V. M ClfATlSAtttRfAltD
de la manière qui pettt le moins les compromettre avec lears peuples et le peuple de France, au moyen d'un subside de la part des deux Empires, de vingt millions de francs chaque année , à dater de la signature de ce traité jusqu'à la fin de la guerre.
Art. 5. Dans le but d'établir, dans la Péninsule, 1^ ordre de choses qui existait avant la révolution de Cadix, et afin d^assurer Tentière exécution des articles du présent traité , les hautes parties contractantes se donnent mutuellement l'assurance réciproque qu'aussi longtemps que leurs vues ne seront pas accomplies, négligeant toute autre idée d'utilité ou autres mesures à prendre , elles s'adresseront, dans le plus bref délai possible, à toutes les autorités existant dans leurs États , et à tous leurs agents dans les pays étrangers, dans le but d'éta* blir une connexité tendant vers l'accomplissement des vues proposées par ce traité. —
Et comme je m'arrêtais sur ces vingt millions de subsides promis à la France par chacun des Empires, le troisième plénipotentiaire signant ^m^/j pour le roi de Prusse : « Passons, » me dit M. de Château-^ briand, c passons, c'est assommant et illisible. »
— Art. 6. Ce traité sera renouvelé avec tels chan-
gemente que peuvent occasionner de nouvelles cir* constances, soit dans un nouveau congrès , soit à la cour de l'une des parties contractantes, aussitôt que la guerre d'Espagne sera terminée. —
M. DE CHATEAUBRIAND
« Ah ! mais il me semble qu*ici le bout de l'o- « reille passe. Quoi ! aussitôt que la guerre d Espagne « sera terminée ? Nous aurions écrit et signé cela «f à Vérone ? Mais alors la guerre d'Espagne n'était « ni commencée, ni déclarée, ni même résolue. Il « est évident, d'après ceci, que le traité a été fabri- « que à Londres postérieurement à notre entrée en (c Espagne. »
—Art. 7. Le présent traité sera ratifié, et les ratifications échangées à Paris dans le délai de six mois. Fait à Vérone, le 22 novembre 1822. ~
M. DE CHATEAUBRIAND
« Le 22 novembre? Attendez; voyons mon « histoire du congrès de Vérone.» Et, après avoir un moment feuilleté le livre qui était sur la cheminée : « Mais ce 22 novembre était le jour du départ « de M. de Montmorency; rien d'officiel ni de secret ^ n'a pu être signé par moi sous cette date à Vé- « rone. Jusque-là, c'était M. de Montmorency qui
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« avait seal ia signature ; et, après son départ, mes « collègues et moi tous ensemble. En aucun cas, fit ma signature n'a pu être isolée de la leur. »
— Signé : Metternich, Chateaubriand, Bernstet, Nesselrode. —
M. DE CHATEAUBRIAND
<K C'est sans doute Bernstorf que le Naùanal a « voulu dire. Quand on ment, il faut bien mentir, a et la politesse française exige que Ton respecte a les noms propres, même quand on ne respecte oc pas la vérité!...
ce Tenez, cette pauvre composition, parodie malace droite, ne méritait pas l'honneur que nous lui « avons fait, vous, de la lire, et moi, de l'écouter. » Puis, revenant à moi avec un sourire d'envie et de regret : « Vous êtes donc bien jeune encore, puisse que toutes ces accusations mensongères ou bai- « neuses vous étonnent et vous touchent. Oh ! moi, « je suis trop vieux et trop insensible!... Encore fit un coup, j'opine pour le silence ; je le préfère « même à un non tout sec. » — Mais, interrompisje, ce n'est pas seulement votre autorité dipioma-tique et votre nom, répétés ou attaqués dans la presse périodique, qui éveillent en ce moment ma sollicitude ; c'est l'honneur d'une époque tout entière, et.
