M. CANNING
M. CANNÏNG.
Plos d^ane fois, en prenant la plume pour retra-* cer quelques souvenirs de ma vie diplomatique, je me suis demandé si par ces récits, tout vieux qu'ils sont, je n'allais pas pécher, sans le vouloir, contre la discipline du corps où j'ai été enrôlé dans mon jeune âge , et, malgré moi , porter quelque atteinte à sa gravité, en même temps qu'à ses secrets. La
nature et le ton de mes réminiscences, telles que je les consigne ici, ont fait taire mes scrupules, et désarmeront également, je l'espère, la sévérité de mes successeurs. Je les crois, certes, partisans et observateurs rigides de Taxiome du silence, base essentielle de notre dignité, autant que j'ai pu Tétre moimême pendant Texercice de mes fonctions, et long-
temps encore après. Et pourtant, si V hôtellerie des affaires étrangères, ainsi que M. de Chateaubriand l'a nommée le premier, passe pour le temple d'Harpocrate tant qu'on l'occupe, combien de grands prêtres, à peine échappés des parvis, n^ont pas craint d'en dévoiler les mystères !
Je ne me sens pas le droit de les imiter; mais je me persuade que, si les rapports des États entre eux, les dépêches qui les racontent, les notes qui les règlent demeurent scellés et engloutis dans les catacombes des Archives nationales, certains détails qui accompagnent ces actes, leurs préliminaires ou leur mise en scène, pour ainsi dire, appartiennent au domaine public. N'en ressprt-il pas, d'ailleurs, un jugement plus sûr, une connaissance plus intime des personnages divers qui ont tissé passagèrement la trame politique du monde, ou en ont longtemps tenu les fils entre leurs mains ? En un mot, si elle est déshéritée du droit de pénétrer dans le palais de nos arcanes, la curiosité publique n'a-t-elle pas du
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moins le privilège de se promenm* tout autour, de regarder sans toucher^ comme le veulent les inscriptions qui veillent sur les plus belles fleurs et sur les plus mortels poisons du Jardin des Plantes? Enfin, dans mes révélations de la forme plus que du fond, je me suis cru autorisé, pour parier en style technique, à laisser le lecteur considérer et retourner en tout sens Fenveloppe, sans me permettre de faire, en sa faveur, sauter tout à fait le cachet.
C'est surtout, quand les intérêts constitutionnels, transformés en questions sociales, s'agitaient à Paris; c'est lorsque ces fatales nuées, égarées dans leur marche, se condensant d'abord dans les hauteurs des tribunes, excitées ensuite par les souffles tumultueux de la presse, se formaient en orages révolutionnaires, et retombaient en torrents dans la rue pour balayer les institutions : c'est alors, dis-je, que ma mémoire se reportait naturellement vers la terre classique et éprouvée des mœurs parlementaires ; vers cette Angleterre devenue notre modèle, après avoir été si longtemps notre rivale ; notre auxiliaire d'un jour, et notre ennemie de tous les temps ; trop semblable, ou du moins trop égale à nous en civilisation et en puissance pour ne pas
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nous craindre ; trop différente par les caractères ou les coutumes pour nous aimer; dont l'alliance, même prolongée, n'est jamais pour nous qu^une fiction malheureuse, surtout si elle vient à nous faire oublier l'expérience de l'histoire. Les témoignages du temps Tout démontré jusqu'à l'évidence. Les grandes nations ne se lient entre elles ni en raison de leurs institutions communes, ni par leur juxtaposition topographique : ces conformités, bien au contraire, produisent toujours une émulation jalouse, et parfois Tenvie. Les peuples s^unissent seulement par leurs dissemblances, par leurs intérêts et leurs besoins divers , comme par leur pondération séparée dans l'équilibre du monde. Deux blocs pareils de forme et de poids , également taillés et polis, posés l'un à côté de l'autre, ont encore besoin des tenons de cuivre du Parlhénon,et du ciment romain des Arènes, pour fonder un édifice que le temps altère et ébranle malgré tout; tandis que des pierres inégales, informes, entassées dans un désordre apparent, se soutiennent ensemble par leurs aspérités anguleuses, se fortifient, et présentent aux regards surpris ces murs cyclopéens, immobiles vainqueurs des ans.
