‹ Souvenirs dramatiques (volume 2)Chapitre 20 sur 51 · LÉGENDE MYTHOLOGIQUE D OEDIPE · texte numérisé non relu

LÉGENDE MYTHOLOGIQUE D OEDIPE

OEdipe est fils de Laïus, roi de Thèbes, et de Jocaste

L'oracle a prédit aux deux époux que leur fils serai l'assassin de son père et l'époux de sa mère ; aussi quelques heures après sa naissance, Laïus le confie-t-i à un pâtre avec ordre de le tuer.

Le pâtre a pitié de l'enfant, — à peine entré dans 1 vie, et qu'on veut violemment en faire sortir, — il ; | contente de lui percer les pieds et de le suspendre à u arbre; — delà son nom d'OEdipe, qui vient du verll,, oiSsiv, s'enfler, et du substantif sn&s, pieds.

Œdipe veut donc dire pieds en/lés.

Un berger de Polybe, roi de Gorinthe , entend d cris, cherche d'où ces cris peuvent venir, trouve i'e fant suspendu à une branche, le détache , Tempo: au palais et le présente au roi et à la reine de Gorintl qui, n'ayant point d'héritier, adoptent l'enfant expi et lui donnent le nom d'OEdipe.

Nous avons vu quelle était la signification de ce ne

Devenu grand, au milieu d'une orgie de jeu gens, OEdipe se querelle avec un de ses compagn qui lui reproche d'être un enfant trouvé. Cette idé préoccupe, le tourmente, le poursuit. Le jeune ho part pour Delphes et consulte l'oracle.

,111 Ru'oi

L'oracle lui prédit qu'il tuera son père et qu'il épou- 3ra sa mère.

La prédiction faite à OEdipe coïncide avec celle qu' été faite à Laïus et à Jocaste.

OEdipe, effrayé, décide qu'il s'éloignera de Polybe, uitte Corinthe et part pour la Phocide. — Sur la route e Daulis à Delphes, à l'embranchement de celle de 'hèbes, un char lui barre le passage, et une voix lui rie de faire place. OEdipe est fils de roi, il ne cède oint facilement le haut du pavé, il continue son cheîin. Le conducteur du char pousse sur lui; OEdipe aisit les chevaux au mors ; une lutte s'engage, et, avec on simple bâton de voyage, OEdipe tue l'homme au har et quatre de ses serviteurs; le cinquième, laissé our mort, revient plus tard à lui et apporte à Thèbes i nouvelle de la mort du roi.

Créon prend la régence et gouverne la Béotie. Mais, un jour, une nouvelle étrange se répand : un aonstre terrible ayant la tête et la poitrine d'une emme, les ailes d'un aigle, les griffes d'un lion, s'étailit sur la route de Thèbes dans un endroit du mont ^ncion, — à un endroit où le rocher taillé à pic et urplombant la mer laisse à peine le passage à un lomme à pied. Là, il barre le passage et présente aux oyageurs une énigme. Tout voyageur qui ne la déviera pas sera précipité du roc dans les flots; mais, s'il k devine, c'est le sphinx qui s'abîmera à son tour. Déjà beaucoup sont morts ; la route est devenue déerte, nul n'ose plus se hasarder à ce jeu terrible où, jrsqu'on perd, on perd la vie, quand un jeune homme 'avance résolument, vient droit au sphinx, appuie son

pied sur une pierre, son coude sur son genou, son menton dans la paume de sa main, et attend.

— Quel est, lui demande le sphinx, l'animal qui a quatre pieds le matin, deux à midi ol trois le soir ?

OEdipe réfléchit un instruit, puis :

— C'est l'homme, dit-il, qui, dans son enfance, se traîne sur les pieds et sur les mains ; qui, dans la force de l'âge, se tient sur les deux jambes ; qui, dans la vieillesse, s'appuie sur un bâton.

Il n'avait pas achevé, qu°, fidèle à sa parole, le sphinx s'était précipité et que la route était redevenue libre.

Œdipe continue son chemin, le bruit de sa victoire l'y a précédé. — Il trouve aux portes Gréon, qui, pour accomplir le vœu qu'il a fait au moment où le sphinx désolait Thèbes, lui amène sa sœur Jocaste, et lui olfre le sceptre de Laïus.

OEdipe n'a qu'à épouser la reine, il sera roi.

Jocaste a le double de son âge; mais Polybe, le roi de Corinthe, dont il est l'héritier, a encore de longues années à vivre. L'ambition tente le jeune homme ; il accepte la main de la reine et devient roi.

Mais, au bout de quelques années, la peste se décla: dans Thèbes, et une mortalité bien autrement terrible que celle causée par la présence du sphinx se répand dans toute la Béotie.

C'est ici que commence ïa tragédie dans Sophocle comme dans Voltaire.

Au moment où le drame s'ouvre, Œdipe se mcsente au peuple assemblé, et vient demander au gnual prêtre, 1. ce qu'il doit faire, comme roi, pour obtenir des dieux | que le fléau cesse.

