PERSONNAGES
Pierrot MM. Paul.
Arlequin Cossard.
Polichinelle Vauthio".
Cassandrk Antoine.
T-E DOCTEUR LaOïitaine.
La Mort Frédéric.
La Fi^E Vitalis M">^'' Pauline.
CoLOMBlNE iJéaUix.
rmLosopiiiF, DE LA rANT(^>inii:
Je nio pronu-nais un malin sur h>s quais, i-èvant :i mon iihrotto d'Arlequin dévoré par les papillons, lorsqu'on bouciuinanl, je trouvai une brochure ainsi inlilulco : a /)t' la nature In/perpluj-
sique de l'homme^ par Wallon ; Paris, 18i6. » J'ouvris la brochure et je lus :
« La croyance de la société future doit être le développement du christianisme. Tous les peuples modernes cherchent instinctivement comme la France, ou scientifiquement comme l'Allemagne, l'explication rationnelle du dogme chrétien. — Le Verbe doit apparaître de nouveau, se manifester logiquement dans l'humanité, et changer la simple croyance, la foi, en une certitude absolue. La solution du problème du Verbe fait chair nous donnera l'immortalité consciente, seule digne de nous. L'homme spirituel se débarrassera définitivement de la mort, il tuera, écrasera la mort pour arriver à ses destinées supérieures ; alors il sera délivré des conditions matérielles et relatives qui arrêtent ses progrès. Les facultés psychologiques ou physiques seules connues et étudiées jusqu'ici se transformant en facultés hyperphysiques, l'esprit jouira de toute sa spontanéité créatrice. »
Ces quelques lignes, qui paraîtront peut-être d'un illuminisme digne de Swedenborg, furent pour moi un éclair. J'abandonnai à son malheureux sort Arlequin dévoré par les papillons, et, huit jours après, fécondé par le philosophe inconnu, j'avais terminé Pierrot, valet de la Mort.
Non pas que j'aie eu l'intention de faire une pantomime avec tirades philosophiques, chose du plus fâcheux effet et qui rentrerait dans l'école du peintre penseur et du romancier socialiste. Ce Pierrot, valet de la Mort, est une œuvre simple comme bonjour, qui a pour but d'amuser le spectateur et de le divertir par un nombre illimité de coups de pied au cul et de soufflets.
Mais, de même que la pensée jaillit d'un tableau sans que l'artiste s'en soit inquiété, de même que des idées socialistes naissent de la lecture d'un roman où l'auteur n'aura semé que des observations et des faits, de même une simple farce peut conduire à un monde d'idées. C'est ce qui fait la grandeur, la puissance, et ce qui explique la supériorité de la pantomime sur la tragédie.
J'en veux pour preuve que les esprits les plus distingués et les
plus fins de ce temps-ci ont aimé et ont chanté sur tous les tons la pantomime et Debureau.
Feu Charles Nodier fut un des premiers; mais ses amours les plus ardentes, il les réservait pour Polichinelle.
Il y a déjà quinze ans, M. Jules Janin écrivait deux in-12 k propos d'un théâtre inconnu du boulevard du Temple. Le livre fit fortune, et en même temps celle du bouge. Tout le grand monde de ce temps-lk courut voir Debureau. Le théâtre, grand comme la maison de Socrate, faisait des receltes de Cirque-Olympique.
Théophile Gautier est allé plus d'une fois aux Funambules en compagnie de Shakspeare et de Gérard de Nerval. Ces impressions laissèrent un germe qui se développa un jour, sous la forme d'une pantomime racontée dans la Revue de Paris. L'idée est d'une grande originalité. Pierrot tue un marchand d'habits pour jouir à moins de frais d'un vêtement convenable. Il l'enterre dans une cave sous des bûches. Pierrot est au comble de la joie : il va se marier; mais, dans l'église, une voix bien connue le fait tressaillir : Rrrrrchand d'habits 11 Cette voix, il l'entend partout; dans les grandes circonstances de sa vie, la voix mystique, — sa conscience — le poursuit du terrible cri : Rrrrrchand d'habits! !
Un jour Théophile Gautier se trouva auteur dos Funambules sans le savoir; le librettiste ordinaire de l'endroit avait trouvé le sujet bon, et il l'accommoda en pantomime, sous le titre du Marchand d'habits. La pièce eut un grand succès; les voyous du paradis, qui ont vu tant de chefs-d'œuvre se succéder, parlent encore avec enthousiasme, du Marchand d'habits, qui cependant n'a pas été repris depuis trois ans.
Gérard de Nerval est allé en Italie, en Angleterre, en Allemagne, uni(iuemcnt pour étudier la pantouiime de ces difi"éreuts pays.
Aussi, en présence de ces attestations, doit-on peu s'inquiéter des errements des feuilletonistes qui nient Debureau et qui traitent de paradoxe cette grande réputation. Je les renverrai à M, IloUand de Villarccaux : « On a dit (luebiuefois que la renommée de Debureau était une œuvre de caprice de quelques écrivaius ; mais ceux qui ont asancé cette opinion hérétique n'avaient pas un sentiment vrai des choses dramatiques. » (La Comédie italienne et Debureau, Uevue Nouvelle.)
STANCES SUR DEDUREAU.
I. — Ignorants ceux-là qui regrettent la mort de Debureau. Cette fin est un trait rie génie. 11 est mort comme Molière, — du théâtre.
II. — Rien ne pouvait ajouter à sa gloire, — quand bien même il eût été nommé membre de l'Institut.
III. — ' Plus adroit que M. Ponsard, Debureau n'a pas fait de tragédies.
IV. — La jeune génération qui l'a vu peut se consoler de n'avoir pas connu Talma.
V. — Les sculpteurs ont persuadé aux Français que leurs grands hommes n'étaient pas assez honorés. Les mêmes sculpteurs entendent par honneurs une statue ou une fontaine. On parle déjà d'élever un tombeau à Debureau.
YI. — Folle idée! Debureau a été peint et sculpté depuis longtemps par les Égyptiens; il est même très-répandii. On le retrouve, gestes, allures, masque, sur l'Obélisque, sur les boîtes de momies et sur le zodiaque du Denderah.
VII. — Debureau, ce mime d'un talent si comique, tua un jour un homme. Celui-là trouva son jeu brutal.
VIII. —• Gomme on portait à l'église le cadavre du paillasse défunt, pendant le Dies irœ, une foule joyeuse assistait à une noce dans une chapelle voisine.