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Je fas nommé chargé d'affaires de France à Londres deux jours avant qae M. Ganning eût échangé le gouvernement des Grandes-Indes contre le timon de rÉtat britannique. Je me trouvais placé ainsi au point d'intersection qui séparait sa vie publique en deux parts : Tune, laissant en arrière ses anciennes opinions monarchiques, héritage de Pitt, et sa faconde trop érudite et trop élégante peut-être ; Tautre, inaugurant son penchant nouveau pour les institutions populaires, comme aussi le grand style, à images antiques et à profonde ironie, de son éloquence : première et seconde manière du peintre qui devait si fortement colorer le tableau politique de son temps. M. de Chateaubriand venait de partir pour Vérone. Je devais être le confident intermédiaire de ces deux hommes qui, à des titres divers, ont tant occupé la renommée. Le premier, le plus grand orateur; le second, le plus célèbre écrivain de son époque. Longtemps défenseurs des mêmes principes monarchiques et constitutionnels, ils allaient aujourd'hui lutter violemment l'un contre l'autre, pour les appliquer en sens contraire dans les deux pays dont ils avaient à ménager les intérêts et à régler les destins. J'écoutais, j'étudiais ces génies
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avec Tavidité d'un esprit jaloux de recueillir une expérience dont je me flattais de faire profiter plus tard ma patrie. J'avais alors toute l'ardeur d^un disciple zélé ; comme si la destinée s'était engagée d^avance envers ma jeunesse à me laisser mettre, à mon tour, en œuvre, les hautes leçons que j'allais recevoir d'eux.
Mes relations intimes avec M. Canning et sa famille avaient précédé son avènement au pouvoir ; elles continuèrent sur le même pied et avec la môme confiance : confiance entièrement à mon profit ; car,dans cet échange de nos paroles, que n^avaisje pas à gagner, et que pouvais-je lui apprendre? M. Canning, dans ses rapports avec moi, avait pris l'art diplomatique au rebours. Au lieu de la réserve et de la froide dignité qui fait comme le fond des conférences ordinaires , soit qu'on leur donne le nom pompeux à! officielles ^ soit qu'elles prennent le titre plus humble de confidentielles^ il s'expliquait avec une grande indépendance et une franchise parfois excessive. Sa conversation était commode comme son amitié : quelquefois timide et d'une parole brève , il transportait le plus souvent dans ses entretiens familiers les coutumes oratoires et l'abondance brillante de ses débats parlementaires. Il marchait droit à la difficulté, qu'il attaquait de front ; il ne s'abaissait à aucun déguisement, ne se
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cachait derrière aucune réticence. Il répondait sans hésitation à toute question posée, prévoyait la réplique, la réfutait d'avance, se livrait à sa verve caustique on à son imagination inspirée avec un rare bonheur d'expressions et une finesse particulière de langage : enfin, il avait toujours l'air de provoquer cette sincérité sans limites dont il parais* sait user lui-même : et c'était encore de l'adresse, puisque, fort de sa supériorité, s'il ne cherchait pas à tromper, c'est qu'il était certain de séduire.
M. Canning savait bien assez de français , et je savais de mon côté presque assez d'anglais, pour suffire à beaucoup d'insignifiantes conversations et IK)ur défrayer le courant du commerce diplomatique; mais, comme il voulait causer avec moi à cœur ouifert, disait-il, il me proposa de nous servir chacun de notre langue maternelle, et j^acceptai avec reconnaissance ce compromis. J'y trouvais la ressource, que négligeait pour lui-même mon in* terlocuteur, de faire répéter la question, afin de mieux préparer la réponse. Or, je venais tout ré« cemmeut de me familiariser cette méthode en Turquie, excellente école diplomatique. Là , par une autre ressource de l'art, le silence réfléchi, qui précède les bouffées de la pipe, entrecoupe, ralentit le dialogue, et fait éviter le danger des paroles trop hâtées. Nous nous habituâmes promptement à échan-
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ger ainsi, l'un contre l'autre, nos idiomes. Et ce mode alternatif ne déconcerta plus que nos collègues les diplomates étrangers, quand, de temps en temps, et par hasard, ils cherchaient à écouter nos entretiens. J'ajoute que, plus d'une fois dans le cours de nos communications journalières, j'eus à soumettre à M. Ganning mon interprétation de son langage, et que toujours il voulut bien rendre justice à la fidélité de ma traduction, sans en rien rétracter ni démentir.