Le grand prêtre lui répond :

— C'est toi qui nous as sauvés de nos premiers malieurs : tu es juste et sage : c'est à toi de veiller sur îous et de nous délivrer de la contagion.

Œdipe annonce qu'il a fait tout ce qui est en son jouvoir, en envoyant Gréon, fils de Ménécée, s'inforner en son nom, à l'oracle de Delphes, par quels vœux iu par quels sacrifices il pouvait sauver la ville.

Au moment où il annonce au peuple cette sollicitude [u'il a eue pour lui, on voit Créon qui s'avance, sans loute porteur d'une bonne nouvelle, car son front est ouronné de laurier.

L'exposition est large; c'est un peuple s'adressant à on dieu , c'est un roi s'adressant à son peuple. La dus grande question humaine y est débattue : celle de a vie ou de la mort.

Créon entre ; il arrive de Delphes. L'oracle a été on e peut plus favorable ; sa couronne de laurier ne menait pas en annonçant l'espérance. Apollon déclare que i peste disparaîtra lorsqu'on aura chassé , non-seuleaent de Thèbes, mais de la Béotie, l'assassin de Laïus.

— Mais, demande Œdipe, comment découvrir la trace erdue d'un crime déjà ancien?

— Les assassins sont en ce pays, répond Créon.

œdipe. — Est-ce dans la ville, est-ce dans la campagne, ne le crime a été commis ?

créon. — Laïus était parti pour consulter l'oracle, et, deuis, on ne l'a pas revu.

i œdipe. — Mais n'y eut-il pas quelque témoin? La'ius n'akit-il pas quelque compagnon qui puisse nous instruire?

créox. — Ils ont péri. Un seul s'est échappé en fuyant

ais il n'a pu dire qu'une chose de ce qu'il a vu.

oedipe. — Laquelle?

créon- — Il a dit qu'une troupe de brigands avait fondu sur lui et l'avait accablé par le nombre.

oedipe. — Des brigands eussent-ils eu cette audace, si leur chef n'avait été suborné par quelqu'un de ce pays?

créon. — Oui, c'est vrai, et tels furent alors les soupçons mais, au milieu de nos maux, Laïus n'eut pas de vengeur.

oedipe. — Quels maux vous empêchèrent donc de chercher les auteurs du crime?

créon. — Le sphynx et sa funeste énigme.

— Eh bien, dit Œdipe, je rechercherai ce secret dès son origine.

Alors, le chœur s'avance et propose un avis : c'est d'envoyer chercher le devin Tirésias, qui partage avec Phœbus la science de l'avenir.

Mais Œdipe y a déjà songé. A peine a-t-il reçu l'avis de Créon, qu'il a envoyé à Tirésias deux mes-l sagers, afin que, si l'un était arrêté en route, l'autre arrivât.

Ces deux messagers sont arrivés sains et saui's près du devin, et le ramènent.

Le peuple, et Œdipe lui-même , reçoivent le devir avec respect.

Ce respect est commandé non-seulement par 1<* science de Tirésias , mais encore par le mystère qu l'entoure. Tirésias est aveugle, et plusieurs bruits plu étranges les uns que les autres sont répandus en Béoti sur son aveuglement.

Les uns disent que, très-jeune encore, il eût le mal heur de voir Minerve au bain, et que, pour le punir d cette imprudence involontaire , Minerve l'a aveugh mais qu'ensuite, pour consoler Ghariclo, sa mère,

déesse a accordé à Tirésias la faculté de lire dans l'avenir.

D'autres disent, au contraire, que, dès sa jeunesse, Tirésias avait reçu du destin la science divinatoire, mais que les dieux le firent aveugle pour le punir de son trop de clairvoyance.

Ceux-ci prétendent qu'un jour Tirésias, ayant séparé de son bâton deux serpents en amour, il avait été changé en femme ; mais que, quelques années après, ayant retouvé ces mêmes animaux sur la même route, il en était revenu à son sexe primitif.

Or, un jour, une dispute s'était élevée entre Jupiter et Junon pour savoir lequel, de l'homme ou de la femme, éprouvait en amour les plus voluptueuses sensations.

Le roi et la reine des dieux, instruits de la métamorphose momentanée de Tirésias, le firent appeler comme arbitre.

Junon prétendait que l'homme, sous ce rapport, était le mieux favorisé de la nature; Jupiter prétendait que c'était la femme.

Tirésias donna tort à Junon. Celle-ci, furieuse, le frappa de cécité en lui jetant au visage quelques gouttes d'eau.

Jupiter lui accorda, pour le dédommager, de vivre sept âges d'homme.

En tout cas, et quelle que fût la cause de la cécité de Tirésias, le devin n'en jouissait pas moins chez les Grecs de cette vénération qu'avait chez eux tout homme

I tombé sous la main des dieux.

Œdipe, en le voyant venir, s'avance au-devant de

lui, et alors commence entre le devin et le roi une des plus belles scènes de la tragédie, grande, simple et terrible à la fois comme toute scène qui se passe entre le fort et le faible, et dans laquelle le faible brave le fort.

