HO LA QUESTION DE NICE ET DE LA SAVOIE
la rétrocession de Nice, et le gouvernement helvétique a soupçonné l'Allemagne de ne lui laisser entrevoir le Chablais et le Faucigny qu'avec l'arrièrepensée de lui demander, à titre d'échange, la rive droite du Rhin, depuis Bâle jusqu'à Schaffhouse. M. de Bismarck en a été pour ses suggestions ; mais la presse qu'il inspire ne persiste pas moins à réclamer la revision du traité intervenu entre la France et l'Italie. Le chancelier est convaincu que toute question posée entre deux pays finit toujours par altérer leurs relations et souvent par aboutir à des complications. « La prolongay> tion de la guerre », dit le Sontagspost qui s'inspire au quartier général, « ne fera qu'augmenter » les exigences de la Prusse et l'on peut être » certain que, dans l'intérêt de la sécurité de f> l'Europe, le cabinet de Berlin ne manquera » pas d'exiger de la France, entre autres garan- » ties, la revision du traité de 1859. » Personne n'est dupe de cette manœuvre; il est
8 septembre. «Vous ne maintiendrez pas votre décision, disaitil, elle est trop en opposition avec votre passé politique. Elle blessera l'Italie sans aucun profit pour la France. — Est-ce une condition que vous me posez? — Non. — Eh bien, je vous saurai gré de ne plus revenir sur un sujet qui me peine et qui ne peut nous mener à rien. »
permis d'affirmer que M. de Bismarck ne trouvera de complices ni à Berne ni à Florence. La Suisse ne cache plus ses sympathies, elle les manifeste de la façon la plus vive et la plus touchante; elles sont entièrement acquises à la France, et le gouvernement fédéral n'a pas la moindre envie de spéculer sur nos revers pour nous arracher quelques lambeaux de territoire. Aussi la politique déloyale préconisée par les journaux qui se sont mis aux gages de la Prusse est-elle l'objet d'énergiques protestations, même à Genève, où la crainte d'être annexé par la France nous avait, au début de la guerre, aliéné bien des sympathies .
22 Septembre 1870.
Le cabinet de Berlin paraît avoir définitivement renoncé à l'idée de restaurer la dynastie déchue, en admettant qu'il Fait poursuivie sérieusement, pour faire honneur à l'engagement que le roi aurait pris avec l'empereur, de ne pas sacri-
fier son fiis, le prince impérial, lors de la douloureuse entrevue de Donchéry, sur le champ de bataille de Sedan1. Mais ses journaux n'en persistent pas moins à soutenir que l'Allemagne ne saurait traiter avec un gouvernement de fait,
1. Extrait de la lettre du roi de Prusse à la reine Augusta. « Vendresse, au sud de Sedan, 3 septembre 1870. — Reille sauta de cheval et me remit la lettre de son empereur en ajoutant qu'il n'avait pas d'autre mission. Avant d'ouvrir la lettre, je lui dis: « Mais j'exige comme première condition que l'armée dépose les » armes.» — Lalettrecommen.ee ainsi : «N'ayant pu mourir à la tête » de mes troupes, je remets mon épée entre les mains de Sa Majesté. » Tout le reste était abandonné à ma discrétion. Ma réponse fut, que je regrettais que nous nous rencontrions de cette manière et que je l'invitais à m'envoyer un fondé de pouvoirs pour conclure la capitulation. Après avoir remis ma réponse au général Reille, je lui dis quelques mots comme à une vieille connaissance et c'est ainsi que se termina cet acte. — Je chargeai Molkte des négociations et je priai Bismarck de rester auprès de moi, pour le cas où des questions politiques seraient soulevées. Le lendemain, Molkte m'informa que l'empereur avait quitté Sedan à cinq heures du matin et qu'il se trouvait à Donchéry. Il désirait me parler, et comme il y a dans le voisinage un petit château, je désignai cet endroit pour l'entrevue. Je descendis à la porte du château, où l'empereur vint à ma rencontre. Notre entrevue dura un quart d'heure ; tous deux nous étions très émus de nous rencontrer de cette manière. Je ne saurais te dire ce que j'éprouvais, moi, qui avais vu Napoléon, il y a trois ans, à l'apogée de sa puissance. » — Bien que la lettre ne fasse aucune allusion à la restauration de la dynastie, il est permis cependant de croire que l'empereur, dans cette cruelle entrevue, a dû parler de son fils et que le roi, sous le coup de l'émotion, en se rappelant l'accueil qu'il avait toujours trouvé aux Tuileries, ait pris quelques engagements.
non sanctionné par la nation librement consultée. C'est là, disent-ils, le seul obstacle qui s'oppose aux négociations de la paix et nullement la répugnance qu'inspirerait aux alliés un gouvernement républicain1. Si les états-majors allemands, dans les départements occupés, ne reconnaissent que les autorités nommées par le pouvoir impérial, ce n'est que pour les préserver de l'anarchie et maintenir une administration régulière. Il existe d'ailleurs encore une armée impériale à Metz, et la délégation nationale serait fort embarrassée de dire si le maréchal Bazaine et ses soldats ont reconnu la République proclamée par une fraction de la population parisienne.
Il est évident que la Prusse ne soulève ces objections constitutionnelles que pour gagner du temps et pour se dégager, aux yeux de l'opinion publique, de la responsabilité qu'elle assume par la continuation de la guerre. Tout indique qu'elle ne traitera sérieusement, qu'après la prise des places assiégées et l'occupation de Paris.
1. M. Busch. — «Le Daily Telegraph a prétendu que M. de Bismarck aurait dit à Sir Mallet : «Ce qui nous préoccupe le » plus, le Roi et moi, c'est l'action qu'une république pourrait » exercer sur l'Allemagne. » Le ministre écrit en marge ,de cet article : Absurde! mensonge ! »