II
Ce fut lassé d'entendre répéter ces accusations de commerce que Scribe, à qui on niait la puissance de produire seul, fit seul pour le Théâtre-Français en quatre ans, et sans nuire à ses autres ouvrages de l'Opéra, de rOpéra-Gomique et du Gymnase, quatre comédies en cinq actes dont une seule, V Ambitieux^ n'obtint qu'un succès contesté. L'Académie jugea M. Scribe autrement que ne l'avait fait le feuilleton, et son admission dans l'aréopage littéraire lui donna de droit et légalement le rang que depuis longtemps il avait pris de fait.
Maintenant, qu'on nous permette de citer une anecdote assez ignorée, je crois, par cela même qu'elle fut spécialement connue des confrères de M. Scribe, qui sans doute auront craint de blesser sa modestie en la répétant. Lorsqu'on établit la société des auteurs dramatiques, on s'occupa non-seulement de défendre les droits de tous ceux qui faisaient partie de la société pendant l'âge de la force et de la production , mais encore de subvenir aux besoins de ceux qui avaient déjà atteint la vieillesse : en conséquence, on fonda une caisse de secours et de pension et on vota la retenue d'un demi pour cent sur les droits de tous. Un des membres fit alors l'observation qu'en supposant qu'aucun secours et qu'aucune pension ne fussent accordés dans cet intervalle, il faudrait près de deux ans pour réunir un premier fonds de dix mille francs, somme qui serait cependant nécessaire pour prévenir l'épuisement.
Un mois ou deux après cette réunion, une demande de secours arriva; elle était instante et pleine d'in-
térêt. 'Le président appela, en conséquence, le trésorier, et lui demanda s'il y avait quelque chose en caisse.
— Il n'y a encore, répondit celui-ci , que les dix mille francs envoyés par M. Scribe.