PASSAGE EN ANGLETERRE ET EN FRANCE
Liverpool est un des plus beaux ports de l'Europe. Quand on contemple cette forêt de mâts sur la riv 1e Mersey, on se convainc aisément que cette ville fait un commerce très étendu. On y voit des navires de toutes les nations du monde. Dans les rues, vous ne coudoyez que des gens d’affaires qui vont et viennent. C'est un transbordement continuel de marchandises.
Le lendemain matin, c'est-à-dire le 8 de mai, je descends dans l'immense capitale d’Albion.
Je ne fais que traverser Londres et jeter un coup d'œil rapide sur le dôme de Saint-Paul, que les Anglais comparent, dans leur orgueil, à celui ce la splendide basilique de Saint-Pierre de Rome. Je pars immédiatement pour New-Haven, petit port de mer qui se trouve sur le bord de la Manche,
Pendant le trajet de Liverpool à ce dernier port, j'ai admiré l’exquise politesse que les conducteurs des convois de chemins de fer montrent
En
di
à l'égard des passagers. Les champs, couverts d'une riche moisson, m'ont paru être cultivés avec un soin très intelligent. On voit que la science et l'ordre président aux travaux agricoles. Tout y est d’une beauté ravissante.
New-Haven est une ville peu considérable, et les édifices sont d’une apparence assez médiocre ; ce qui en fait l'importance, c'est son port. On y admire un grand nombre de bâtiments à vapeur et a voile qui trouvent un refuge très sûr dans ce havre. Mais en somme, résider en cette ville est on ne peut plus ennuyeux. On n'entend que le piétinement et le hennissement des chevaux qui traînent d'énormes wagons remplis de charbon de terre, que l’on expédie à des contrées éloignées, et le chant monotone ou les cris nasillards des nautonniers, qui s’empressent de terminer le chargement de leurs navires.
Malgré le peu d'agrément qu'offre ce port, je suis forcé de demeurer toute une journée dans le grand hôtel appelé Zondon and Paris ; aussi logsque le sifflet du steamer, qui doit m'emporter au delà de la Manche, annonce le départ, je ne me fais pas prier pour me rendre dans ma cabine. Il était alors onze heures du soir ; c'est, comme vous le voyez, l'heure où Morphée invite les heureux mortels à prendre un peu de repos. Je me
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+ battait avec violence en voyant pour la première
… fois le beau pays des Cartier, des Champlain, des
saint Louis.
ljetai donc dans ses bras avec joie.
… tour la barbarie et la civilisation ;
Lorsque je m'éveillai, le soleil inondaït déjà de sa lumière Ljaunâtre la surface de la plaine liquide, et les côtes de la France se montraient à l'horizon. La Manche était très calme et sillonnée en tous sens Mon cœur
Laval, des Montcalm, etc.
Et qui pourrait retracer toutes les émotions
| à que j'éprouvai en débarquant à Dieppe, en foulant - le sol de l’ancien continent, de cette France tant
vantée dans l’histoire ? J'y voyais passer tour à la barbarie avec ses Goths, ses Huns et ses Normands ; la civilisation avec ses Clovis, ses Charlemagne et ses Que de combats livrés sur la terre que j'ai le bonheur de contempler ! Que de sang versé pour satisfaire l'ambition d’un tyran ou d’un empereur aveuglé par ses nombreuses victoires et conduit sur le champ de
que l'orgueil seul
bataille !
À peine débarqué à Dieppe, je saute dans un train qui part pour Rouen, et je traverse, dans vallée de la Nor-
Quel est le peintre qui pourrait retracer
toute son étendue, la célèbre mandie.
toutes les beautés ct tous les charmes que renfer-
sé Éd
me cette vallée grandiose ? Ici, la Seine, bordée : d'arbres magnifiques, coule dans la campagne : 5 fleurie en faisant de gracieux détours ; là, un riant | bocage invite le voyageur fatigué à prendre un peu de repos. Plus loin, un château fortifié, dont les tours s'élèvent jusqu'aux nues, nous transporte à cette époque qu'on appelle le Moyen-Age.
