‹ Souvenirs diplomatiquesChapitre 39 sur 198 · LA CONTRIBUTION DE GUERRE · texte numérisé non relu

LA CONTRIBUTION DE GUERRE

laisse ainsi libre cours aux convoitises ardentes que nos richesses ont de tout temps inspirées aux Allemands.

La Gazette de Cologne, dans un article intitulé : Les Conditions de la paix et les finances de la Finance, reconnaît qu'on se montre, en général, par trop âpre à la curée et que les imaginations s'exaltent outre mesure sur la question d'argent. Elle s'appuie sur l'ouvrage du professeur Holzendorff sur les finances françaises, pour démontrer que notre situation est loin d'être aussi prospère qu'on se le figure ; que les emprunts que nous serons forcés de contracter, tant pour notre propre liquidation que pour le payement de la contribution de guerre allemande, dont elle estime le chiffre à deux milliards, porteront une atteinte irréparable à notre prospérité. « Où trouvera-t-on , dit-elle , les ressources pour servir les intérêts d'une dette aussi énorme? on ne pourra plus recourir, dorénavant, au désastreux système des emprunts pour assurer le service de la rente ; il faudra forcément en venir à l'impôt sur le revenu, aux plus larges réductions sur le budget de la guerre et de la marine, à moins d'aboutir à la banqueroute. Il importe donc, en

L'ALLEMAGNE ET NOS RICHESSES loi

face d'une situation financière si périlleuse pour l'avenir, que l'Allemagne règle ses exigences de manière à pouvoir toucher, dans le plus court délai, le montant de toutes ses indemnités, et cela pour éviter, plus tard, des discussions regrettables avec un gouvernement aux abois. La France sera réduite, si elle ne veut pas négocier ses emprunts à un taux par trop onéreux, à donner des gages aux souscripteurs. De quelle nature seront-ils ? Ce sera à l'Assemblée constituante d'en décider. L'Allemagne n'a pas à s'en préoccuper; l'essentiel, pour elle, c'est qu'elle soit payée à courte échéance, et qu'on ne lui donne pas de rentes à titre de payement, mais bien de l'argent en espèces et au besoin des équivalents, par exemple la cession du chemin de fer de l'Est, dont les actionnaires n'auront qu'à se faire dédommager par le gouvernement français. Ce serait une faute, ajoute, la Gazette de Cologne, que d'accepter, à titre de part contributive, la cession de quelques colonies ou de quelques vaisseaux cuirassés1. »

1. a Je ne veux pas de colonies, dit M. de Bismarck; elles ne sont bonnes qu'à créer des sinécures. Les colonies seraient pour l'Allemagne ce que la fourrure d'hermine est pour les nobles polonais, qui manquent de chemise. » M. Busch.

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La guerre est pour l'Allemagne un moyen de s'enrichir, au même titre que le commerce et l'industrie. Elle ne se paye pas de mots, elle procède scientifiquement, commercialement; nos richesses sont pour elle l'objet d'études approfondies. Elle consulte, pour nous dépouiller plus sûrement, nos budgets, les ouvrages de nos économistes, et jusqu'aux rapports de nos conseils départementaux. Elle pourra ainsi, le jour où se débattront les conditions de la paix, en remontrer aux négociateurs français. Elle leur prouvera qu'on ne saurait lui donner le change sur l'immensité de nos ressources .

D'après des renseignements assez certains, arrivés en Suisse, trente mille hommes seraient en marche sur Mulhouse, pour de là être dirigés

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