— Tirésias, dit OEdipe, toi qui connais les sciences humaines et les secrets divins ; toi qui, bien que privé de la vue, sais quel fléau désole cette cité, Tirésias, tu peux être notre sauveur à tous. Apollon, si mes envoyés ne te l'ont pas appris, a répondu à notre demande que le seul remède à cette contagion funeste serait de découvrir les meurtriers de Laïus et de les faire périr ou de les bannir de la Béotie. Ne nous refuse donc pas ton secours, ô divin aveugle! consulte le vol des oiseaux, appelle à ton aide tous les secours de ton art! sauve Thèbes et toi-même; sauve-moi et purifie-nous des souillures du meurtre! En toi seul est notre espoir, savant devin. Crois-moi, le plus bel usage que l'on puisse faire de la science ou du pouvoir, est d'appliquer l'un ou l'autre de ces présents des dieux au salut de ses semblables.

Tirésias répond :

— Hélas! hélas! que la science est un funeste présent, quand la science nuit sans cesse à celui qui la possède ! Je le savais par expérience, et cependant je l'ai oublié. Oh ! je n'aurais pas dû venir l.

— Qu'y a-t-il, et dans quel abattement est-ce que je te vois !

— Laisse-moi partir; tu serviras mieux ton intérêt et le mien, si tu veux m'en croire.

1. A cette époque de l'art, où la tragédie est dans toute sa simplicité, rarement plus de deux personnages parlent et se répondent à la fois. Il est donc inutile d'indiquer les noms, qui nous prendraient, dans des études qui ont besoin de développements, une place précieuse.

OEDIPE il

— Tu as tort de parler ainsi, vieillard, et c est ne pas aimer ton pays que de lui refuser le secours de tes oracles.

— Oh! c'est que ta demande est imprudente, et que je crains d'être imprudent en y répondant.

— Au nom des dieux, ne nous cache pas ce que tu sais, devin; vois, nous te supplions, nous sommes à tes pieds.

— C'est que vous êtes tous insensés. Non, je ne romprai jamais le silence; non, je ne révélerai jamais tant de crimes.

— Que dis-tu? Tu sais tout, et tu refuses de parler! Tu veux nous trahir, tu veux perdre cette ville !

— Je ne veux, ô roi, ni mon malheur, ni le tien. Pourquoi me presses-tu inutilement de tes questions? Tu ne sauras rien de moi.

— O le plus pervers des hommes! car enfin ta résistance irriterait un rocher. Tu ne veux point parler, tu restes inflexible, tu demeures inexorable.

— Tu me reproches de t'irriter ; mais tu ne vois donc pas, ô roi, que c'est toi qui irrites les autres! Tu me reproches de

'outrager ; mais tu ne vois donc pas que c'est moi que tu outrages!

— Et qui ne s'irriterait de tes paroles et de ton mépris pour cette malheureuse ville? .

- Oh! ne craignez rien, le secret fatal se révélera de luimême et malgré mon silence.

— Pourquoi ne pas me le dire, puisqu'il doit se révéler?

— Laisse-moi. Tu peux te livrer envers moi à tout l'emportement de ta colère, fais-le.

— ■ Eh bien, oui, puisque tu le veux, et je ne te déguiserai plus mes soupçons. Pour moi, à partir de ce moment, tu parais le complice, je dirai même l'auteur du crime, et, si tu (l'étais privé de la lumière, je t'accuserais à l'instant même ie l'avoir commis, ô misérable devin !

— Vraiment! Et moi, grand roi, je t'ordonne de te confor aer à l'arrêt que tu as prononcé, et, à partir de ce jour, d< ie parler ni à moi, ni à aucun Thébain, car tu es l'impie qu. souilles cette terre.

— Tu oses m' accuser avec cette impudence! Crois-tu donc ainsi détourner les soupçons?

— Je ne les crains pas, j'ai pour moi la vérité.

— Qui te l'a apprise? Assurément, ce n'est point ton art.

— Toi-même; car c'est toi qui m'as contraint d'interroger le dieu.

— Tu as dit la vérité! Voyons, répète-la, je veux la bien savoir.

— N'as-tu pas entendu? ou veux-tu m'éprouver?

— Je veux être plus certain; répète.

— Eh bien, je te dis que tu es le meurtrier que tu cherches.

— Vieillard, tu ne m'outrageras pas deux fois impunément

— Faut-il en dire davantage pour redoubler ta colère?

— Dis tout ce qu'il te plaira, tes propos seront vains.

— Je te le déclare, tu ne connais pas ton malheur, puisque tu ignores encore les horribles nœuds que tu as formés.

— Oh! penses-tu que tant d'injures resteront impunies?

— Oui, si la vérité a conservé quelque puissance.

— Elle en a, mais non dans ta bouche, imposteur. Comment l'invoquerais-tu, toi dont les yeux, les oreilles et l'esprit sont à jamais fermées?

— Malheureux! tu me reproches ce que bientôt chaque Thébain te reprochera à toi-même.

— Toi qui vis dans les ténèbres, tu ne saurais nuire ni è moi, ni à aucun de ceux qui sont dans la lumière.

— Ton destin, ô roi, n'est point de tomber sous mes coups Apollon suffit, c'est lui que la vengeance regarde.