L'histoire du congrès de Vérone, grand trophée que M. de Chateaubriand a érigé à la gloire d'une époque trop méconnue, retrace en couleurs ineffaçables l'humeur que donnait à M. Canning notre expédition en Espagne; et celte humeur, le fougueux ministre ne sut jamais la déguiser. Il dut à ses emportements la popularité peu souhaitable des rues de Londres, mais en même temps mille ennemis en Angleterre et une véritable défaveur en France. Ce fut ainsi que, par des impulsions ardentes données à l'opinion, comme par des vœux passionnés et publics contre nos succès, il blessa l'Europe et son propre maître, que, du reste, il n'avait nul souci de ménager : ce fut encore ainsi qu'avec des antécédents d'une tout autre nature, il se fit le chef d'une faible minorité du conseil , faute beaucoup plus grave.
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Le discours d'ouvertare de la session de 1 823, tel que Louis XYIII devait le prononcer, avait été mis en mes mains par avance. Je le portai à M. Canning quelques heures avant qu'il ne fût connu à Paris. Ces communications prématurées, qui ont moins bonne grâce aujourd'hui en raison de la vitesse des chemins de fer et des télégraphes , sont ' toujours néanmoins d'un excellent effet, en témoignant d'une confiance intime, et elles ne présentent d'ailleurs aucun péril : le diplomate le plus blasé en affaires, et le plus rebelle à d'autres amorces, ne peut s'empêcher d'y être merveilleusement sensible. Le ministre lut avidement ce discours ; mais quand il en vint au paragraphe, qu'il répéta tout haut : — a Que Ferdinand YII soit libre de donner à ses peu- « pies les institutions qu'ils ne peuvent tenir que « de lui, et qui , en assurant leur repos, dissipecK raient les justes inquiétudes de la France ; dès ce « moment, les hostilités cesseront. » — «Quel prin- « cipe ! » me dit vivement M. Canning , en secouant violemment le papier, « et quel abus 1 Y avez-vous a sérieuseoient réfléchi? Yous allez au delà des ri- «( gueurs du gouvernement monarchique absolu, tel <c qu'il est depuis si longtemps établi en Espagne :
ce car, alors même , les cortès, par leurs remoncc trances, usaient légalement du droit d'arracher tf des concessions a la couronne ; et vous , au conte traire, vous exigez que Ferdinand remplace ou « octroie seul des institutions par sa volonté proff pre... Mais c'est donc une croisade pour des théo- « ries politiques que vous entreprenez ! Eh quoi ! « voudriez-vous propager votre charte comme « Mahomet le Coran? Quant à moi , je connais la « guerre de conquête, qui ne dure pas ; la guerre « d'invasion qui y fait suite , vous vous en sou- « venez ; la guerre pour changement de dynastie, c dont nous avons tant soufTert chez nous; la « guerre pour intérêts commerciaux, la plus raison- <c nable de toutes. Mais la guerre pour modifier le c pouvoir de deux chambres, ou l'extension de la « prérogative royale ! Gela me passe. Je ne com- « prendrai jamais qu'on tire du canon contre des « idées et contre des formes de gouvernement. a Ignore2>-vous donc que le dogme des constitutions « émanées du trône nous est odieux; que le sys* a tème britannique n'est que le butin des longues a victoires remportées par les sujets contre le mo- « narque ? Oubliez-vous que les rois ne doivent pas te donner des institutions, mais que leS institutions « seules doivent donner des rois?... » — Sans doute, en Angleterre, depuis sa terrible révolution, repli-
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quai-je. Mais dans TËspagne, régie par une dynastie antique et traditionnelle, ne peut*il donc en être comme en France ? N'oubliez-vous pas, à votre tour, que nous devons la charte à Louis XVIIi? — «MaU « heureux axiome ! » continuait le ministre sans m'écouter ; « Un roi libre ! Mais connaissez'-vous un « roi qui mérite d'être liôre, dans le sens implicite « du mot ? Peut-il, doit-il môme l'être jamais ? Il n'y « a de vraiment libre qu^un despote ou un usurpaa teur; fléaux du monde, comètes effrayantes qui a brillent et s'éteignent dans le sang I Notre consti- « tution et la vôtre, il est vrai, laissent en apparence « au roi le vain privilège de choisir ses ministres ; « mais ce privilège Texerce^t-il en réalité? Con- « sultez nos annales.
