‹ Souvenirs diplomatiquesChapitre 37 sur 198 · LES AUTORITÉS PRUSSIENNES EN ALSACE · texte numérisé non relu

LES AUTORITÉS PRUSSIENNES EN ALSACE

ne poursuit qu'une meilleure délimitation stratégique pour se mettre à l'abri d'audacieuses incursions . La sécurité future est le prix ou plutôt la récompense des efforts du peuple allemand, et cette sécurité exige l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine. La France ne considérera toute paix que comme un armistice et se vengera de sa défaite dès qu'elle se sentira assez forte. « Strasbourg et Metz sont les clefs de la maison, a dit M. de Bismarck : l'Allemagne les prendra et ne s'en dessaisira plus *. »

Il serait difficile d'être plus net, plus catégorique. Si, après cela, il nous restait des illusions sur les exigences de l'Allemagne, il suffirait, pour les perdre, de parcourir le manifeste que les autorités prussiennes ont fait paraître dans la Gazette de Haguenau. On prépare l'Alsace au triste sort qui l'attend ; on lui annonce que son annexion

fourches caudines. Je constate les faits en les signalant à l'Europe. ... Ma mission a rais fin à l'équivoque dans laquelle la Prusse se renfermait. Elle avait déclaré qu'elle attaquait Napoléon III et ses soldats, et qu'elle respectait la nation française. Nous savons aujourd'hui ce qu'elle veut. »

I. Maurice Busch. « Je fais ce matin, sur les ordres du chef, un article sur la folie des journaux allemands qui dissuadent d'annexer Metz et ses environs, et cela parce qu'on y parle français.

à l'Allemagne est une condition sine qua non de la paix. On se plaît à compter sur sa résignation. On n'admet pas qu'elle puisse devenir pour l'Allemagne une seconde Vénétie, on invoque la communauté d'origine, de mœurs et de langue. Les autorités prussiennes sont convaincues que l'Alsace ne tardera pas à serrer les mains que l'Allemagne lui tend fraternellement, surtout lorsqu'elle verra la République prendre en France un caractère de plus en plus révolutionnaire. Comment ne serait-elle pas saisie de terreur en voyant le parti communiste s'emparer du pouvoir à Lyon, à Toulouse, affirmer audacieusement ses criminelles utopies, alors que les efforts de tous devraient se consacrer patriotiquement à la défense du sol. « Heureux les peuples, ajoute sentencieusement la Gazette de Haguenau, qui échappent à un pareil avenir et qui n'appartiennent pas à un pays, où des hommes comme Gambetta et Rochefort sont déjà débordés et taxés de modérantisme.»

— La révolution est pour M. de Rismarck une arme précieuse ; elle lui permet de nous refuser la paix, de nous traiter en brebis galeuse, de nous mettre au ban de l'Europe ; elle lui sert d'argument pour nous enlever les sympathies qui

Page 1