M. DE CHATEAUBRIAND A H. DE HARCELUJS
Ptris, 6 avril 1823.
J'ai VU la pièce qae M. Canniog doit déposer sur le bureau. Il y a des erreurs dans le récit des transactions de Vérone ; mais la fin est bien^ et conclut à la stricte neutralité. C'est tout ce qu'il nous faut. J^ai les meilleures nouvelles de Vienne et de Berlin ; l'empereur Alexandre m'écrit une lettre très-bienveillante. Tout va bien ici| et bien en Espagne. Il est probable que le succès rendra , en Angleterre, nos amis plus chauds. — On prétend que Mina veut nous faire une visite ; c'est ce que nous désirons : il y restera lui et toute sa bande. — J'ai vu Crocker (1); il est excellent. C.
(t) M. Crocker, te splritael critique du Quaterly-Review^ Thabile secrétaire de ranirauté.
192 POUXIQUE DE LA RESTAI} KATIOS.
M. DE HAECEIXU8 A V. DE GHATBAVBUAlfD.
LODdraiy • tTril ISU.
Antre détail, et trait d'agiotage. Voas n'avez pas oublié cette prétendue et fausse copie du discours
d'ouverture de la session anglaise, qui vous fut présentée à Paris douze heures avant ma dépêche télégraphique. Des gazettes allemandes, répétées par les journaux de Londres, m'ont fait honneur de cette supercherie. M. Rothschild, dont le nom a passé des coulisses de la bourse dans les plus secrètes transactions de la diplomatie, désavoua hautement ce jeu criminel, dont la rumeur publique l'accusait aussi; mais ce même Rothschild, ou un de ses frères, ou bien quelquun des siens ^ renouvela à Vienne la scène de Paris, et reçut, à cette occasion, de M. de M etternich une verte réprimande. En outre, pendant qu'un banquier annonçait mal à propos, à Vienne, la neutralité de l'Angleterre, un journal annonçait, tout aussi de travers, à Londres, la 9ieulralité de l'Autriche; et un article de \ Observateur autrichien fit croire ici qu'on pourrait détacher l'Autriche de l'alliance continentale. Aussitôt M. Cau-
COKUESPOÎNDANCE. ' 193
niDg fit partir en hâte un courrier pour Vienne ; et, comme les représentants à Londres des quatre puissances s'étaient constamment montrés unis, et de front sur la même ligne, il ne leur donna une connaissance vague de cette démarche que deux jours après Texpédition du courrier.
Dans ses dépêches , le ministre britannique demandait quelques lumières sur la neutralité proclamée par TAutriche , et faisait remarquer minutieusement les nuances des motifs assignés, à diverses époques, par le cabinet des Tuileries à son intervention armée dans les affaires de TEspagne.
J'ai lu la réponse de la cour de Vienne : elle est calme, raisonnée, et elle exprime une adhésion invariable à Talliance continentale. Elle rejette les bruits de la prétendue neutralité de l'Autriche sur des articles de journaux, nés de divers embarras financiers. Elle déclare que, depuis trente ans, l'Autriche a toujours combattu les révolutions ; que , contrainte par des circonstances plus fortes que sa volonté d'interrompre ce système, elle l'avait constamment repris dès qu'elle l'avait pu ; qu'aujourd^hui son appui moral et matériel est voué à la France, qui agit pour tous, et que le cabinet de Vienne ne s'arrêtait point à des nuances d'expression ou à des définitions de paroles , lorsque le sens était clair et précis.
Voilà tout ce qu'a produit celle échauffourée de bourse. L^aristocratie de la banque feiut de redou* ter la guerre pour ses inlércis fioanciers à Paris comme à Londres, pendant que, sous ce prétexte, elle agite à son profit le crédit public. — Les banquiers, s'ils sont libéraux dans les chambres, sont toujours royalistes à leur comptoir. M.