— Voyons, parle franchement, vieillard, l'accusation vient elle de toi ou de Créon?

— N'accuse pas Créon de tes maux : toi seul en es l'a;: teur.

Œdipe s'emporte.

— Puisque tu es si bon devin, pourquoi m'as-tu laissé a 1^ fronter le sphinx? Toi qui lis dans les secrets des dieux, tl

tj pouvais bien lire dans le mystère d'une énigme. Eh bien , ni I la protection de Phœbus, ni le vol des oiseaux, ne t'ont rien I appris à cette époque où il était si important de savoir, et [c'est moi qui ai confondu ie monstre par les seuls efforts de I ma raison. Aujourd'hui, tu travailles à me renverser, tu es- I pères régner à l'ombre de ton patron Créon ; mais tes intrigues te coûteront cher, ainsi qu'à leur auteur, et, si tu n'étais pas un vieillard, tu serais déjà puni.

Mais Tirésias, au contraire , reste calme.

— Tu es roi, Œdipe; mais il y a entre nous cette égalité, que je puis te parler sans crainte. Sujet d'Apollon, je ne suis pas le tien, et tu t'es trompé en disant que j'étais inscrit au nombre des clients de Créon. Tu me reproches d'être aveugle; mais, toi, malheureux, toi qui jouis de la lumière, à quoi te sert-elle, puisque tu ne vois pas le précipice dans lequel tu es tombé, puisque tu ne sais pas où tu habites, ni avec qui tu demeures? Sais-tu qui t'a donné le jour? sais-tu qui tu as épousé? Déesse aux pieds terribles, la malédiction de ton père et de ta mère te repoussera hors de la Béotie; alors, tes yeux aussi auront cessé de voir. Quel asile ne retentira pas de tes cris que répéteront les antres du Gythéron, ô malheureux roi, quand tu connaîtras l'hymen fatal où est venu échouer ton bonheur. Oh ! tu ne sais pas l'orage de maux qui fondra sur toi, et qui, en t'apprenant enfin qui tu es, te rendra égal à toi-même et égal à tes enfants. Insultemoi donc, insulte donc Créon, insulte donc les dieux. Nul mortel, ô Œdipe, ne mènera une vie plus misérable que toi.

— Oh! en est-ce assez, et peut-on supporter plus d'outrages d'une bouche plus vile? Malédiction sur toi! Ne partiras-tu pas? ne t'éloigneras-tu pas enfin de ces lieux?

— Je n'y serais pas venu si tu ne m'avais point appelé.

— Lorsque j'eus cette imprudence, j'ignorais que tu tiendrais de pareils discours ; autrement, crois-moi, j'eusse été moins pressé de te faire venir.

— Je suis insensé, n'est-ce pas? Soit; mais ton père et ta mère me jugeaient plus raisonnable.

— Mon père et ma mère, tu les a donc connus? (Le devin veut sortir.) Arrête! Qui m'a donné la vie?

— Ecoute. Ce jour te donnera tout à la fois la naissance et la mort.

— En vérité, tes paroles ne sont que de ténébreuses énigme»

— N'es-tu pas habile à les expliquer, toi qui as deviné celle du sphinx?

— Il ne te manquait plus que de me reprocher ce qui fait ma gloire.

— C'est cette gloire qui t'a perdu.

— J'ai sauvé Thèbes, peu m'importe.

— Je me retire. (A son guide.) Enfant, conduis-moi.

— Pars donc! il y a longtemps que ta présence me lasse; absent, tu ne me fatigueras plus.

— Je pars; mais je ne serai pas venu en vain : je parlerai i sans crainte, car il n'est pas en ton pouvoir de me perdre. Cet homme que tu cherches, ce meurtrier que tu as maudit, il est dans Thèbes; on le croit étranger, on apprendra qu'il est Thébain, et lui sera loin de se réjouir de cette décou- | verte : il perdra la vue, il perdra ses richesses; aveugle, pauvre, exilé, un bâton à la main, il sera errant sur la terre I étrangère; alors, il sera reconnu pour le père et le frère de r ses enfants, pour le fils et l'époux de sa mère, et pour le meurtrier de son père, dont son inceste aura souillé la couche. Maintenant, rentre dans ton palais, et réfléchis à ce que je te dis; et, si mes paroles sont fausses, dis alors, mais alors seulement, que je suis un faux devin.

Relisez tout YOEdipe de Voltaire, et, si vous y trou vez une seule scène faite avec cette simplicité antique, cette gradation terrible, dites de votre côté que je suis un mauvais juge.

A la sortie du devin , le chœur remplit le vide par des strophes dans lesquelles il doute de la science

devineresse de Tirésias. Il est interrompu par l'arrivée de Créon.

Créon sait l'accusation qu'Œdipe a portée contre lui; il revient en appeler au peuple. Lé chœur essaye de calmer l'irritation de l'ancien régent.

Œdipe arrive.

Au milieu de la querelle que soulève entre les deux princes l'accusation d'Œdipe, Jocaste paraît; c'est sa première entrée. Avec une simplicité toute primitive , Sophocle ne pousse ses personnages en scène qu'au fur $t à mesure du besoin qu'il a d'eux.

