LUI
M. DB IIABC8IXUS A H. DE CBATEAinBUlIB.
Londres, 5 mare 1813.
Votre dernière dépêche officielle me donnait des explications rassurantes sur les troubles qui ont précédé et suivi Texclusion de M. Manuel; j'ai essayé de les faire comprendre à plusieurs ministres avec lesquels je dinais avant-hier chez lord Westmoreland. Ils blâment comme nous le langage de cet orateur; mais moins que nous ils s'en indignent : et si quelques-uns ont pensé qu'une pénalité devait s'appliquer à ces excès de la parole, tous ont jugé que Yexclusion était une peine trop sévère, et que le silence imposé suffisait. Ils ont unanimement condamné Tinterveotion définitive des gendarmes, et plus encore l'imprudence de la chambre des députés, qui expose, dans une première tentative de répression, aux harangues de M. de la Fayette une garde ^nationale douteuse. Tout ce que, pour vous obéir, j'ai pu faire insérer dans les journaux britanniques sur ce point sera inutile, et ne redressera pas l'opinion. Ceci touche à la représentation nationale, aux libertés parlementaires, et ces deux inté-
160 POLITIQUE 0£ LA RBSXAUUATION.
rets sont réglés et respectés ici depuis trop longtemps pour que je puisse réussir à rectifier méoie les préjugés qui s'y rattachent.
Vous ne sauriez croire combien hautement la con* duite de la chambre des députés dans cette circonstance a été désapprouvée par la société, par le peuple, et même dans le conseil des ministres, u Celte garde nationale, qui refuse d'obéir dans « l'enceinte parlementaire, m'a dit M. Canning, <K n'est-elle pas elle-même la force sur laquelle s'apa puie votre sécurité de tous les jours? Et cette' or majorité qui a créé le ministère actuel , en monce irant tant de violence, n'annonce- t-el le pas son « peu de durée? » J'ai fdit tout ce que j'ai pu pour détruire ces funestes pressentiments. Dans ce pays, plus exercé que le nôtre aux débats tumultueux, et mieux soumis aux formes parlementaires, je n'ai pas réussi à justifier la sévérité de la chambre des députés qui consacre un dangereux précédent. Je me suis attaché au moins à démontrer que le gouvernement s'était tenu à l'écart dans cette question de police intérieure ; mais, malgré ces trop longs détails, je ne reproduis ici qu'imparfaitement l'impression défavorable qu'a faite à Londres l'exclusion de M. Manuel. M.
C»RRESlK)nDANC£. 161
M. D£ GHATEAUBBIAKD A M. DE BIARCELLUS.
Paris, 10 mars 1823.
Je vous envoie copie delà lettre que j'écris directement à M. Ganning, afin que vous sachiez où j^en suis avec lui. Son humeur augmente à mesure que ses espérances de négociation , de médiation ou d'action diminuent ; c'est dans l'ordre. Nous avons les meilleures nouvelles de Russie. L'empereur m'a écrit une lettre pleine de bonté. Il nous soutiendra de tout son pouvoir, si l'Angleterre était assez aveugle pour nous attaquer; et vous pouvez être sûr que TÂutriche et la Prusse suivraient : mais, grâces à Dieu, nous n'en sommes pas là, et TÂngleterre restera neutre.
Vous aurez vu toute la farce de nos libéraux ! Ils en sont bien honteux ; ils n'ont pas pu, à propos de Manuel , ameuter quatre Savoyards. Ils boudeut encore, mais on croit qu'ils reviendront voler le budget. Nous sommes en plein succès. Je parlerai à la chambre des pairs sur la loi des cent millions ; et
j'y dirai ce que je n'ai pu dire en réplique, à la
chambre des députés , parce qu'il n'y avait plus d'opposants.
Rassurez le comte de Lieven. Je n'ai rien dit de l'empereur de Russie que par son ordre. C.
m IHC HAttClILLUft A M. m CllAT£AirBBlAMD.
L^ndreêy 7 mars 1^23.
