre fois par ces
cruels ennemis de la civilisation qui mettaient tout à feu et à sang, et qui détruisaient tout ce qu'ils rencontraient sur leur passage. Par conséquent, des milliers d'habitations ont été démolies et enfouies sous les vastes décombres qui recouvraient partout le sol dans ces jours de détresse. Pie IX a fait faire des fouilles dans plusieurs endroits, et l'on a découvert de somptueux palais presque intacts, et qui étaient disparus depuis plusieurs siècles.
Les Romains, effrayés des ravages que commet-
taient les Goths, les Visigoths et les Vendales, se sont éloignés de Rome et sont allés se réfugier sur de hautes montagnes, où ils ont construit des forteresses pour se protéger contre les coups des barbares. Si jamais, vous visitez les Etats de l'Eglise, vous remarquerez que presque toutes les villes dominent le sommet des montagnes. Vous vous direz alors : “ Les Souvenirs de voyage d’un soldat de Pie IX” nous ont expliqué la cause d'un tel fait.
Les Césars avaient éievé une foule de monuments religieux et profanes.
Les Papes ont conservé avec un grand soin ces reliques profanes. Quant aux monuments construits en l'honneur des dieux, Rome chrétienne les a convertis en temples dédiés au vrai Dieu, comme
nous le verrons bientôt.
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Envisageons maintenant les deux Rome sous le rapport de la religion.
Rome ancienne avait couvert les sept collines de temples païens.
Sous le règne des Papes, ces temples ont été remplacés par des églises consacrées au Très-Haut. Parcourez avec moi les rues de Rome et vous verrez quels merveilleux changements ont été
opérés.
Sur le Capitole, le temple de Jupiter a fait place à l’église de l'Ara-Cœli.
Au milieu des ruines du palais des Césars qui s'élevait majestueusement sur le Palatin, nous apercevons les églises de Sainte-Marie Libératrice, de Saint-Théodore et de Saint-Bonaventure.
Le Cœælius offre à nos regards la splendide basilique de Saint-Jean de Latran, les églises des Quatre-Couronnés et des Saints Jean et Paul.
Le temple de Diane, élevé sur l'Aventin, est remplacé par les églises de Sainte-Sabine, de Saint- Alexis et de Sainte-Prisque.
Le Quirinal nous présente les églises des Saints Dominique et Sixte, de Saint-Sylvestre et de Sainte-Marie de la Victoire.
Le Viminal est dominé par la riche église de Sainte-Marie des Anges, construite au milieu même
des thermes de Dioclétien, ce célèbre persécuteur des chrétiens.
Sur l'Esquilin, on voit briller les églises de Sainte-Marie Majeure, de Saint-Pierre ès Liens et de Saint-Martin des Monts.
Nous comptons dans Rome actuelle huit basiliques constantiniennes : Saint-Jean de Latran ; Sainte-Croix en Jérusalem ; Saint-Pierre au Vatican ; Saint-Paul Lors des murs ; Saint-Laurent hors des murs ; Saints Marcellin et Pierre sur la voie Lavicane ; les Saints-Apôtres au centre de Rome, et Sainte-Agnès hors des murs.
Le norabre des églises ordinaires dépasse trois cent cinquante. J'omets les chapelles,
Et que dire des institutions de charité, des séminaires, des collèges, et des écoles primaires |! Rome possède cent quarante-deux institutions de charité et trois cent soixante-quatorze écoles primaires. Quant aux séminaires et aux colléges, ils sont très nombreux ; je me contenterai de nommer les magnifiques établissements de la Propagande, du collége Romain, du collége Anglais, du collége Germanique, et du séminaire Français.
En présence de tant de merveilles, que le catholicisme peut seul créer, l’homme doit nécessairement s'écrier : “ O Religion du divin Crucifié,
que tu es puissante ! Tu as foulé au pied Rome
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é, des aires | ons de es priges, ils nom- Propaais, du çais.
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païenne, et tu as élevé Rome chrétienne sur les ruines de l’orgueilleuse Babylone ; tu as mis à sa place la Rome des Papes, la Rome des martyrs, la Rome des saints,
Rome ancienne régnait sur les corps et faisait la guerre aux barbares.
Rome actuelle s'empare de l'âme et combat le vice et l'erreur partout où elle les découvre. Rome païenne dominait par les armes. La Rome des Papes fait la guerre par le glaive de la parole de vérité, et quand elle parle, des millions de sujets obéissent à ses décrets.
L'armée des Césars était innombrable et aguerrie.
Celle des Pontifes remplit la terre, et personne ne peut résister aux doux liens qu’elle impose, à l’aide de l'exemple et de la prédication. Dans, tous les siècles, Rome actuelle a eu des prélats et des prêtres éminents qui ont pénétré jusque dans les contrées les plus lointaines et les plus barbares pour enseigner les nations et les faire entrer dans le giron de l'Eglise catholique.
César était le seul chef dans Rome ancienne.
Pie IX est le seul roi dans Rome actuelle.
César commandait au seul empire romain.
Pie IX, comme vicaire de Jésus-Christ, commande à l'univers entier.
Les Césars sont passés.
Les Papes existeront jusqu'à la consommation des siècles.
“ Telle apparaît Rome, a dit un savant, lorsqu'on la regarde avec un œil simple et droit, sans haîne et sans rancune. Elle est ce qu'elle a toujours été, source de vie surnaturelle, de vie poiitique et sociale, foyer d’où s’échappent, sans discontinuer, la lumière des intelligences et l'énergie des cœurs.
En la répudiant, ou en voulant changer ses destinées, les dynasties, comme les peuples, se condamneraient à la décadence, au dépérissement. En se rattachant à elle, “ leur jeunesse sera renouvelée comme celle de l'aigle,” et ils peuvent sans crainte attendre l'avenir.”