LES THÉORIES DU ROI DE PRUSSE
proche à ses doctrines monarchiques d'être en contradiction avec les principes les plus élémentaires du droit des gens. On trouve que s'immiscer dans les affaires intérieures de la France et lui imposer un gouvernement qu'elle a renversé serait aggraver, d'une façon inique, les conditions de la paix. Tel serait, du reste, l'avis de M. de Bismarck ; il n'aurait écrit et publié le récit de son entrevue avec Napoléon III l sur le champ de bataille de Sedan, que pour bien établir, contrairement aux bruits accrédités en Allemagne, que dans cet entretien si émouvant il n'a nullement été question d'imposer à la France la
1. Extrait de la lettre du comte de Bismarck au roi: «Donchéry, 2 septembre 1870. — J'ai mis à la disposition de l'empereur la maison que j'occupais à Donchéry. Dans une petite chambre qui ne contenait qu'une table et deux chaises, j'eus avec l'empereur un entretien qui dura près d'une heure. Il insista pour obtenir des conditions favorables pour la capitulation de l'armée... Je déclinai de m'entretenir avec Sa Majesté sur ce sujet; je lui demandai par contre s'il était disposé à ouvrir des négociations de paix. Il répliqua que, comme prisonnier, il n'était pas en situation de traiter. Sur ma question, qui, dans son opinion, représentait actuellement le pouvoir en France, il me renvoya au gouvernement de la Régence existant à Paris... L'empereur sortit ensuite et m'invita à m'asseoir à côté de lui, en plein air à la porte de la maison. L'empereur ne parla de la situation politique que pour déplorer les malheurs de la guerre, et déclara que lui ne l'avait pas voulue, mais que l'opinion en France l'y avait forcé. »
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restauration impériale. Il y aurait donc sur ce point important, de la reconnaissance du gouvernement français, divergence d'opinions entre le roi et son ministre. Mais ces divergences ne se manifestent souvent qu'intentionnellement pour mieux masquer le jeu de leur politique. Elles pourraient bien, cette fois, n'avoir d'autre but que de troubler l'opinion publique en France et de faciliter au parti militaire le moyen d'assouvir ses passions.
15 Septembre 1870.
Le cabinet de Vienne suit les événements avec une anxiété croissante. Il a été surpris, consterné par la rapidité de nos défaites. Il s'était flatté que la lutte serait longue, meurtrière, qu'elle le laisserait maître de la situation et libre d'exercer sa médiation, d'accord avec les puissances neutres, entre deux belligérants à bout de force. Il éprouve en ce moment l'amère déception
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que nous avons ressentie au lendemain de Sadowa. 11 a cru à notre supériorité militaire, de même qu'en 1866 l'empereur et ses généraux ont cru à la supériorité incontestable de l'armée autrichienne. Aussi M. de Beust se voit-il aujourd'hui, la conscience troublée, seul en face de la Prusse victorieuse, secrètement alliée à la Russie. Il sait que M. de Bismarck n'est pas dupe de ses protestations, qu'il connaît ses arrièrepensées et qu'il pourrait bien, aussitôt la paix signée, lui demander compte du programme concerté lors de l'entrevue de Salzboùrg et des pourparlers qui, jusqu'à la veille de Froeschwiller, se sont poursuivis entre Vienne et Paris. Son dernier espoir est dans notre force de résistance. Il ne voit plus son salut que dans la prolongation de la guerre 1. Il se croyait perdu après le
1. M. de Beust faisait dire au comte Chaudordy peu de jours après le 4 septembre : « Tenez ferme jusqu'au mois d'octobre. » Plus tard, il lui fit dire : ce Tenez ferme jusqu'à Bayonne.» Il lui laissait entrevoir le retourdessympathiesdel'Europeetla médiation des puissances neutres, après un glorieux épisode militaire. L'attaché militaire autrichien encourageait de son côté la délégation de Tours à la résistance, en exaltant l'organisation de l'armée de la Loire, a Notre situation militaire n'est pas aussi désespérée que vous le pensez, m'écrivait le comte Chaudordy à la date du 2 octobre. Nous avons les meilleures nouvelles de Paris sur l'union, la fermeté, la volonté et la possibilité d'une longue résistance. L'attaché militaire d'Autriche qui vient de parcourir la province,
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désastre de Sedan, il a repris contenance depuis que le gouvernement de la Défense nationale a déclaré qu'il lutterait jusqu'au bout plutôt que de consentir au démembrement de la France. Les organes les plus importants de la publicité autrichienne révèlent, par les attaques chaque jour plus passionnées qu'elles dirigent contre nous et par la satisfaction immodérée que leur inspirent les succès des armes prussiennes, combien l'Autriche, au fond, est inquiète de son avenir, et le prix qu'elle attache à s'assurer les bonnes grâces du vainqueur. Ils l'incitent en quelque sorte à nous démembrer, à nous imposer les coutributions de guerre les plus rigoureuses et même à exiger la remise de notre flotte et la cession de nos colonies. Les journaux prussiens les plus rapaces ne vont pas aussi loin dans leurs exigences que la Neue Freie Presse.
Ce serait faire injure au gouvernement autri-
a été surpris de voir réunis un aussi grand nombre d'hommes bien équipés, bien armés, et munis de tant d'artillerie. Aussi, je crois que nous pouvons avoir bon courage.»
— Dépêche du comte de Beust au prince de Metternich, 23 octobre 1870. — « Nos intérêts s'allient parfaitement avec l'abstention la plus rigoureuse et ne sont guère compromis par la prolongation de la guerre. Loin de nous la pensée de vouloir offrir des conseil ou de provoquer des offres. »
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chien de croire qu'il partage à un degré (Quelconque Les passions que manifestent certains journaux de Vienne, dont M. de Bismarck s'est assuré le concours. M. de Beust est un homme d'État ; il sait que chaque défaite de la France ne peut que hâter et rendre plus certain l'asservissement de la politique autrichienne à la politique prussienne. Mais, sans illusions sur le dénouement de la guerre, il spécule sur la prolongation de la lutte, dans l'espoir de détourner, ou d'ajourner du moins, le danger dont il se sent menacé *. Il évite avec soin de s'expliquer sur les conditions de la paix ; il se borne à exprimer des vœux et à échanger avec les puissances neutres de timides pourparlers. M. de Bismarck a déclaré d'une façon si péremptoire qu'il n'admet tait aucune intervention diplomatique, et la supériorité militaire de la Prusse est si grande, malgré les pertes énormes qu'elle a éprouvées, que le gouvernement autrichien ne se soucie pas de lui déplaire et de s'exposer à son ressentiment.
1. M. Busch. — «Le comte de Beust, dit M. de Bismarck, croit-il vraiment que nous serons assez imprudents pour attendre que la France soit relevée pour régler nos comptes avec l'Autriche? Si à Vienne on voulait restreindre le prix de nos victoires, une nouvelle guerre, ou plutôt la continuation de celle-ci, ne se ferait pas attendre. »