« Quant au Portugal, » m'a dit M. Canning, « nos ce traités avec lui ne sont pas impératifs, mais disa crétionnaîres, heureusement. Nous ne sommes a engagés à le protéger que si on l'attaque, mais « non pas quand il provoque. Ce petit royaume « me fait Teffel d'un joli Kings^Charles, qui jappe « de toutes ses forces pendant la querelle de deux <x ou trois dogues, et qui leur dit, dans son langage : tt Mais regardez-moi donc. Moi aussi, j'aboie et je « fais mon bruit tout comme un autre. Remarquez* « moi au moins, et honorez-moi de votre colère, a Puis, quand on leur répond qu'on n'a rien à dé"* OC inôler avec eux, irrités d'être si petits, ils s'ef- (c forcent de vous prouver qu'ils ont mérité notre c< ressentiment et encouru notre disgrâce. » — En
gorrespoudahge. 163
sortant du ministère, j'ai rencontré lord Harrowby et lord Westmoreland , qui s'y rendaient pour le conseil. — « Vos troupes sont-elles déjà en Espace gne ? » m'a demandé ce dernier. — « Qui vous « arrête? » a ajouté lord Harrowby. — fai parlé des espérances qui nous restaient encore de la soumission du ministère espagnol. — « Bah ! » a repris lord Westmoreland, « allez toujours. En 1821, le ff jour où se préparait une motion violente dans le « parlement en faveur des Napolitains, la capitulaa tion de Naples arriva, et tout fut dit. »
Pai fondé à l'ambassade une série toute spéciale de dépêches parlementaires, où les transactions des deux chambres britanniques sont analysées, résumées et consignées sous leur date respective. Mes dépêches politiques en seront moins encombrées, et moins éparpillée l'attention de mes lecteurs.
C'est donc dans ma dépêche parlementaire u" 3 que vous verrez le fond et les chiffres du compte rendu de M. Robinson, sorte d'événement financier. Avant même que l'élégante et vive éloquence de M. Canning ne fasse oublier le lourd débit et les métaphores entortillées du marquis de Londonderry, le nouveau chancelier de l'Échiquier a voulu que sa parole claire et que son style lumineux vinssent jeter autant de jour sur les chiffres du budget
que la voix presque inintelligible et les comptes
embrouillés de son prédécessear, M. Vansiltart, y répaDdaient d'obscurité. L'excellent exposé de M. Robinson honore son début et consolide la position de cet élève, émule et ami de M. Ganning. M.
M. DE MARCELLUS A M. DE CHATEACfiaiAND.
Londres, 8 inars J823.
Pour faire trêve à nos soucis, j'ai imaginé de réunir chez moi l'aristocratie parlementaire, et de réveiller ainsi en notre faveur le zèle de la bonne compagnie. L'à-propos politique de cette diversion a été parfaitement senti par les ambassadeurs étrangers. Les excès de la populace à l'arrivée du duc de San-LorenzOy et mes explications avec M. Ganning, dont le secret n'a pas toujours été bien gardé, m'ont engagé à montrer que je n'avais ni peur ni rancune.
Vous l'avouerai -je? il m'a paru piquant de recevoir à l'ombre de ces mêmes murs encore tout tachés de la boue populaire, et comme en expiation, la visite de tous les hommes que TAnglelerre a places à sa tète, empresses de me témoigner leur
sympathie. L'aristocratie, gardienne des convenances f a bien vouin ^ en cette occasion , oublier ma jeunesse et l'embarras où j'étais de n'avoir, pour faire les honneurs de ma maison, que .moi-môme.
Tous les membres du cabinet ont mis à venir chez moi une intention toute particulière, malgré la longueur inusitée de leur séance au parlement. Le duc de Wellington, lord Harrowby, lord Bathurst, lord Liverpool, M. Peel, le chancelier de l'Échiquier, lord Palmerston, et les états^majors de leurs ministères, le lord-maire lui-même que j'avais appelé, puisque l'an passé vous m'en aviez donné l'exemple, ont honoré longtemps le bal de leur présence. Nos salons, que vous aviez em^ bellis pour les fêles de votre retour, resplendis" saient de toilettes empruntées pour la plupart à notre industrie. On se pressait jusque sur l'escalier, où débordait la foule. Vous savez que c'est de bon ton aujourd'hui, et que là est le signe distinctif du succès.