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je Voudrais le dire une fois de plus à tous ces hommes sortis de nos rangs pour nous remplacer, qui, depuis 1830, nous signalent à la malveillance du peuple, parce que nous nous tenons à l'écart et sommes légitimistes. Oui, nous avons foi en un principe, loi fondamentale de notre patrie, loi qui n'existe plus si elle fléohiti et qui disparaît si un seul anneau de sa chaîne se rompt. Le faitd^une usurpation victorieuse et couronnée ne peut ni la modifier ni ^anéantir. Ce principe d'hérédité légitime, garantie de l'héritage, est la seule sauvegarde de la propriété ; et, qu^od le sache bien, il a aussi inspiré de nobles actes à cette Restauration que je servais sous vos ordres à Londres, avec un zèle ardent, dont le souvenir me fait encore battre le cœur, en dépit des calomnies... «Ahloui, ^repritM. de Chateaubriand, « Londres, Canning; échosJoin tains!... Que vou- « lez-vous ? La Restauration alla des Pyrénées à Catt dix, malgré l'Angleterre; elle se créa une armée «t et reprit son rang en Europe. Eh bien! tous ces <r gens, qui l'ont servie aussi, ne lui pardonneront ja- « mais de l'avoir fait , et à moi de l'avoir raconté. » « Vraiment, »ajouta-t-il avec quelque ironie et comme contrarié de mon insistance, « les hommes qui vous « ont eu pour collaborateur doivent s'estimer heu- « reux de vous trouver encore cette verdeur de sève ff royaliste, cette chaleur d'àme politique : c'est une
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« vertu qui se meurt partout. Gdni$erv6z-ld, si « TOUS pouvez, quand elle les abandouue. i» Puis^ avec plus de gravité : a Mais pour cela, croyez-^tnoi^ a fuyez le pouvoir^ les chambres, les charges, les « Boi'disant honneurs, comme vous l'avez fait si à « propos en 1839^ et depuis seize ans. Restëk loin « de ces parades où le principal acteur ne peut s'a-' o buser lui-même sur le succès final du rôle qu'il a joue, et perd le repos dans Tattéute du sévère ju- « gement de sa conscience comme de l'histoire . c Restez à jamais légitimiste » *^ ( et il s'animait) ,
' c Pour coDse^Tâf eneor quelque choie d'hamaiii f
« et pour vous préserver de cette immoralité po- « litique dont l'exemple contagieux est tombé de «r haut, de ce torrent de corruption et de boue qui « noua inonde et nous inondera longtemps encore. « Il n'y a en ce moment^ pour la société, aucune a chance de régénération. Gela me dégoûtci Parlons a d'autre chose. »
En achevant ces mots, M. de Chateaubriand se leva péniblement^ s'avança à petits pas traînés jusqu'aux in-quarto verts qui étaient sur la table ; il déficela le dernier volume, et après avoir remué longtemps les feuillets, il me lut quelques phrases détachées, entre autres^ ces lignes qui me frappèrent
moins en 1846, mais que j^ai reconnues avec stupeur en 1850, quand les Mémoires d outre-tombe parurent :
a Les principes les plus hardis sont proclamés à « la face des monarques, qui se prétendent rassurés « derrière la triple haie d'une garde suspecte. La « démocratie les gagne. Us montent d'étage en étage, «c du rez-de-chaussée au comble de leurs palais, d'où ce ils se jetteront à la nage par les lucarnes. »
Les lucarnes entrevues par le prophète, ce sont la petite porte au bout de la galerie semi-souterraine du jardin des Tuileries, et la grille du PontrTournant qui s'ouvrit le 24 février 1848, sur la place où a péri Louis XYL
Après quoi, me disant : « Voici les derniers traits et de ma plume, » M. de Chateaubriand lut encore ceci :
oc Gomme je trace ces derniers mots, ma fenêtre, «c qui donne à l'ouest sur les jardins des Missions- « Étrangères, est ouverte. Il est six heures du mate tin. J'apergois la lune pâle et élargie ; elle s'abaisse « sur la flèche des Invalides, à peine révélée par le a premier rayon doré de Torient. On dirait que <K l'ancien monde finit, et que le nouveau commence. « Je vois les reflets d'une aurore dont je ne verrai « pas se lever le soleil. Il ne me reste qu'à m' asseoir c< au bord de ma fosse ; après quoi , je descendrai
