LE PLAN DE L'ÉTAT-MAJOR ALLEMAND
Tous considèrent aujourd'hui la ténacité de notre résistance comme inopportune, stérile.
Tels sont les jugements qu'inspire notre situation aux personnes que nos revers ne laissent pas indifférentes. On nous voit sans assistance, réduits à nos propres forces, et l'on se demande si le gouvernement de la Défense nationale croit réellement pouvoir, avec ses ressources militaires, débloquer Paris et refouler l'armée envahissante au delà de notre territoire. Sans rejeter la possibilité de succès partiels, les hommes les plus compétents doutent qu'après tant de désastres, avec une artillerie et une cavalerie insuffisantes, il nous soit permis de compter sur un retour de fortune décisif. Ils craignent que les corps d'armée allemands qui opèrent au nord, à Test, et au centre ne parviennent avant peu à couper la France en deux, et à réduire Paris, sinon par le bombardement, du moins par la faim. La Prusse resterait alors entièrement maîtresse de ses mouvez ~nts; elle pourrait, suivant ses convenants er avec son immense butin sur la li; osges et se borner à la défense des provinces conquises, en s'appuyant sur Metz, Strasbourg et les places de second ordre tom-
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bées en son pouvoir; ou bien il lui serait loisible de continuer l'occupation de Paris et des riches provinces du Centre et du Nord jusqu'à leur entier épuisement. Elle abandonnerait le Midi aux convulsions révolutionnaires et attendrait tranquillement, en fomentant la guerre civile, la constitution d'un gouvernement régulier, prêt à sacrifier l'Alsace et la Lorraine et à lui garantir le payement d'immenses contributions de guerre.
Ces tristes réflexions, je le répèle, s'imposent à tous ceux qui, à l'étranger, jugent notre situation avec le plus de sympathie, et je crois remplir un devoir, en les soumettant à la Délégation de Tours comme l'expression très fidèle et plutôt atténuée de l'opinion prédominante dans les pays neutres, dont je suis les manifestations avec l'attention la plus consciencieuse.
Quant à l'Allemagne, je ne l'ai dit que trop souvent, elle restera jusqu'à la reddition de notre capitale, spectatrice impassible des événements, et nous nous exposerions aux nlus regrettables déceptions, si nous comptions, mêp*n en cas de revers essuyés par ses armûes, odr un mouvement irrésistible du sentiment public en faveur de In paix.