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L'ANGLETERRE ET LA RUSSIE

procède à des armements, et les troupes qu'elle mobilise prennent une direction inquiétante, elles se portent de Moscou à Kurtsch ! c'est la route qui mène directement à Constantinople. Il semblerait que le cabinet de Pétersbourg ne veut pas attendre la fin de la guerre pour s'assurer les bénéfices de sa complicité. Les journaux anglais commencent à se préoccuper de ses arrière-pensées. Ils craignent qu'il ne ménage à l'Angleterre de fâcheuses surprises, et ils se demandent si, dans ce cas, on n'aurait pas besoin de la France. Ils invitent le ministère à se mettre en mesure de parer aux éventualités qui menacent de surgir en Orient.

« Pourquoi la Russie arme-t-elie? se demande le Morning-Post, elle n'est menacée par personne. Veut-elle réaliser ses desseins avant que l'Allemagne unie, agrandie, alliée à l'Italie, et d'accord avec l'Autriche, que M. de Bismarck pousse vers l'Orient, puisse lui barrer le chemin de Constantinople ? »

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On avait toujours dit qu'aux jours du succès, le grand-duc de Bade, en récompense de son dévouement opiniâtre à la cause allemande, serait appelé à revendiquer dans le partage une part privilégiée, et que l'Alsace, réunie au grand-duché, formerait un nouveau royaume dans l'empire d'Allemagne. Cette espérance longtemps caressée à Carlsruhe, encouragée peut-être par le roi de Prusse, qui adore la grande-duchesse, sa fille, paraît abandonnée. Gomme toujours le roi Guillaume subordonne ses sentiments personnels à la raison d'État. M. de Bismarck, ne pouvant annexer l'Alsace à la Prusse1, a trouvé une combinaison qui, tout en donnant satisfaction

1. « C'est la question de l'Alsace-Lorraine qui a fait pencher, la balance, a dit M. de Bismarck. On ne pouvait réclamer ces provinces à la France qu'au nom de toute l'Allemagne. Le Nord n'en a pas un besoin immédiat; mais, pour le Sud, c'est une nécessité absolue, il lui faut un boulevard du côté de l'ouest. » — Maurice Busch.

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indirecte à l'ambition prussienne, a le mérite de ne pas soulever les jalousies de la Bavière et du Wurtemberg, de ne pas nécessiter de remaniements territoriaux et d'établir la complicité de la conquête entre le Nord et le Midi, en associant l'Allemagne entière à la conservation et à la défense des provinces conquises. L'Alsace et la Lorraine seront déclarées provinces frontières de l'empire ; elles seront régies à Berlin et placées sous le commandement du futur empereur. Cette solution n'a pas le don de plaire à tout le monde : le particularisme en prend ombrage, il préférerait, plutôt que de livrer les provinces conquises à la discrétion de la Prusse, leur rétrocession à la France par voie de rachat. La rançon serait énorme, chacun y trouverait son compte. On fait ressortir la défense héroïque de Strasbourg pour démontrer que la germanisation de l'Alsace sera impossible et que son entrée dans le futur empire ne fera qu'ajouter aux difficultés de l'organisation nouvelle que réclame l'Allemagne. L'idée d'une rançon colossale (on parle de milliards) trouve de nombreux partisans, déjà les journaux en supputent le chiffre et en discutent l'emploi. M. de Bismarck ne voit pas avec déplaisir se

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manifester publiquement les concupiscences qu'éveillent nos richesses. La perspective de la curée surexcite l'esprit militaire, fait paraître moins lourds les sacrifices qu'exige la guerre à outrance dans laquelle il entraîne l'Allemagne.

25 Septembre 1870.

Les deux circulaires que M. de Bismarck a publiées intentionnellement, avant l'entrevue de Ferrières, ont été généralement approuvées par l'opinion publique allemande *. Elles inspirent cependant des réserves ; on trouve que le chancelier a manqué d'équité en représentant la

1. Les deux circulaires démontraient que la magnanimité de l'Allemagne n'atténuerait en rien les sentiments de haine et l'esprit de'domination de la France. Elles ajoutaient que les conditions de la paix étaient indépendantes de la forme de notre gouvernement et que l'Allemagne ne demandait qu'une chose, c'était de sejprotéger contre les agressions auxquelles tous les gouvernements français s'étaient livrés à son égard. « Strasbourg, disait M. de Bismarck, est une place forte de sortie, toujours ouverte sur l'Allemagne du Sud, tandis qu'entre les mains de l'Allemagne, Strasbourg et Metz n'auront qu'un caractère purement défensif. »

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France comme une puissance éminemment agressive ; on rappelle que c'est l'agression dont elle a été l'objet en 1792 qui a été le point de départ des guerres de l'Empire; on rappelle aussi que, lors de l'affaire du Luxembourg, ses protestations en faveur de la paix ont été plus accentuées, plus sincères que celles de l'Allemagne. La Gazette de Cologne, qui parfois se pique d'impartialité, remarque, à ce sujet, que le gouvernement prussien, malgré sa passion pour la paix, s'est trouvé, par une étrange fatalité, engagé dans trois guerres en moins de six ans. Le bon droit assurément était de son côté ; mais qui sait si, avec une humeur plus accommodante, on n'eût pas réussi à les éviter. Il est certain que, depuis trente ans, sous le prétexte de défendre la paix, la Prusse n'a pas cessé de soulever des questions, d'attiser les passions internationales, et de revendiquer des territoires.

Si la presse libérale, naguère si violente, si belliqueuse, en arrive à protester contre la guerre à outrance que poursuit le parti militaire, c'est qu'elle commence à craindre qu'il ne veuille, fort de ses victoires, imposer silence aux aspirations constitutionnelles et libérales de l'AUemague.

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25 Septembre 1870.

L'arrestation arbitraire de M. Jacobi et de plusieurs notabilités progressistes * a produit en Allemagne une fâcheuse impression. Leur crime est d'avoir protesté, au nom des idées modernes, contre les annexions violentes. Cette mesure est jugée d'autant plus sévèrement, qu'une réaction paraît s'être opérée contre les idées annexionistes non seulement dans les rangs du parti démocratique, mais aussi dans le monde commercial et industriel. M. de Bismarck, bien entendu, ne tient aucun compte de ces protestations. S'il a fait arrêter le docteur Jacobi, c'est pour couper court à des manifestations que pourraient invoquer des puissances neutres et dont le retentissement en France ne manquerait pas de provoquer des illusions et d'encourager les masses à la résistance.

1. « Jacobi a été arrêté, dit la Gazette de Weser, pour avoir émis une opinion que personne ne savait être en opposition avec les intentions du gouvernement, alors que, dans tous les camps, même dans celui des conservateurs, s'élevaient des protestations contre l'annexion violente d'éléments dangereux. »

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