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fendre les ondes verdoyantes ; non, sa marche, toujours majestueuse, devient de plus en plus rapide, car le vent, d'est qu'il était, s'est porté à l'ouest et, tout en blanchissant la crête des vagues, frappe avec force les voiles du Belrian.
Malgré l'irritation des flots, je suis ferme et inébranlable contre le mal de mer, je crois faire le voyage sans payer le tribut exigé par les ministres de Neptune. Sur l'océan, on a beau crier : pas de taxe ; il faut délier très souvent les cordons de sa bourse et déposer son obole sans murmurer, heureux encore si l’on peut s'acquitter du cruel impôt, pendant une couple de jours.
Les quatre jours suivants, le temps se tient toujours clair et beau. Mais le vent souffle avec violence. La farouche aquilon a ébranlé l'océan jusque dans ses fondements, et lui a donné une teinte d'une blancheur éclatante. Les vagues augmentent en élévation ; ce ne sont plus de simples collines, mais bien d'énormes montagnes. Le vingt-neuf au soir, il tombe une pluie abondante accompagnée de grèle ; nous sommes sur les bancs de Terreneuve. Nous rencontrons une goëlette que je prends en pitié Nous la voyons descendre dans l'onde courroucée comme si elle ne devait plus reparaître, mais un instant après
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continue de s'avancer hardiment. Pendant ces derniers jours nous avons vu plusieurs navires en route pour Québec ct Montréal. Je crois que la politesse est mieux observée sur mer que sur terre, car tous les navires qui sont passés dans notre rayon visuel, nous ont salués avec une grande galanterie, tout en nous faisant connaître Îe lieu
: de leur départ et de leur destination.
J'ai maintenant une excellente idée de ce que
nous appelons océan. Le mugissement des vagues
qui moutonnent et le sifflement du vent dans les cordages me font penser à ces paroles de Château-
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briand : ‘“ J'ai l’immensité sur ma tête, j'ai l’im-
mensité sous mes pieds.
Le premier de mai, mon aimable compagnon et moi nous commençons le mois de Marie dans notre cabine. Que de pensées, que de souvenirs assiégent notre esprit ! Nous sommes sur l'océan, ballotés par les flots, et peut-être sur le bord de la tombe ! Chassons les sombres idées, et portons notre pensée sur nos parents et nos amis qui prient Marie, Séella Aaris, pour les deux voyageurs éloignés de plus de 1,500 milles de leur patrie.
À midi, j'ai entendu une conversation qui m'a profondément attristé. Un prédicateur allemand, qui revenait d’une mission dans l’Arkansas, discutait avec un Anglais, qui ne paraissait pas
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l'approuver en tous points. Après avoir traité différentes questions philosophiques, mes deux discoureurs en sont venus aux hommes mêmes, aux philosophes, et le sujet est tombé sur Voltaire. Je prètais une oreille très attentive. L’Allemand était un admirateur enthousiaste de Voltaire ; il ne tarissait pas en éloges. On l'entendait dire souvent : “ Voltaire is a very smart fellow.” “ Quel charmant prédicateur, dis-je, en me tournant vers mon ami Pâquet! Je suis sûr que s'il continue longtemps à parcourir le même sentier boueux, il finira ses jours comme le monstre qu'il adore ex mangeant le fruit de ses inventions.”
Rien d’intéressant à noter pour les 2, 3, 4 et 5; notre steamer'est continuellement ballotté par des vagues énormes ; nous pouvons à peine nous tenir sur le pont. Néanmoins, je ne puis m'empêcher de äire que l'océan est magnifique et qu’il proclame la toute-puissance du Créateur.
Le 6, le temps est nuageux, mais sans pluie.
Le vent, soufflant du sud, nous est assez favorable. Vers quatre heures P. M. le vent tombe complètement, et le ciel devient clair et serein. Tout à coup, à notre droite, nous apercevons la terre, “ l’Irlande ! ” nous sommes-nous écriés. Oui, c'est l'Irlande que nous avons près de nous ; elle mérite bien le nom de Verte-Erin, avec son
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riche manteau de verdure que le soleil darde de ses rayons ardents. Nous avons longé les côtes de l'Ile de saint Patrice pendant l'espace de 20 à 30 lieues, et, dans toute cette étendue, je n'ai eu qu'à admirer les plus riants aspects.
Les Anglais qui se trouvaient à bord semblaient différer de sentiments avec moi en portant leurs regards sur l'Irlande. Quelques-uns d'entre eux s'exclamaient : “ That's the land of the Fenians !” Et si vous aviez vu la moue qu'ils faisaient en prononçant ces paroles de mépris !
Après avoir fait escale pendant quelque temps à Moville, nous continuons notre course rapide. Le 7 au matin, je vois dans le lointain l’Ecosse que dore le soleil levant. Un grand nombre de navires sillonnent la mer d’Irlande.
Bientôt, l'ile of Man s'offre à nos regards. Ici je me crois au Canada. La première montagne, qui s'élève à l'ouest de cette île, ressemble beaucoup au cap sur lequel est bâtie la citadelle de Québec. Les autres chaînes présentent l'aspect des montagnes qui bordent la rive nord du St.-
Laurent en arrière de la baie St.-Paul.
À 7 heures P. M, l'Angleterre nous apparaît ; mais nous devons attendre deux heures avant d'entrer dans le port de Liverpool. Nous avons devant nous un banc de sable que nous ne pour-
rons franchir qu'avec la haute marée. Véritable supplice de Tantale! Etre si prés de la fière Albion et ne pas pouvoir y mettre le pied. Tout de même il faut bien se résigner à son sort.
Enfin, à 10 heures, nous entrons dans le port tant désiré. Bien que les ténèbres couvrent depuis longtemps la surface du globe, il nous est donné cependant de jouir d'un spectacle vraiment féérique. Nous sommes dans la rivière Mersey, et sur chaque rive s'étend une longue traînée lumineuse formée par des milliers de becs de gaz, et qui se perd dans le lointain. Figurez-vous être devant la citadelle de Québec, au milieu de notre beau St- Laurent, par une soirée d'été, et les yeux tournés vers l'île d'Orléans. À votre droite, vous avez la Pointe-Lévis, à votre gauche, Québec et la côte de Beaupré. Figurez-vous de plus une illumination générale des différents édifices qui parsèment cette immense étendue, et vous aurez une idée du panorama qui se déroule devant moi.
À 10 heures et quinze minutes, je foule du pied le sol du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande.
Comme vous avez pu le constater, la traversée qui s’est effectuée dans l’espace de douze jours et demi a été très heureuse. La distance qui nous sépare maintenant de Portland est de 2,892 milles.
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