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«c hardiment , le cracifix à la main , dans Téter- « nité. 9
Dernière vibration de la lyre ! —
Enfin, comme je le quittais : « Ainsi donc , » me dit M. de Chateaubriand, « voilà qui reste conte venu. Taisons-nous; c'est, en ce moment , mon « désir ; c'est ma règle. Mais si, après moi (et vous « n'aurez pas longtemps à attendre), la même in- « quiétude vous agite, ou si la même maladie vous a reprend, alors que le souvenir de ce que nous « venons de dire ne vous retienne plus , ou plutôt « qu'il vous encourage I Je vous laisse parfaitement m libre de tout rectifier plus tard. Je ne puis choisir « un plus fidèle intermédiaire entre mes calomnia- «c teurs et moi. Vous serez un témoin , un tiers ar-ce bitre assistant au procès , tout naturellement dé- « signé par nos anciens rapports, dont je n'ai rien « oublié, je vous assure. El puisque, par le passé, je « vous confiais tous mes intérêts à Londres, où vous « avez été d'abord mon secrétaire politique, et le di- « recteur de mon ménage, vous en souvenez- vous? « ensuite, l^ntendant de ma fortune qui dura si peu, « et mon interprète diplomatique dans la plus grosse V affaire de ma vie, vous serez aussi chargé d'en ce démêler la queue, et de liquider mon compte ente vers la postérité... Mon ombre, » ajouta-t-il en souriant, « vous en saura gré... — ^Adieu donc, puis-
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a que vous partez pour la campagne. » Et il se soulevait sur son fauteuil comme s'il avtiit voulu essayer de m^y suivre ; « Les chànes de nos bois et les brea bis de nos prairies valent mieux que les hommes <c de nos jours. Adieu encore. Dieu sait si nous nous rêver rops! •
Je n'aurais pas tout dit en cette question, si je n'ajoutais que, un mois après mon entrelien avec M, de Chateaubriand, je dus comprendre qu'il avait changé d'avis sur l'opportunité d'une dénégation , car je lus, dans une gazette du Midi, ce qui suit :
— La Reifue de Genève ayant publié dans son numéro du 11 avril un long article de blâme sur la congrès de Vérone , et un prétendu traité secret attentatoire aux droits constitutionnels des peupleSf dont elle faisait M. de Chateaubriand signataire, l'illustre écrivain, après en avoir eu conpaissance, s'est empressé d'adresser la lettre suivante à M, Antony Luirard, du département de l'Ain 9 savant et modeste jeune homme, aujourd'hui professeur de belles-lettres au pensionnat d'Onei^i près Genève,
Cette lettre est presqae une page historique; la voici ; —
'c Vous le savez, Monsieur, je suis bieo vieux, et ft n'ai plus guère le temps de fouiller dans ma vie. Tout a ce que je puis dire, c'est que je n'ai jamais rien sici gné contre la liberté, et que les choses qu'on m'attri- « bue sont une insigne calomnie. Il suffit, pour s'en « convaincre, de remarquer que je n'étais rien à Vé^ ce rone, et que M. le duc de Montmorency (1), sous a lequel j'étais, avait seul le droit de signer les actes a du congrès. J'étais là comme une simple décoration « de l'ambassade, dont je n'étais nullement chargé, a Ainsi se trouvaient avec moi MM. de Serre, de a la Ferronnay s , et plusieurs autres.
«c Agréez, Monsieur, etc.
tt Signé: Chàteaubrumd. »
Cette lettre , arrachée à M. de Chateaubriand par les instances de quelques personnes attachées plus ou moins directement aux presses françaises et suisses, eut lieu de me surprendre. Elle n'était exacte qu'à moitié. M. de Chateaubriand passait alors tout son temps à fouiller dans sa vie , et à y remonter plus haut que le congrès de Vérone; car il raturait
(I) M. le duc de Montmorency était encore, à Vérone» le vicomte Matthiea de Montmorency.
et amplifiait surtout , au grand regret de ses amis , les premiers volumes de ses Mémoires doutre^ tombe. Il avait à Vérone , après le départ de M. de Montmorency 9 partagé Thonneur de la signature avec MM. de Caraman et de la Ferronnays ; mais non avec M. de Serre , lequel , dit-il ( Congrès de Vérone , 1. 1, p. 67) , assista au spectacle en sim^ pie curieux.
