‹ Souvenirs diplomatiquesChapitre 162 sur 198 · COUP DE THÉÂTRE DU PRINCE GORT SC H AKO FF · texte numérisé non relu

COUP DE THÉÂTRE DU PRINCE GORT SC H AKO FF

avec le prince Gortschakoff, elle réclamera plutôt ses bons offices en faveur d'un compromis diplomatique, dégageant son amour-propre et la sauvant des complications qu'elle redoute.

XG

18 Novembre 1870.

La presse prussienne affecte un grand désintéressement dans le débat qu'a soulevé en Europe la communication si imprévue que la Russie vient de faire aux puissances signataires du traité de Paris. Elle est d'avis que l'Allemagne n'a pas à s'en préoccuper, le Danube n'étant pas menacé. Mais elle voudrait par contre faire croire, ce qui est malaisé, que les déterminations du cabinet de Pétersbourg ne seraient nullement la conséquence d'une entente secrète et préalable avec le cabinet de Berlin. Les journaux officieux vont jusqu'à prétendre que M. de Bismarck aurait été surpris, comme tout le monde, par le coup de théâtre du prince Gortschakoff, et qu'il se serait

l'intervention de m. de bismakck 317

empressé sinon de protester, du moins de faire des réserves à Pétersbourg. On ne doute pas que la démarche n'ait été faite, mais encore faudrait-il savoir dans quelle pensée et dans quels termes. Le chancelier de la Confédération du Nord a évidemment intérêt à sauver les apparences. Il n'entend pas se compromettre aux yeux de l'Europe et encore moins se brouiller avec l'Angleterre. Peut-être trouve- t-il qu'à Pétersbourg on met trop d'ostentation à afficher les relations, pour ne pas dire les connivences, qui se sont établies entre les deux cours. Les récompenses que l'empereur Alexandre, sans égard pour nos infortunes, ne cesse de prodiguer aux chefs des armées allemandes, tout comme s'il s'agissait de ses propres généraux, flattent sans doute l'amourpropre prussien ; mais ces démonstrations persistantes, après ce qui vient de se passer, ne sont pas sans inconvénient. M. de Bismarck ne saurait être dupe de la pensée qui les inspire, et il ne serait pas étonnant que, après avoir retiré du concours de la Russie tout ce qu'il en attendait, il ne cherchât à se dégager, autant que possible, aux yeux de l'opinion européenne, des liens qu'il a contractés à Ems. Il veut bien plus ou moins

Page 1