Les beautés à la mode, et ces nobles ladies qui, dès qu'un jour a brillé après leurs dix*sept ans, sont honorées à Carlton-House du baiser du roi et se mettent aussitôt en quête d'un mari, sont venues sans répugnance briller et danser chez un garçon; enfin, d'Orsay y traînait à sa suite le cercle ad miratenr des dandys qui lui font cortège.
166 HOMTIQUE DE LA RESTAURATIOIT.
M. Caniling était malade d'un accès de gonlte qui l'a retenu dans son lit tonte la journée; il avait député auprès de moi, avec une lettre d'excuses très-bienveillante, ses deux sous^secrétaires d'État, les sommités administratives de Downing^Street, puis madame Canning et sa fille, miss Henriette, qui, sans s'inquiéter du congrès de Vérone, dansait de tout son cœur, et avec sa grâce ordinaire, avec tout ce qui danse parmi les représentants des puissances continentales indistinctement.
Le roi m'a cédé pour quelques heures presque tous les gentilshommes de sa maison. Mon vieil ami, l'amiral Jabat, ministre d'Espagne, que j'avais compris dans mes invitations, tenant compte de l'humeur des Certes, s'était fait excuser la veille par un de ses secrétaires ; mais le chargé d'affaires de Portugal, sans égards pour les clameurs de Lisbonne, s'est rendu avec empressement à la réunion ; et le mob, cette fois silencieux et paisible, s'est promené autour de Thôtel de l'ambassade à la lueur des flambeaux qui en éclairaient le péristyle.
Les journaux donnent des détails fort exagérés sur la magnificence de cette soirée; mais je n'avais rien négligé pour la rendre digne du roi et du pays que je sers. M.
GORRBSPOKDAIVGB. 1 67
■• m CaiATMAVBRIillIll A H. HB BURCKLLCTS.
Paris, 11 man 1823.
Votre fête a fort divwti le roi, à qui j*ai lu votre lettre particulière du 8; il m'a chargé de vous fliire son compliment sur votre succès. Je vous félicite aussi de vous être vengé en habile homme, et j'ai bien ri pour ma part de ces insulaires que vous tàU tes sauter pour leur fermer la bouche. Voilà un pro* po8 bien peu grave^ n'est-ce pas, pour un ministre des affaires étrangères. Que voulez«vous? vous m'avez mis en train ; et je pleure si souvent que, quand le rire vient à me prendre, je le laisse aller. G.
M. DE MABGELLU8 A M. DE CHATEAUBRIAND
Londres, 13 man 182S.
J'ai eu ridée , après mon grand- bal où figurait la haute aristocratie, de donner un fijand concert
OÙ parattrait la société secondaire, qne je vois, en automne surtout, pendant l'absence de l'autre : les nababs revenus des Indes, les banquiers, les riches négociants et les industriels. Cette nouveauté, que n'eût pas osée un ambassadeur, de peur de déplaire au grand monde , très-exclusif en Angleterre, j'ai cru qu'un chargé d'affaires pouvait la risquer : elle a eu un plein succès. J'avais eu soin d'inviter aussi deux ou trois des plas fashionahUs dandys , entre autres, lord Alvanley, homme d'infiniment d'esprit et de fines saillies. Ils ont bien voulu ne pas se croire trop déplacés en dehors de leur compagnie habitoelle ; et ils ont redit, dans leurs cercles de High'Life, leur étonnement et leur satisfaction d'avoir assisté, à Londres, à une réunion distinguée par de si bonnes manières, de si brillantes toilettes et tant de beautés anglaises^ où , pour la première fois de leur vie, ils ne connaissaient que le Français, maître de la maison. M.
OORBESPOHDAHCX. 169
M. mi CHATBAVniAin» A H. M HAtOEIUra.
Parif , 13 mars 1813.
Canning ne se montre pas très-ami. C'est tout simple, il m'en veut de n'avoir pas cédé à ses menacesy et de n'avoir pas précipité la France aux genoux de l'Angleterre. Il ne peut pas guerroyer, il n'en a aucune demi-raison plausible. Il le sent, et il est piqué de s'être si fort avancé. Mais, guerre on non j la France fera ce qu'elle doit faire , ou je ne serai plus ministre.