— Malheureux! dit Jocaste, pourquoi vous livrer à ces [uerelles insensées? Ne rougissez-vous pas d'entretenir vos îaines privées au milieu des malheurs qui affligent la patrie? 3Edipe, mon époux! Créon, mon frère! n'excitez pas des disordes funestes.

créon. — Ma sœur, OEdipe, ton époux, me menace des lus cruels traitements, et me réserve, dit-il, ou l'exil ou la nort.

oedipe. — Je l'ai surpris tramant d'odieux complots contre loi.

bt.éon. — Que je meure et que tes malédictions s'accomlissent, si j'ai rien fait de ce qu'on m'impute!

jocaste. — OEdipe, crois à ses serments; crois aux dieux u'il invoque, et moi-même, et ces Théhains qui l'entourent.

le choeur. — Laisse-toi persuader, OEdipe, je t'en supplie!

œdipe. — Que demandes-tu de moi?

le choeur. — Ne déshonore point, par d'injustes soupçons, Il ami qui s'est lié à toi par la foi du serment.

oedipe. — Eh hien, qu'il parte! Dussé-je payer son départ e ma mort ou de mon exil, je cède à vos larmes et non à 3s prières; car, pour lui, en quelque lieu qu'il soit, il me îra toujours odieux.

créon. — Tout en cédant, tu te montres implacable; mai3

tu t'en voudras à toi-même quand ta colère sera calmée.

oedipe. — Ne partiras-tu pas, enfin!

créon. — Je pars méconnu de toi; mais le peuple me rend plus de justice.

Créon sort. Le chœur invite Jocaste à faire rentrer Œdipe au palais; mais Jocaste veut savoir d'Œdipe d'où vient sa colère contre Créon.

— Au nom des dieux! dit-elle, apprends-moi ce qui a excité à ce point ta colère?

— Jocaste, répond Œdipe, je te révère plus que personne; je te dirai quel complot Créon a tramé contre moi.

— Parle, et explique-moi clairement le sujet de la querelle.

— Il m'accuse d'être le meurtrier de Laïus.

— T'accuse-t-il lui-même ou sur le rapport d' autrui?

— Il a suborné un misérable devin; car, pour lui-même, i se tait absolument sur ce point.

— Laisse là tous ces soins, Œdipe, et sache que les chose: | humaines n'ont rien à faire avec l'art des devins. Je veu: t'en donner une preuve bien simple. Un oracle dicté, je m dis point par Apollon lui-même, mais par ses ministres, pré dit autrefois à Laïus que son destin était de périr par la ma» du fils qu'il aurait de moi; et cependant, on assure que de brigands étrangers l'ont tué dans un chemin qui se partag en trois sentiers. — Ce malheureux enfant avait à peine troi J jours, quand ses pieds ont été percés, et qu'il a été expos j par une main étrangère sur une montagne déserte. Apollo: { n'a pas réalisé cette prédiction, qu'il deviendrait le meurtrie i de son père, et que Laïus, à qui l'oracle avait causé une ;| grande terreur, périrait de la main de son fils; et cependanlj Delphes avait parlé. Ne t'inquiète donc point de toutes ce j prophéties : ce que le dieu juge nécessaire, il saura bien 1 1 révéler.

C'est alors seulement qu'Œdipe, qui a dévoré les pe I rôles qui lui sont adressées au fur et à mesure qu'elle I

sortent de la bouche de Jocaste , — commence à voir clair à la fois dans l'oracle et dans sa vie.

- Que viens-je d'entendre, ô femme! s'écrie-t-il, et quels doutes tes paroles jettent dans mon âme!

— Quelle inquiétude te prend et te fait parler ainsi?

— N'as-tu pas dit que Laïus fut tué dans un chemin qui se partage en trois sentiers?

— On l'a dit ainsi, c'est vrai, et jamais ce bruit n'a été démenti.

— Et dans quel pays se passa ce funeste événement!

— En Phocide, à l'endroit où se rejoignent les routes de Delphes et de Daulis.

— Combien de temps s'est écoulé depuis ?

— Ces événements nous furent connus peu de temps avant l'époque où tu devins roi de ce pays.

— O Jupiter! que décides-tu de moi?

— Œdipe, que se passe-t-il dans ton âme?

— Attends encore pour m'interroger. Mais Laïus, dis-moi, quelle était la taille, quel était l'âge de Laïus?

— Sa taille était haute, ses cheveux commençaient à blanchir, et ses traits, chose étrange! ressemblaient aux tiens.

— Malheureux! sans le savoir, c'est contre moi-même que j'ai lancé ces terribles imprécations.

— Que dis-tu? Je n'ose plus te regarder.

— Oh! le devin aurait-il dit vrai? — Encore un mot, Jocaste, et je n'aurai plus de doute.

— Je tremble; mais n'importe, parle, je répondrai.

— N'avait-il avec lui qu'une petite escorte? ou était-il entouré de gardes nombreux, comme il convient à un roi?

