LES PRÉOCCUPATIONS DE L'EUROPE
dégagé de tout esprit de parti1. En face de l'anarchie qui règne dans quelques centres du Midi et qui menace de se généraliser, on appréhende la guerre civile.
On regrette que, le 4 septembre, l'opposition du Corps législatif ne se soit pas ralliée à la transaction, un instant proposée par M. Thiers; elle eût tout concilié : elle impliquait la déchéance, en même temps qu'elle réservait au pays la faculté de se prononcer sur la forme définitive du gouvernement. Elle avait surtout l'immense avantage de conserver un pouvoir régulier, réunissant autour de lui dans une pensée commune, celle de la défense, toutes les opinions; elle n'eût pas permis à la Prusse de se retrancher perfidement derrière des questions de principes, pour entraver et retarder la paix au gré de ses convenances. On déplore que les passions, compréhensibles d'ailleurs, après un réveil comme celui de Sedan, l'aient emporté sur la prévoyance. Il en
1. Lettre de M. Gambetta à M. J. Favre. — « Ne distinguez plus entre la République et la France, c'est désormais une seule et même puissance dont l'Europe reconnaît l'indivisibilité, sur laquelle les gouvernements comptent et qu'il est de notre honneur de républicains et d'hommes d'État de ne laisser ni entamer ni amoindrir. »
l'attitude des puissances 335
est résulté pour nous les conséquences les plus désastreuses. A l'intérieur, on s'est divisé; à l'étranger, on s'est refroidi. Les gouvernements qui nous marquaient le plus de bienveillance n'ont plus osé s'entremettre, en face de notre état révolutionnaire, autrement qu'en invoquant des raisons d'humanité. La Prusse a eu, dès lors, libre jeu pour la poursuite de ses desseins; elle s'est servie de l'épouvantail du socialisme pour paralyser les puissances et pour imposer silence aux manifestations pacifiques de l'opinion en Europe. Les diplomates qui ont suivi la Délégation à Tours, M. de Metternich, le chevalier Nigra et M. Oukenef, cherchent sans doute, par l'expression de leurs sympathies personnelles, à pallier le revirement qui s'opère de plus en plus dans les dispositions de leurs cours. Mais ils ne sauraient nous faire prendre le change. La Russie met de l'ostentation à afficher l'intimité de ses relations avec le roi Guillaume, au mépris de sa neutralité et de nos infortunes; l'Italie n'est préoccupée que de Rome, et M. de Beust, qui a entretenu tant d'illusions à Paris, se montre plus sérieux de ses rapports avec le cabinet de Berlin que du sort futur de la France.