L'OPINION EN ANGLETERRE
23 Septembre 1870.
Une réaction s'opère dans les sentiments de l'Angleterre ; elle nous était hostile au début des événements ; elle nous en voulait d'avoir provoqué la guerre ; nos pourparlers secrets au sujet de la Belgique, perfidement révélés par M. de Bismarck, grâce aux autographes laissés entre ses mains par M. Benedetti, avaient provoqué son indignation ; elle s'était méprise comme tout le monde sur la situation militaire de la France. Déjà elle la voyait victorieuse, prépondérante, s'emparant de Bruxelles et d'Anvers. Ses craintes et ses jalousies n'ont pas survécu à nos désastres. Les sympathies des neutres se reportent volontiers sur le belligérant que la fortune a trahi. Des voix autorisées s'élèvent en notre faveur ; elles reprochent à lord Granville, à lord Lyons, d'avoir manqué d'énergie, d'habileté à l'heure décisive ; s'ils avaient parlé un langage plus ferme, ils eussent impres-
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sionné le gouvernement français ; ils auraient permis à l'empereur, dont les sentiments étaient pacifiques, de réagir contre ses entours, et de tenir tête au Corps législatif4. Un ancien ambassadeur à Constantinople, sir Henri Bulwer, s'est mis à la tête de ce mouvement ; il s'élève contre le manque de dignité de la politique anglaise. Il dit que, sans intervenir, un grand pays comme l'Angleterre a le devoir de faire connaître son opinion sur les exigences du vainqueur, et de ne rien négliger pour assurer le prompt retour de la paix. Le Times répond à cela « que l'Angleterre n'est pas un constable international, qu'elle ne se soucie pas d'être mêlée aux querelles d'autrui et que, la France ayant voulu la guerre, il est juste qu'elle en paye les frais ». Sir Henri Bulwer ne se décourage pas, il maintient qu'un pays comme l'Angleterre ne doit pas craindre de manifester ses sentiments. « Si l'Angleterre, dit-il, en face d'immenses calamités, persistait à se draper dans son égoïsme, à rester
1. « H n'y a aujourd'hui rien à craindre de ces gens-là, comme au mois de juillet il n'y avait rien à en attendre, disait M. de Bismarck en parlant des Anglais. Si, au commencement delà guerre, ils avaient parlé haut à Napoléon, il n'y aurait pas eu de guerre. » Maurice Busch.