« Croyez-vous que les premiers Georges aient été tf libres de rejeter les cabinets qu'on leur imposa, « entre autres le ministère Walpole?
a Georges III, avec sa raison enchaînée et presque
< toujours évanouie, pouvait-il donc faire un choix « autour de lui? Non , sans doute , fort heureuse- « ment pour TAngleterre.
« Et Georges lY, ajouta M. Ganning (ici sa voix
< s'accentuait , et il me serrait fortement le bras), a croyez-vous que je serais son ministre, s'il avait c été libre de choisir ? Pensez-vous qu'il ait oublié « que je me suis constamment soustrait aux orgies
K de sa jeunesse ; que j'ai sans cesse combattu ses (c penchants et ses favoris ? Il a pour moi toute la (c haine que lui donnent ma résistance, mon atti- « tude politique, et surtout , je ne vous apprends « rien, les souvenirs intimes de son ménage. » — Ici, un sourire ironique traversa comme un rapide éclair la figure du ministre. J'étais jeune ; je souris aussi , et je me rappelai ces élégantes paroles dont la voix pénétrante et sonore de M. Ganning avait fait, deux ans plus tôt, retentir le parlement, quand, au milieu du scandaleux procès de la reine, rompant un long silence : — « Eh ! pourquoi , s'é- « cria*t-ii, lui refuser un trône , à elle si digne de « l'embellir ? Oui, elle était Tornement et la grâce de « la société la plus polie... » Ce sourire venait de me rappeler les innombrables griefs du roi. C'était comme si M. Canning m'avait dit à Foreille : — Vous le savez bien, j'ai avoué, il n'y a pas longtemps, en plein parlement , mes sentiments inaltérables et dévoués envers la princesse de Galles; j'ai décliné toute participation à son procès, et donné ma démission à cette époque : c'étaient autant d'insultes à sou mari ; et pourtant il n'a pas été libre de m'exclure de son conseil, et il a dû me nommer son ministre.
« Enfin, » ajouta M. Canning , calmé tout d'un coup après une si rapide succession de pensées,
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et comme affaissé sous le poids de sa propre énergie , « vous allez entrer en Espagne ! » Puis, frappant amicalement sur mon épaule : « Vous « croyez, vous, jeune homme, que celle guerre sera « courte : je pense tout autremenl , moi qui touche « à la vieillesse. En 1793 (regardez, j'ai assez « de rides pour ciler celte époque), M. Pitt, au « cœur patriote f à l esprit prophétique :
« The patriof s heart, the prophet's mind, »
et le ministre prononça , d'une voix cadencée, ce vers échappé à sa jeunesse, « M. Pitt m'annonçait a que certaine gaerre , déclarée à un grand peuple «alors en révolution, serait courte aussi... ^ et « cette guerre a survécu à M. Pitt. . . »
M. Canning vint chez moi le lendemain; il me parut sombre et préoccupé. — «Votre fatal principe,j» me dit-il , « m'empêche de dormir ; il assiège in- « cessamment ma pensée. Que veulent dire ces ins- « Ululions filles des rois ? Ici , je vous le répèle, les tf institutions sont mères de ce que nous appelons « fictivement le monarque, et vous venez de bles- « ser profondément notre orgueil national. » — Pourquoi donc, répondis-je, prendre pour vous ce qui est dit seulement pour la France et pour TEspagne? Le discours de Louis XVIII ne s'applique en rien à TAn-
gleterre, qai n^y est pas même nommée. — ' < Ce si* « lence, répliqua le ministre, ne détruit pas suffi- « samment Tallusion. Chez nous, croyez*le bien, le « dogme d'une constitution émanée du pouvoir « d'un seul, fit-elle même acceptée momentanément c de tous, est au ban de Topinion publique. »* J'objectai de nouveau que pourtant ce dogme, si dédaigné dans les trois royaumes, était réputé conservateur des monarchies continentales, et que, en 1820, l'empereur d'Autriche, allant au secours du roi de Naples, l'avait virtuellement invoqué, à son entrée en Italie. — « On pourrait sans doute, » interrompit le ministre, « l'excuser en Autriche, où ce règne l'absolutisme paternel et patriarcal » (ce furent ses expressions); « mais en -Angleterre et eu « France, où Ton jouit d'institutions populaires... » — Parlez pour vous seul, si vous l'osez, interrompîs-je à mon tour. Quant à moi, je proteste. Nos institutions ne sont pas encore populaires à votre façon. La France, après une bien triste expérience des institutions soi-disant populaires, a reçu de. son roi légitime des institutions monarchiques et représentatives, mères de la prospérité et de la sage liberté du peuple ; voilà tout. — a Soit, » reprit M. Canning ; « mais à quoi bon soulever un priaic cipe qui prête tant à la discussion, et sur lequel « vous voyez que nous sommes même, vous et moi.
