MADAME LA SORCIERE
Pierrot avait connu dans son enfance une sorcière; mais, quoiqu'elle lui témoignât de rintcrct, il ne pouvait se résoudre à la fréquenter, à cause de son mobilier bizarre.
Cependant, se trouvant dans une suprême affliction, il alla au carrefour de la forêt, fit les conjurations connues et arriva dans le sombre cabinet de la sorcière.
A son entrée, les yeux des chats noirs lancèrent de rouges flammes; le serviteur fidèle descendit dans les entrailles de la terre où se trouve le grand livre sur lequel sont inscrites toutes les bonnes et mauvaises actions des mortels,
Le résultat de la cabale fut que Pierrot avait tout à craindre d 3 la reine des Carottes; cependant il se débarrasserait de ses sur*» tiléges en lui arrachant un cheveu.
Pierrot remonta fort triste sur son manche à balai, en pensant à la difficulté de Tentreprise.
SEPTIEME TABLEAU ou l'on tire beaucoup dk carottes
Les absents ont tort. Pendaiille voyage de Pierrot chez la sorcière, Polichinelle s'était insinué de nouveau dans les homios grâces de Gassandre. La noce était conclue; les cloches carillonnaient à toute volée lorsque IMerrot revint.
Jamais on ne vit homme mieux habille ((ue l'olichiiielU'. Il avait tiré une carotte au tailleur, une autre au chapelier, une au gileticr, une au chemisier.
20/i SOUVENIRS
Et tous ces braves fournisseurs s'étaient laissés prendre à ce vieux moyen.
Aussi Pierrot fut fort étonné de retrouver Polichinelle sous ce brillant costume ; et le soupçon entra dans son cœur.
— Pourquoi ce bouquet? se dit Pierrot. Pourquoi cette écharpe? Pourquoi cet énorme plumet? Jamais Polichinelle ne fut si coquet: il y a quelque chose de louche.
Polichinelle jura en tremblant à son rival que l'amour des beaux effets s'était tout à coup emparé de lui. Et il s'enfuit, ne désirant pas continuer plus longtemps la conversation.
La reine des Carottes ne jugea pas à propos de continuer les mensonges de son protégé; elle sortit d'un aibre et annonça crûment à Pierrot le mariage de Colombine et de Polichinelle.
Pierrot se mit sottement k pleurer. Ame faible !
Colombine n'acceptait pas avec plaisir l'union voulue par Cassandre; de loin elle reconnut Pierrot. Elle accourut. Quelle joie! Depuis longtemps les deux amants ne s'étaient rencontrée.
— Je veux tuer Polichinelle, dit Pierrot. Il faut qu'il se batte avec moi.
A peine avait-il prononcé ces mots, que le pauvre amoureux sent un changement dans sa personne, dans son costume. Polichinelle a cliangô sou rival en salsifis.