— Cinq hommes faisaient toute l'escorte, et au nombre de ces cinq hommes était le héraut. Un seul char menait Laïus.

— Hélas! hélas! tout est clair maintenant. — Quel est l'homme qui donna tous ces détails ?

— Un de ses serviteurs échappé seul du danger.

— Est-il encore ici?

— Non; à peine de retour à Thèbes, te voyant sur le trône

et Laïus au tombeau, il me pria, en me serrant les mains, de l'envoyer loin de cette ville à la campagne garder nos troupeaux. Je lui accordai sa demande. Certes, ce fidèle serviteur eût mérité une autre récompense.

— Ne pourrait-on l'appeler vivement ici?

— Sans doute; mais pourquoi l'appeler?

— En effet, je crains bien d'en savoir déjà trop sur ce que je veux apprendre de lui.

— Soit, il viendra; mais ne suis-je pas digne que tu me confies tes douleurs?

— Tu vas les connaître.

Alors, Œdipe raconte à Jocaste sa prétendue naissance, l'insulte de son compagnon d'orgie, la réponse de l'oracle qui lui prédit qu'il sera l'assassin de sonJ père et l'époux de sa mère , sa résolution de ne plus retourner à Corinthe , son combat avec un vieillard accompagné de cinq hommes et conduisant un char. Et, reconnaissant que c'est lui, en effet, qui est le meur-1 trier de Laïus, il s'écrie :

— Il faut m'exiler; mais, dans mon malheur, je ne puisj ni revoir les miens, ni remettre le pied sur le sol de ma pa-i trie, car, là, une nouvelle prédiction m'attend. Ne suis-je pasV menacé de tuer mon père et de devenir l'époux de ma mère?f

le chœur. — Nous partageons tes craintes; mais, jusqu'à* ce que celui qui va venir ait éclairci tous tes doutes, conserve l'espérance.

Mais, au lieu du pâtre arrive un messager tout poudreux, comme un homme qui vient de faire une longue route.

Jocaste seule est en scène; quant à Œdipe, il est rentré dans le palais.

Le messager s'adresse au chœur.

le messager. — Étranger, pourrais-je savoir de vous où est le palais d'OEdipe? ou plutôt dites-moi où il est lui-même, si toutefois vous le savez.

le choeur. — Il est en ce palais; mais voici devant toi sa femme, la mère de ses enfants.

le messager. — Puisse cette reine accomplie être toujours entourée de prospérité !

jocaste. — Je fais les mêmes vœux pour toi,' étranger, tu les mérites par ton langage; mais dis-moi ce qui t'amène à, Thèbes et quelle nouvelle tu viens nous annoncer.

le messager. — D'heureuses nouvelles pour ton époux et pour ta famille.

jocaste. — Quelles sont-elles, et d'où vicns-tu?

le messager. — De Corinthe. Les nouvelles, cependant, quoique heureuses, vous causeront peut-être quelque peine.

jocaste. — Comment peuvent-elles avoir ce double résultat?

le messager. — Les habitants de Corinthe veulent le faire roi, à ce que l'on assure.

jocaste. — Comment 1 le vieux Polybe n'est-il plus sur le i,rône?

le messager. ■ — Non; il est dans le tombeau.

jocaste. — Que dis-tu I Polybe est mort?

le messager. — Que je meure, si je ne dis la vérité.

jocaste. — 0 femme, va, cours, et annonce cette mort à on maître. Oracle des dieux, qu'êtes- vous devenus ! Œdipe 1 fui de Corinthe dans la crainte de tuer son père, et voilà [ue le père succombe sous les coups du sort, et non sous

eux de son fils. (Entre OEdipe.)

oedipe. — Épouse bien-aimée, pourquoi m'envoies-tu chercher ?

jocaste. — Écoute le récit de cet étranger, et tu verras uellc foi tu dois ajouter aux oracles si respectés des dieux.

œdipe. — Quel est cet étranger, et que vient-il m'ap- | rendre?

jocaste. — Il vient de Corinthe pour t'annoncer que Poybe, ton père, n'est plus.

cedipe. — Que dis-tu, étranger? Parle toi-même.

le messager. — Si je dois commencer par la nouvelle mauvaise, Polybe a cessé de vivre.

cedipe. — Est-il mort victime d'un crime ou de maladie?

le messager. — Le moindre accident abat la vieillesse.

œdipe. — Ainsi, la maladie a terminé ses jours?

le messager. — Son âge avancé, plus encore que la maladie.

œdipe. — Voilà donc à quoi sert de consulter les autels prophétiques de Delphes ou le chant des oiseaux! D'après les oracles, je devais tuer mon père, et mon père est mort à Corinthe, et moi, tranquille à Thèbes, je n'ai point tranché ses jours. A moins cependant que le regret de mon départ ne l'ait mis au tombeau ; c'est ainsi seulement que je pourrais être cause de sa mort; mais Polybe est descendu aux enfers emportant avec lui ces oracles impuissants.

jocaste. — Ne t'avais-je pas depuis longtemps prédit ce qui arrive?

œdipe. — Tu me l'as dit, c'est vrai, mais j'étais aveuglé par la crainte.

jocaste. — Éloigne donc ces vaines alarmes.