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«si peu d'accord?... Au reste, ud second prin* « çipe marche à côté du premier, et aous est plus ff antipathique encore : c'est ce Bourbon qui va au <K secours d'un Bourbon. Vous réveillez ainsi en « nous mille souvenirs d'inimitié : Tinvasion de « Louis XIY en Espagne; Tinutilité de nos efforta a pour éloigner sa puissante dynastie du trôna de a Madrid. Par on tel langage, vous insultez à notre a politique passée ou actuelle^ et c'est un démenti c à l'esprit et au sens de notre révolution . Jugez-en { ce quand un roi dénie au peuple les institutions dont « le peuple a besoin, quel est le procédé de TAn-*' a gleterre? Elle expulse ce roi , et met à sa place « un roi, d'une famille alliée sans doute, mais qui se « trouve ainsi, non plus un fils de la royauté, conte fiant dans les droits de ses ancêtres , mais le fils « des institutions nationales, tirant tous ses droits a de celte seule origine. y> — Puis, le ministre, s'a* aimant au feu de sa propre logique, ajouta, avec une sorte de colère : — a Puisque Ferdinand , comme « Jacques II, résiste aux volontés de sa nation, ap- « pliquons la méthode anglaise à l'Espagne. Qu'en « résulte-l-il ? L'expulsion de Ferdinand. » — Ensuite^ dans un de ces emportements auxquels il était sujet, entraîné en dehors de sa volonté et plus loin que sa pensée : « Écoutez-moi bien , me dit-il ; <c cet exemple peut s'étendre jusqu'à vous. » Et,
parlant plus bas , ses yeux brillants fixés sur les miens : — «Vous n'ignorez pas qu^ine déviation du « dogme de la légitimité, presque pareille à la noce tre^ se médite et couve en France en ce moment. « Vous savez quels progrès elle fait dans le parti dc d'une opposition prétendue modérée... La tête à « couronner est là... »
Ces terribles mots, prononcés en 1823, me frappèrent au cœur comme un outrage ; et je ne puis reproduire toute l'indignation qu'ils excitèrent en moi. Le ministre, embarrassé et triste, se promenait ' de long en large pendant que j'exhalais mon ressentiment. — C'est une question toute d'honneur français qui s'agite, m'écriai-je; et cet honneur ne peut être compris à Londres, où la langue n'a pas de mot pour l'exprimer (i). Oui, cet honneur, reste de notre antique monarchie, domine encore notre jeune constitution. Cet honneur est un sentiment vague, indéfini, qui ne se raisonne ni ne se justifie,
(1) Le mot honneur n'a ni en anglais» ni môme en latin, toute sa valeur française. Religion du peuple et du pays, culte et devise des gentilshommes, l'honneur embrasse, à la fois, ces dévouements inspirés, ces devoirs réciproques dont la chaîne liait la France au trône; parole toute à nous, comme le principe et le sentiment qui l'ont fait jaillir du cœur et de la langue de la nation! « V honneur parle; il suffit* i»