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DISSIMULATION DES PERTES

les atrocités de la guerre, de réclamer la fin de la lutte, et la conclusion d'une paix équitable, conforme aux principes de la civilisation moderne. Quant aux journaux inspirés par les chefs du parti national, ils ne cessent pas d'être les auxiliaires ardents de M. de Bismarck; souvent même ils dépassent de beaucoup les exigences de sa politique. Ils ne tiennent aucun compte des souffrances que la guerre impose aux populations allemandes; ils s'appliquent à les cacher; ils ne disent mot des maladies épidémiques qui sévissent de tous côtés, ni de la misère qui se généralise de plus en plus. Assez véridiques au début de la guerre, sur l'état sanitaire des armées, et sur les pertes qu'elles ont subies, ils s'efforcent aujourd'hui d'amoindrir le chiffre des blessés, des malades et des tués. Le total des pertes, jusqu'à la bataille de Sedan, était évalué par le correspondant de la Gazette de Cologne attaché aux états-majors, à 60 mille tués et blessés et à 30 mille malades. Ces chiffres, qui assurément n'avaient rien d'exagéré, se réduisent aujourd'hui, dans les feuilles libérales, à une trentaine de mille hommes. Quant aux soldats allemands qui encombrent les hôpitaux, il n'en

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est plus question. On se contente de parler des fièvres typhoïdes et des diphtérides qui séviraient d'une façon inquiétante dans les centres où se trouvent internés les prisonniers français, et particulièrement dans les forteresses de la Prusse orientale et de la Poméranie.

Les journaux anglais sont frappés de cette dissimulation. Ils se plaisaient à rendre hommage, au début de la guerre, à l'absolue véracité des bulletins prussiens. Ils sont forcés de reconnaître qu'avec la prolongation de la lutte, ils ont perdu toute sincérité.

5 Novembre 1870.

Le gouvernement impérial, sous la pression violente de l'opinion publique a pris, peu de temps après la déclaration de guerre, une mesure des plus graves. Il a décrété l'expulsion

LES CONSÉQUENCES DE i/EXPULSION 273

en masse des Allemands domiciliés en France l: Beaucoup d'entre eux avaient méconnu notre hospitalité. Ils s'étaient faits les informateurs de leur gouvernement, ils avaient profilé de notre laisser aller, des facilités que les étrangers rencontrent dans notre pays pour lui fournir, en vue de la guerre, de précieux renseignements2. On ne s'en aperçut que lorsqu'il était trop tard. L'indignation n'en fut que plus vive, on crut user du droit le plus légitime en renvoyant au delà de nos frontières des hôtes aussi dangereux. La mesure était impolitique: elle atteignait quelques coupables, mais elle frappait aussi beaucoup d'innocents ; elle exaspéra l'Allemagne, l'Europe s'en émut, et M. de Bismarck s'en fit une arme de guerre. Il s'en empara pour surexciter les passions germaniques et nous accuser publique-

1. Le gouvernement impérial avait invité les Allemands à quit» ter le territoire. Le gouvernement provisoire décréta que lout Allemand non muni d'autorisation spéciale serait tenu de quitter les départements de la Seine et de Seine-et-Oise dans les vingtquatre heures, sous peine d'être passible des lois militaires. — Proclamation du Journal officiel de la République, 6 septembre

2. Lettre de Michelet. — a Nulle part plus qu'en France, les Allemands sont entrés modestement ; nulle part plus discrètement, ils ont préparé, renseigné, guidé l'invasion. Tel est parti tailleur est revenu uhlan. *

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