Ainsi donc y jusques et compris le 22 novembre , M. de Chateaubriand n'eut rien ou presque rien à faire au congrès , comme il le raconte lui-même ; et c'est alors que le congrès n'avançant pas, impatienté de cette inaction du début , il laissa échapper ce mot : a Si nous continuons ainsi , nous forcerons oc les peuples qui nous regardent à déraciner les oc bois pour en fabriquer des sifflets. » Mais après le 22 novembre , il signa toutes les transactions politiques, et parmi elles la belle note sur la traite des Noirs , qu'il rédigea en une soirée , et dont il était si justement fier.
Jetermine, et je vais au-devant d'une objection. Il est très- vrai, va-t-on me dii*e, que ces longues conversations , mises dans la bouche d'hommes qui
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ne peuvent plus ni les désavouer ni les reconnaître , sont fort à la mode aujourd'hui. Les causeries politiques succèdent , sous les yeux du public , aux causeries littéraires ; et le style négligé du dialoguCi qui a passé des unes aux autres, s^arrange merveilleusement du goût du jour y puisque , s'il allonge les narrations diplomatiques , il les dégage au moins d'une partie de leur pompe et de leur ennui. Mais , de bonne foi , à qui voulez-vous faire accroire tous ces menus détails et ces prodiges d'une mémoire qui sténographie les paroles des interlocuteurs, comme au temps du représentatif on sténographiait poar le Moniteur les interruptions et les rires ? — Voici ma réponse :
Je ne sais ce qu'il en est des autres partisans de la double virgule , que ses ennemis appellent vulgairement guillemet, et dont Tusage est si commode pour les narrateurs embarrassés et poar les lecteurs que ces récits plus vifs attirent; mais nos historiens ont pour eux l'exemple et l'excuse de ces im« mortels entretiens de Socrate , où les parenthèses et les points d'interrogation du dialogue ont été si scrupuleusement observés et reproduits par Pialon , le plus éloquent de ses disciples. D'un autre côté , je maintiens qu'en politique a les moindres circons- « tances donnent grand poids aux affaires, y douve nent quelquefois la forme, et ouvrent d'ordinaire
82 POLITIQUE DB LA EEfiTàUEATIOlf.
ff le cbeœîii aux résolutions (i ) ; » qu'il faut donc 1^ retracer partout quand on le peut, pour la clarté et renseignement de Thistoire. En ce qui me touche» j'affirme que, par une habitude contractée dès les d^mts de ma carrière publique, j^ai tenu, toute ma vie, note exacte des entretiens politiques ou Utté<> raires qui m'ont paru avoir une certaine imporlance} et que je ne me suis jamais livré au sommeil avant d'en avoir retracé, le jour même et de mon mieux, les mots propre» , les expressions piquantes ou pit* toresques, les points dVrét, les répliques, et même, autant que je l'ai pu , le ton et les gestes. Seconde objection faisant suite à la première : a Qu'est-ce que tout cela prouve ? y> me dira quelque édiappé du National ^ « que vous avez autant «de facilité d'invention que de souplesse de mé^i- « moire; que voue avez vu plusieurs grands honunes « dans leur dédiabillé, et surpris certains secrets de « leur vie intime ; que vous avez enj<^vé les faits « et adouci les aspérités des phrases. Mais toutes « ces bagatelles ne sont de rien aux grandes af- « faires ; toujours est*il que le traité secret de Vérone, ix cité par Elliot et par Nile , subsiste, d A cela, je ne saurais que répondre, $i je n'avais,
(€) iMtre» é^cc^éimiaOuÊi, p. 6.
M. DE GHATEAirBRIAint). 83
comme le vent Cicéron, et à son exemple, réservé pour la fin mon meilleur argument.
Lisez donc celte correspondance y complément de l'Histoire du congrès de YéffffïOj que j'expose sans voile à vos regards , comme si la charge m'en avait été léguée par une volonté suprême; puis, dites si M. de Chateaubriand aimait sincèrement la liberté , et s'il a su ménager l'indépendance et la gloire d'un pays qu'il a tant honoré par ses écrits et par son génie.