Plus loin encore, de beaux villages aux toits de chaume, qui conservent la simplicité du bon vieux temps. “ O patrie de mes ancêtres, tu m'es chère à plusieurs titres. Tu me rappelles de bien doux souvenirs. C’est de ton sein que sont partis la plupart de ces vaillants guerriers qui se sont illustrés sur les bords de la rivière Monongahéla, à Carillon, et sur les plaines d'Abraham ; c'est d'ici que s’est envolé cet essaim de missionnaires qui n'ont pas hésité à s’enfoncer dans nos forêts pour
évangéliser les peuples, et à répandre leur sang pour le triomphe de la croix, déjà arrosée du sang me du Christ.” “car
Mais trève aux impressions et entrons dans Rouen, l'orgueil des Normands. Nous sommes reçus par M. l’abbé Boullard, aumônier de l’Hôtel- ja : Dieu. Une lettre de recommandation de Mgr l'ar. chevêque de Québec nous a valu cet honneur. Je
ne saurais exprimer ici toutes les bontés et les amabilités de notre respectable hôte, car il y a des
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Choses qu’on éprouve, mais qu'on ne peut redire.
es deux jours que nous avons passés sous le
toit de cet homme, éminent par la science et la de rtu, ont été de vrais jours de fête. Promenades, Visites et festins, tout a été employé par lui pour faire disparaitre les fatigues de notre long et péni-
ble voyage. Il a voulu lui-même nous servir de
| guide pour nous faire visiter la ville et ses nombreux
onuments, entre autres la cathédrale, l'église de St-Ouen, et la place où fut brulée Jeanne d'Arc. Tous les monuments anciens et nouveaux satisfont einement la curiosité des touristes. En un mot, Rouen m'a plu, Mais, ce que je regrette de dire à a honte de notre ancienne mère-patrie, c'est que a loi divine concernant les dimanches et les fêtes hy est pas observée par une certaine partie de la Population. Pendant que je me rendais de l'Hôtel- Dieu à la cathédrale, où je devais entendre. la
messe célébrée par le cardinal de Bonnechose—
car c'était grande fête ce jour-là—je rencontrai plusieurs centaines d'ouvriers qui se dirigeaient
vers le lieu de leur travail. J'en fis la remarque monsieur Boullard qui m'accompagnait, et il me
répondit en essuyant une larme :
“ C'est comme
ça tous les dimanches. On ne va pas à la messe.
Il y aura encore de grands malheurs en France.
il y a des
Je pris ces paroles comme une prophétie, et je
ee
vois qu’elle a commencé à s’accomplir et qu’elle finira bientôt par se réaliser complètement.
Je ne puis dire adieu à la quatrième ville de France, suivant la géographie, sans vous parler de la charmante petite église de Notre-Dame-de- Bonsecours. Cette église, bâtie récemment grâce à la générosité de quelques braves citoyens, se trouve à deux milles et à l’est de la ville, si je ne me trompe pas. C'est ua lieu de pélerinage très fréquent: N.-D.-de-Bonsecours est un véritable bijou. Tout, à l’intérieur, est d'or, d'argent et de pierres les plus précieuses. En entrant dans ce saint sanctuaire, la vue est pour ainsi dire éblouie par l'éclat qui y règne. On se croirait transporté au séjour de la divine Beauté ! ‘ Voyageur, qui que vous soyez, si vous avez le bonheur d'entrer à Rouen, n'oubliez pas d'aller faire une courte prière dans ce pieux asile du pécheur, et vous verrez que vous en reviendrez le cœur tout soulagé.”
Le 11 de mai, nous fûmes obligés de nous séparer de ce saint prêtre, de celui qui nous avait donné une si gracieuse hospitalité. Lorsque nous lui fimes nos adieux, de grosses larmes coulèrent de notre paupière. Pouvait-il en être autrement, nous qui, étant deux étrangers, deux inconnus, étions l’objet de tant de faveurs? “O aimable
Monsieur Boullard, vous n'êtes plus dans cette
et qu'elle lent.
1e ville de s parler de -Dame-denent grâce Itoyens, se le, si je ne inage très \ véritable gent et de it dans ce ire éblouie transporté Jageur, qui d'entrer à urte prière verrez que »
de nous nous avait sque nous coulèrent tutrement, inconnus, ) aimable ans cette