œdipe. — Il me reste à redouter de devenir l'époux de ma mère.

le messager. — Quelle est la femme qui cause vos craintes'

oedipe. — Mérope, l'épouse de Polybe.

le messager. — Que redoutez-vous de ce côté?

œdipe. — La plus terrible des prédictions.

le messager. — Peut-on la connaître?

œdipe. — Écoute. Apollon me prédit un jour que j'épous* rais ma mère et que mes mains verseraient le sang de mon père. Je m'enfuis alors loin de Gorinthe, et je ne me suis jamais repenti de cette fuite, quoiqu'il soit bien doux de voir les auteurs de ses jours.

le messager. — Quoi! ce sont là les craintes qui t'éloigncnt de Corinthe, ô roi?

œdipe. — Ce fut pour ne point devenir le meurtrier de mon père et l'époux de ma mère.

le messager. — Je veux dissiper tes craintes, alors.

cedipe. — Toi?

le messager. — Oui, car je suis disposé à te servir.

oedipe. — Alors, tu pourras compter sur ma reconnaissance.

le messager. — Je l'avoue, je suis venu ici surtout dans l'espérance d'être récompensé par toi à ton retour à Gorinthe.

cedipe. — Oh ! je ne retournerai jamais près de ceux qui m'ont donné le jour.

le messager. — Mon fils, tu ne sais pas ce que tu fais.

cedipe. — Je ne te comprends pas. Au nom des dieux, vieillard, explique-toi!

le messager. — Est-ce le motif que tu as dit qui t'éloigne de Corinthe?

cedipe. — Je crains que l'oracle ne s'accomplisse.

le messager. — Tu crains de commettre un double crime sur les auteurs de tes jours.

œdipe. — Oui, vieillard, et c'est pourquoi je tremble.

le messager. — Eh bien, apprends que tu trembles sans raison, ô roi! Polybe ne t'était rien par le sang.

œdipe. — Que dis-tu ! Polybe ne m'a point donné le jour?

le messager. — Pas plus que moi-même.

œdipe. — Mais pourquoi m'appelait-il son fils?

le messager. — Il t'avait reçu de mes mains.

œdipe. — Comment donc, alors, chérissait-il à ce point un enfant étranger?

le messager. — 11 était sans enfants, sa tendresse se reporta sur toi.

œdipe. — M'avais-tu acheté, ou étais-tu mon père?

le messager. — Je t'avais trouvé sur les rochers déserts du Cythéron.

œdipe. — Quel motif te conduisait en ces lieux déserts?

le messager. — Je gardais les troupeaux du roi sur la montagne.

œdipe. — Tu étais donc berger, menant, pour un salaire, une vie errante?

le messager. — Ce qui ne m'empêcha point d'être ton sauveur, ô mon fils!

Œdipe. — Quel était mon mal, et dans quel état m'as-tu trouvé ?

le messager. — Regarde tes pieds, tes pieds rendront témoignage.

oedipe. — Dieu! quel terrible souvenir!

le messager. — Je détachai les liens qui traversaient tes talons.

oedipe. — Signe fatal et honteux!

le messager. -» Et c'est ce qui te fit donner le nom que tu portes.

oedipe. — Au nom des dieux, est-ce par l'ordre de mon père ou de ma mère que j'ai été exposé en cet état?

le messager. — Je ne sais; celui qui te remit entre mes mains pourrait seul te répondre.

œdipe. — Tu m'as donc reçu des mains d'un autre? tu ne m'as donc pas trouvé toi-même ?

le messager. — Non, un autre berger te remit à moi.

oedipe. — Quel est-il? pourrais-tu me le désigner?

le messager. — C'était un serviteur de Laïus.

oedipe. — L'ancien roi de Thèbes?

le messager. — Oui; il avait la garde de ses troupeaux,

oedipe. — "Vit-il encore? Pouraais-je le voir ?

le messager. — Vous pouvez le savoir mieux que moi, vous qui habitez le pays.

OEDIPE, se retournant vers le chœur. — Y a-t-il quelqu'un de vous qui connaisse le berger dont parle cet homme, et qui l'ait vu, soit dans la campagne, soit à Thèbes? S'il est un homme qui sache cela, que cet homme parle, car il faut que ce fait soit éclairci sur-le-champ.

le CHOEDR. — Je pense que c'est précisément ce même berger retiré à la campagne, que tuas désiré voir; mais demande à Jocaste, elle pourra te répondre mieux que personne.

oedipe. ■ — Femme , penses-tu que ce berger que nous avons envoyé chercher soit véritablement celui dont parle cet homme?

jocaste. — Que t'importe celui dont il parle? Ne t'inquiète e rK-n, oublie de vaines paroles.

oedipe. — Non, rien, rien ne pourra m'empêcher de cherher les indices qui peuvent me révéler ma naissance.

jocaste. — Au nom des dieux, si tu tiens encore à la vie, Imonce à tes recherches; j'ai déjà bien assez de tourments insi.

oedipe. — Quand je serais trois fois esclave par une triple 1ère, cet opprobre ne rejaillira point sur toi.

jocaste. — Je t'en supplie, cependant, arrête-toi.

oedipe. — Non, rien ne m'empêchera de pénétrer ce mysire.

jocaste. — Je sais ce que je dis ; crois-moi, mon conseil it le meilleur à suivre.

