CHOEUR DES SERVANTES
Promenons encore, Promenons nos doigts Sur la peau sonore Du tambour crétois.
Célébrez l'orgie, Flûtes de Phrygie, Roseaux à sept voix.
11 faut, pour bien vivre, Consacrer le jour Au dieu qui s'enivre, La nuit à l'amour.
Comme la bacchante, Je danse et je chante Au bruit du tambour.
La jeune cavale, Errante à son gré, Du zéphir rivale Bondit dans les prés; Ainsi court et vole La bacchante folle Sur le mont sacré.
De temps en temps, quand ma course m'a emporté à travers l'aride champ de la critique, si j'aperçois une oasis, je m'y arrête et m'y désaltère. Si je vois une fleur, je cours à elle et je la cueille.
Merci de vos charmantes strophes , ô poète mon frère; elles me rendent la tâche facile, et je voudrais les citer toutes, ne fût-ce que pour prouver que, lorsque vous êtes inférieur, je ne dirai pas à Homère, — qui n'est pas inférieur à Homère, si ce n'est Dante et
Shakspeare ? — mais à vous-même, c'est que vous vous trompez de route et que vous voulez être Euripide ou Sophocle, au lieu d'être Tibulle ou Horace.
Au reste, nous voici arrivés au dénoûment terrible.
Les prétendants sont réunis au banquet, se gorgent de viande , s'enivrent de vin , au bruit des chants des belles filles leurs courtisanes. Ulysse arrive en mendiant ; 11 s'agit pour lui, s'il en est temps encore, de séparer les bons des mauvais. Il s'approche de la table , et, l'œil et la bouche affamés, demande à chacun l'aumône d'un repas.
D'abord, Ulysse a affaire aux serviteurs, chiens aboyants qui ne veulent pas même le laisser entrer dans la salle du festin.
Va-t'en donc 1 Veux-tu bien, vieux rustre, Couvert de tes méchants lambeaux, Te mêler, comme un hôte illustre, A des seigneurs jeunes et beaux?
TÉLÉMAQCE.
Holà! quel est ce bruit?
MÉLÀNTHEIS.
C'est un pauvre qu'on chasse, Maître, et qui ne veut pas s'en aller, quoi qu'on fasse.
TÉLÉMAQUE
Pourquoi donc le chasser? Laissez; n'y touchez plus; Malheur à la maison dont le pauvre est exclus.
Voilà donc Ulysse libre d'aller et de venir dans la salle du festin.
D'abord, il s'adresse à Ctésippe de Samos. Dans le drame, Ctésippe se contente de dire à Ulysse : « Arrière, vagabond! »
Dans le poëme, il lui iette un pied de bœuf à la tête.
l'ulysse de ponsard 421
Chez M. Ponsard, c'est Antinous qui se livre à cette brutalité.
— Paix ! dit-il à Ulysse,
Paix donc ! éternel discoureur ; Va servir, fainéant, chez quelque laboureur. Tu trouves plus aisé de vivre dans la rue Que de gagner ton pain en poussant la charrue.
ULYSSE
Oh! si nous labourions tous deux au même endroit, Nous verrions qui ferait le sillon le plus droit. Non, allez, je ne suis ni fainéant ni lâche ; Mais vous ne vous plaisez qu'à dire ce qui fâche. Moi, je suis un vieillard. Or, le lâche est celui Qui, jeune et vigoureux, vit aux dépens d'autrui.
ANTINOUS, lui jetant un marchepied.
Ah I tu m'insultes, tiens !
TÉLÉMAQUE, tirant son épée.
Par tous les dieux, je jure!
Heureusement pour toi, mon hôte est sans blessure. Si tu l'avais atteint, il t'en eût coûté cher.
Voici Homère :
Ayant ainsi parlé, Ctésippe prit dans une corbeille un pied de bœuf, et, d'une main robuste, le lança à Ulysse. Ulysse inclina légèrement la tête et l'évita, et dans son âme sourit de mépris. Le pied cependant alla frapper la muraille solide. Mais Télémaque , s'adressant à Ctésippe, le réprimanda en ces termes :
— O Ctésippe, il a mieux valu pour ta vie que tp n'aies point frappé et que de lui-même il ait évité le trait, car certainement je t'eusse à l'instant même frappé en pleine poitrine avec ma lance aiguë, et ton père, au lieu de tes noces, eût célébré ici tes funérailles. Or, que personne ne se permette d'insolence dans ma maison, car maintenant je comprends et connais toute chose, les bonnes comme les mauvaises. Il y a pou de