Tout, au reste, va bien. Nous aurons la paix et une armée, et j'espère que la France me devra ce double bienfait. M. Brougham sera forcé de reconnaître que l'homme des rêveries est aussi un homme très-positif; que je suis bon à quelque chose, et que je sais faire Vhistoire comme le roman. Je parlerai des injures de ce radical à la chambre des pairs, mais avec ces convenances et ce ton de bonne
compagnie dont un Français ne s'écarte jamais
Donnez des fêles, et ripostez ferme à M. Canning. C.
170 POLITIQUE DS LA REffrAURATIOR.
Hl. DB HAftCBLUTS A Ml. DB CBATBAinDIUmk
Londres» 14 man lftl3.
Sir Ch. Stuart écrit aqssi, de son côté, de petites nouvelles tout auprès des grandes, -^ «( Est-il vrai « que M. Hyde de Neuville va être nommé ambas* u sadeur à Londres ? « m'a dit M, Canaiog. « Nous fc aimerious mieux le comte Just de Noailles ou le «( duc de Laval; on parle de M- Delalot» de M. de a la Bourdonnaie; on prétend aussi que M- de « Gazes a quelques chances de retour, et qu'il « tient encore au cœur de Louis XYIIL On nous ff consultera sur ce choix , sans doute. » — Je crois, ai-je répondu, que rien n'est encore fixé à cet égard.
Vous ne m'avez rien dit, depuis un mois, de vos affaires particulières ; j'ai pourtant besoin, pour las terminer ici, de vos réponses à mes questions réi»^ térées. M.
GOMtSPOllDATICB. 171
fli. HB OfATEAUBRIAlID A M. DE MABCEIXVS.
Paris, 17 man 1823.
Ce que vous a dit M. Canning sur notre ambassadeur à Londres est une fanfaronnade. Il aura qui lion me semblera, il n'y a pas un mot de vrai sur Cazes. Ce sont des fagots de sir Ch. Stuart, qui les multiplie en ce moment.
Je croyais voub avoir répondu pour mes affaires particulières.
Entendez-vous par là les comptes privés de mon ambassade ? Il me semble que vous les avez déjà arrêtés, soldés, et que je n'ai plus rien à y voir.
Entendez-vous ce qui vous reste à moi, comme meubles, dans Thôtel? alors je vous dirai qu'il faut attendre mon successeur, et rester comme nous sommes. C.
172 POLITIQDR DE LA RESTAU RATION.
m. DE MARGELUJS A B|. DE CBATBAUBUARD.
Londres, 21 mars 182S.
Vos comptes privés à Londres sont soldés sans doute; mais votre . situation financière n'est pas liquidée, et vous m'ez encore à jr voir.
Permettez que je vous rappelle ce que vous avez oublié, ou que je vous explique ce que vous n'avez jamais bien su peut-être.
Du produit des traites que vous avez tirées sur vos appointements d'ambassadeur, et qui m'ont été escomptées ici, à partir du 5 avril, jour de votre arrivée, jusqu'au 8 septembre, jour de votre départ, tout n'a pas été consommé. Ainsi votre fête à la princesse de Danemark, votre réception du duc d'York, vos bals et vos dîners d'apparat, le service courant de l'ambassade et de votre bourse privée n'ont pas épuisé votre crédit chez M. Coutts Trotter.
A ce premier excédant viennent se joindre les
petites sommes que j'ai exprimées de votre défroque
d'ambassadeur, comme vous disiez ici, et que j'ai
déposées au fur et à mesure chez le même banquier.
Ce sont : les malles arrivées si lentement de votre
CX)RRE$P01I0 AHCE . 173
légation de Berlin ; les services de table ordinaires en terre anglaise, que nous avons achetés ensemble ùwogniio chez Wedgwood, et dont il voulait refuser le prix quand il a su que vous étiez Tautcur ^Atala; les batteries de cuisine, d^office, lustres, candélabres, pendules, etc. » restés ici après le dé^ part des vingt caisses d'argenterie, linge, cristal et porcelaine, que je vous ai réexpédiées à Paris le 17 janvier.
Vous avez donc, en ce moment, chez notre banquier de Londres, à votre disposition, une somme de cinquante-quatre mille francs environ, ainsi que vous le verrez bien exactement dans Tétat de chiffres ci-annexé.
Je compte retirer encore cinq ou six mille francs de ce qui reste à vendre, et dont nous parierons pins tard. Basez donc sur une somme totale do soixante mille francs.
