LE RETARD DU BOMBARDEMENT
çait à craindre sérieusement en face de l'inactivité apparente de l'armée assiégeante, que les états-majors n'eussent tenté une entreprise dépassant leurs calculs *. On s'était flatté qu'il suffirait d'un investissement de peu de semaines pour provoquer une insurrection dans Paris, et que la capitulation s'en suivrait fatalement ; or la prise de Paris; qui implique pour l'Allemagne la conclusion immédiate et certaine de la paix, sans être mise en doute, apparaît aujourd'hui, la Correspondance provinciale elle-même est forcée de le reconnaître, comme une œuvre de longue haleine; c'est donc la prolongation, pendant bien des mois encore, de la stagnation complète des affaires, et de la misère qu'elle entraîne à sa suite .
1. Maurice Busch. — «Le retard que subit le bombardement, dit M. de Bismarck, nous fait du tort dans l'esprit des neutres. Il amoindrit considérablement l'impression qu'a laissée Sedan. Les Parisiens s'imaginent que les grandes puissances nous ont fait défense de tirer et les neutres croient que, si nous ne tirons pas, c'est par impuissance. Nous aurions bien pu laisser Paris de côté et passer outre. L'état-major disait àFerrières qu'il suffirait de quelques heures pour battre en brèche deux ou trois forts. Il s'est trompé. Voici des mois que dure la guerre, et le danger d'une intervention des neutres croît de jour en jour; elle ne se produit encore qu'amicalement, mais cela pourrait mal finir, Si j'avais prévu cela au début, j'aurais eu de grandes inquiétudes.»
Si la Prusse n'était pas maintenue sous le régime des confiscations, le sentiment public se manifesterait énergiquement contre le gouvernement ; on le soupçonne déjà de ne poursuivre cette lutte à outrance que pour mieux étouffer toutes les aspirations libérales. Ce n'est pas, on le sent, une paix sérieuse et durable qu'il souhaite, bien qu'il le proclame. Ce qu'il veut en réalité, c'est le maintien du système militaire et féodal, qui, bientôt, après l'entrée des États du Midi dans la Confédération du Nord, s'étendra sur l'Allemagne entière.
Ce sont là les arrière-pensées, on ne saurait trop le répéter, qui portent M. de Bismarck à formuler des conditions qu'il sait être inacceptables, et à les maintenir malgré les conseils des puissances neutres.
20 Octobre 1870.
M. de Bismarck procède en ce moment à une nouvelle évolution. Il redevient conciliant, en