œdipe. — Il y a trop longtemps déjà que les excellents raseils me fatiguent; il faut que je sorte de mon doute.

jocaste. — Infortuné, puisses-tu ne jamais savoir qui es.

Œdipe, impatient. — M'amènera-t-on enfin ce berger?

jocaste, sortant. — Hélas ! hélas! malheureux! c'est le seul

)m que je puisse te donner. (Elle sort.)

Je doute que tout l'art moderne aille plus loin que ;tte simplicité antique ; une telle scène mise en vers rmes, graves et bien rimes, eût été sublime jouée par aima, mademoiselle Georges et Damas.

Œdipe est resté seul avec le chœur et le messager : s paroles funestes de Jocaste, qui lui donnent à presntir les plus grands malheurs, ne peuvent l'arrêter ms sa route. Entré dans la voie fatale, il ira jusl'au bout ; d'ailleurs, il croit qu'il n'est encore quesm pour lui que d'une naissance obscure , et il se sent i-dessus de la multitude encore plus par son génie le par sa fortune.

Aussi s'écrie-t-il :

— Malgré tout ce qui peut éclater, je veux connaître n naissance, dût-elle être la plus humble; que Jocaste rougis: de mon obscurité, on peut pardonner cet orgueil à ui femme; mais moi, fils de la Fortune, élevé par elle au pli haut rang, je n'aurai point à rougir, car la Fortune est n mère !

Alors s'avance le chœur, c'est à lui de parler. OEdij est encore sur le trône, il flatte Œdipe.

le choeur. — Si je sais lire dans l'avenir, si j'ai Vinte ligence des événements, ô Cythéron ! demain, lorsque la lui sera dans son plein, tu te verras honoré par nous, ô mo sacré! comme le père et le nourricier d'OEdipe, et céléb par nos danses, pour la protection que tu accordes à n rois. Apollon sauveur, exaucez ces vœux ! — O mon fi] quelle fille des dieux t'a donné le jour? Serait-ce quelqi amante du dieu Pan qui erre sur la montagne, ou quelqi maîtresse d Apollon? — car ce dieu se plaît aussi sur 1 collines aux riches pâturages, — ou le dieu de Cythère? < Bacchus, qui habite la cime des monts, t'aurait-il eu d nymphes de l'Hélicon, avec lesquels il se plaît à folâtrer?

Cette flatterie du chœur, qui veut absolument qu du moment où Œdipe ne connaît pas son père, Œdi soit le fils d'un dieu, est interrompue par l'arrivée < berger qu'OEdipe a envoyé chercher.

Œdipe le voit venir de loin, et, s'adressant au chœ d'abord, puis au Corinthien qui vient de lui annonc la mort de Polybe.

— Étranger de Gorynthe, dit-il, est-ce là celui donti nous parlais?

le messager. — C'est lui-même.

oedipe, au berger. — Vieillard, réponds-moi et répond à toutes mes demandes. Tu étais au service de Laïus? '

le berger. — J'étais son esclave, non point pour avoir été meté par lui, mais pour avoir été élevé dans son palais. ŒDtPE. — Quel était ton emploi, ton occupation? le berger. — La plupart du temps, je conduisais les trouîaux.

œDIpE. — Quels étaient les lieux que tu fréquentais plus irticulièrement?

le berger. — Le Gythéron et les pâturages qui l'entou- :nt.

cedipe, lui montrant le Corinthien. — Y as-tu jamais VU cet )mme?

le beuger. — De quel homme parles-tu?

cedipe. — De celui qui est là devant tes yeux. Ne l'as-tu mais rencontré?

le berger. — Non, autant du moins que mes souvenirs ie permettent de l'affirmer.

le messager. — Il n'y a rien d'étonnant à cela, ô maître ! ais je rappellerai bientôt ses souvenirs effacés ; je sais lès-bien qu'il m'a vu sur les pâturages du Cythéron; il conîisait deux troupeaux : je n'en avais qu'un. Nous restâmes semble trois mois entiers, depuis la fin du printemps jusau lever de l'Aréthuse; et, l'hiver venu, nous ramenâmes

troupeaux, moi dans mes bergeries, lui dans celles de dus. Y a-t-il, dans tout ce que je dis, quelque chose qui

soit exact?

le behger. — C'est vrai; mais tu parles d'un temps bien

ulé.

le messager. — Dis-:noi, te souviens-tu alors que tu me

nis un enfant pour l'élever comme le mien ?

î.e berger. — Que veux-tu dire? Pourquoi cette question?

e messager. — C'est que voici devant toi celui qui était

rs enfant.

e berger. — Oh I misérable!... ne peux-tu donc te taire?

edipe. — Ne le maltraite pas, vieillard ; c'est toi et non

qui mérites le blâme.

e berger. — Qu'ai-je donc fait de mal, 0 le meilleur des

itres ?

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