Votre successeur devra s'arranger du meuble des salons , puisqu'il gardera l'hôtel aux termes du bail de location que j'ai consenti pour sept ans, avec l'autorisation du ministère des affaires étrangères, le it mars 1822.
Vous avez encore ici la voilure de gala que Bushneil, forgeron, orfèvre, peintre, artiste universel, a confectionnée tout entière en treize jours pour voire audience solennelle; c'est un modèle
d'élégance et de rapidité d'exécutioDi que iee forgée antiques de Lemnos eussent envié à ce Yulcain moderne.
Voilà ce que j'entends par ces affaires particulières pour lesquelles je sollicite vainement votre réponse* M.
M. Mfi CHATBAUMUAHD A M. SE HAftCBLLUB.
Ptris» 14 mare 1823.
Vous êtes un merveilleux surintendant, ou plutôt un vrai magicien en finances. Quoi ! il va me revenir de mon ambassade soixante mille francs ? plus d'argent que je n'en ai retiré de ma chère Valite^ iiuX'LoupSy quand elle fut forcée de venir se mettre à l'enchère sur la place du Châtelet, parmi les meubles des pauvres! Et la somme qui était alors le strict nécessaire d'un ministre d'État châtié, sera aujourd'hui /;rrj/?^ (F ambassadeur l II fortune! ma tente de pèlerin ne sera jamais ton temple ! Vous pouvez être sûr que dans peu de mois il ne me res* tera plus un patard.
Quant à la voiture, je la garde. Je vois encore
CORIUS8PONDANCE* 175
d'ici ce brave Bushnell nous accompagnant à Car/* ton-House à cheval, couvant des yeux cette fille de 60n cœur, veillant sur son trésor dans les cours royales, et le ramenant en triomphe dans Pordand* Place, J'ai quelque fantaisie d'envoyer ce chefd'œuvre, dont je suis peu digne, à Méhémet-Ali, afin que, après avoir porté l'ambassadeur de France sur les pavés de Londres, il roule le pacha d'Egypte sur les sables du Nil. Les voitures ont aussi leurs destinées! Hahentsuafata... G*
M. DE MAEGELLUS A H. DE CHATEAVBRIANB.
Londres, 23 mars 1833.
On prétend ici , je ne sais sur quelles données, que nos préparatifs de guerre sont exigus et embarrassés. Le duc de Wellington a pris soin de nous justifier sur ce point. Il déclare que presque jamais accumulation de troupes nombreuses sur une môme ligne ne s'est opérée sans embarras, et que cette manœuvre militaire est toute nouvelle pour la France, Napoléon ayant toujours poussé en avant ses bataillons sans les entasser sur une frontière. C'est ainsi
176 POUTIQUE D£ LA RBSTAVBATION.
qa^il a expliqué cet arrêt passager à ses collègues comme à moi. Je n'ai rien nié, ni affirmé non plus, si ce n'est que notre entrée en Espagne n'en serait pas retardée d'un jour.
Lord Grey » que je vois fréquemment , et avec le*quel je m'entretiens des affaires publiques comme s'il n'était pas un des chefs de l'Opposition, me disait hier : ce Je blâme votre action et votre langage, (c mais j'entrevois votre but. Vous voulez affermir a des trônes chancelants. Ne le pouviez-vous donc « sans blesser le principe de non4nter\fention j le « palladium des peuples ?» — Ah ! ce principe , ai-je répondu, toujours invoqué par les révolutions à leur début, elles le méconnaissent en grandissant ; et si les Congrès, à leur exemple^ sont conduits à le violer, l'Angleterre doit avouer qu'elle ne vit et s'accroît elle-même que du principe contraire, l'/zzten^ention^ toujours nié dans ses théories, constamment appliqué dans ses pratiques. Convenez-en aussi : quand notre Opposition, s^appuyant sur la vôtre, demande à grands cris le droit de fwn-in" ten^enUon pour TEspagne, ne réclame «t-elle pas plus haut encore Y intervention en faveur de la Grèce? Comment ce qui lui parait équitable à TEst, le trouve-t^lle inique au Midi? —
Lord Grey s'est mis à rire, et nous en sommes restés là. M.
CORRESPONOAI«G£. 177