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LE PARTI MILITAIRE PRUSSIEN

pour nos amis en Europe, de voir des Français subordonner le salut de leur pays à leurs passions et se constituer les auxiliaires de l'envahisseur.

21 Septembre 1870.

L'armée prussienne n'a plus qu'une idée fixe, c'est de s'emparer de Paris. Ce serait une satisfaction réclamée impérieusement par les soldats, qui, pendant tout le cours de la campagne, n'auraient pas cessé de manifester le plus vif mécontentement, dès que des combinaisons stratégiques les forçaient à rétrograder et à s'éloigner de leur objectif principal. On peut donc tenir pour certain que, tant que Paris tiendra, le quartier général ne se laissera écarter par aucune considération du but qu'il poursuit. Les armées sont cantonnées aujourd'hui dans les parties les plus fertiles de la France ; elles ont à leur disposition pour les approvisionner une cavalerie nombreuse, audacieuse, qui ne craint pas de faire des réqui-

sitions dans les départements les plus éloignés. Il ne s'agit donc pour elles, en fin de compte, que de patienter, ce qui ne leur répugne aucunement dans les conditions d'abondance où elles se trouvent. Des protestations se font entendre en Allemagne, il est vrai ; mais on se flatte qu'en rendant à l'agriculture une partie des bras qui lui font défaut, par le renvoi dans leurs foyers des soldats les plus anciens de la réserve, les populations se réconcilieront avec leurs souffrances et attendront patiemment, avec la perspective de glorieuses compensations, l'heure qu'il plaira au roi Guillaume de fixer pour la conclusion de la paix.

21 Septembre 1870.

M. de Bismarck n'a pas l'habitude de cacher ses sentiments. Il les manifeste brutalement dès qu'il se voit contrecarré dans ses desseins. Il a sous la main une presse sans scrupule, toujours

prête à dénaturer les faits, à déverser l'outrage. C'est à la violence de ses attaques, qu'on peut, en général, mesurer assez exactement le degré de ses inquiétudes. Elles révèlent le but qu'il poursuit et l'obstacle qu'il redoute. Faut-il conclure de la quiétude dédaigneuse qu'affecte le chancelier, en parlant de M. Thiers et de ses missions, qu'il a reçu de Londres, de Vienne et de Florence, sur les projets d'intervention prêtés aux puissances neutres, les assurances les plus tranquillisantes? On serait tenté de le croire, en parcourant les journaux qu'il inspire. M. Thiers, disent-ils, a pu se convaincre déjà que l'Angleterre 1 n'est nullement jalouse de l'agrandissement et de l'union de l'Allemagne; cette conviction, il l'emportera à

1. M. Thiers espérait obtenir du cabinet de Saint-James la reconnaissance du gouvernement de la République. Il ne réussit pas, bien que l'Angleterre, d'habitude, reconnaisse aisément les gouvernements de fait. Il était chargé de dire que la France était disposée à se prêter à toute concession qui n'entraînerait pas le démembrement de son territoire. « Votre gouvernement, disait lord Granville, manque de la sanction légale, il s'intitule lui-même Gouvernement provisoire. » — M. Thiers parvint néanmoins à atténuer les préventions monarchiques de l'Angleterre contre la révolution installée à l'Hôtel de Ville. — a M. Thiers a réussi à me persuader, écrivait lord Granville à lord Lyons, qu'il y avait lieu de prendre au sérieux le Gouvernement du 4 septembre et ses principaux chefs. »

plus forte raison de Saint-Pétersbourg'. L'Empereur Alexandre n'a pas attendu son arrivée pour témoigner de ses sentiments. L'envoi de l'ordre de Saint-Georges au prince royal de Saxe est une réponse anticipée aux ouvertures que l'envoyé de la Défense nationale fera àla cour de Russie1. Quant à l'Autriche, elle n'a plus qu'un désir : vivre en paix avec l'Allemagne. Ce qui frappe, c'est que rarement il est question dans les manifestations extérieures du cabinet de Berlin, de l'attitude de l'Italie. Est-ce parce qu'on la tient, sinon pour une alliée, du moins pour une complice déguisée , depuis qu'elle a indirectement rompu sa neutralité, en violant, dès nos premières défaites, la convention du 15 septembre2 ?

M. Bancroft, le ministre des États-Unis à Berlin, est en ce moment l'objet d'ovations enthousiastes.

1 . « M. Thiers apprendra partout, disait le Staats-Anzciger, que les Puissances sont peu disposées à intervenir en faveur du Gouvernement établi à Paris. 11 ne tient ses pouvoirs que des rues. Il ne saurait être autorisé à négocier au nom de la France. L'Allemagne assistera aux démarches de la diplomatie républicaine avec l'imperturbable confiance que la paix sera localisée comme l'a été la guerre, c'est-à-dire qu'elle se réglera en tête-àtête, entre nous seuls et la France. »

2. a Grande nouvelle, écrivait joyeusement M. Maurice Buseh, les Italiens sont entrés à Rome ! »

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