‹ Souvenirs dramatiquesChapitre 37 sur 44 · EURYCLÉE · texte numérisé non relu

EURYCLÉE

Paix, voilà la maîtresse. Allons, que l'on travaille.

MÉLANTHO.

Attendons pour sortir que la reine s'en aille.

Je défie qu'on me dise à quoi sert ce second vers, si ce n'est à faire rimer s'en aille avec travaille.

Alors, s'adressant à la reine, qui n'est pas près de s'en aller, puisqu'elle ne fait que d'entrer, Kuryclée lui dit :

L' ULYSSE DE PONSAHO 393

0 ma fille, les chefs viendront chez vous ce sou-;

Par un de leurs hérauts, ils vous l'ont fait savoir;

Voidez-vous pas d'ahord vous peindre la figure;

La femme la plus belle a besoin de parure,

Et la plus vertueuse a toujours un désir

De plaire même à ceux quelle voit sans plaisir.

Le conseil est assez étrange dans la bouche de la lourrice d'Ulysse, et je ne suis plus étonné que les suivantes infidèles ne se gênent pas devant la vieille ■réature.

Maintenant, savez-vous pourquoi M. Ponsard a étt^ Mitraîné d cette faute? Vous allez le voir.

Dans Homère, Télémaque, en rentrant au palais, est salué par sa mère, qui lui demande s'il n'a rien appris sur Ulysse.

Télémaque lui répond :

— Ma mère, n'excite pas mes larmes, n'ébranle pas mon cœur dans ma poitrine; j'ai échappé au danger suprême: mais, toi, purifiée et revêtant ton corps de beaux vêtements, dans la chambre où tu monteras avec les femmes qui te servent, voue à tous les dieux de complets hécatombes que lu F^af'rifleras, si Jupiter accomplit l'œuvre de ma vengeance.

C'est étrange que M. Ponsard se trompe ainsi, à chaque intention du poète, et fasse d'une pi^ification pieuse conseillée par un fils, qui sait que son père le suit, une excitation à une parure adultère.

Aussi Pénélope répond-elle :

Ne me conseille pas de me parer, nourrice;

.Te ne désire pas plaire à d'autre qu'Ulysse.

.Te voudrais enlaidir du jour au lendemain

Pour êloisner de inoi ceux qui rlierchentma main.

Ces vers de M. Ponsard conduisent naturellemen notre esprit à une réflexion qui, venue à d'autres qu nous, bien certainement a dû nuire à l'intérêt de l'ou vrage.

La naïveté primitive de V Odyssée a un si grand charme qu'elle fait adopter au lecteur cette étrange invrai sem blance, de voir toute l'aristocratie de Tarchipel loniei amoureuse d'une femme qui, selon le calcul le moin rigoureux, doit avoir quelque chose comme quaranti ou quarante-cinq ans.

Il est dur de céder une pareille femme,

s'écriera plus tard un des prétendants, tandis que , d( son côté, Télémaque fera cette réclame à sa mère ei disant à ses amants réunis :

Dans Pylos, dans Argos et dans toute la Grèce, Vous ne trouverez pas une telle princesse.

A cette époque, monsieur Ponsard, Télémaque, songez-y, est un grand garçon, qui a vu le monde et voyag( beaucoup, multorum vidit et urbes. Il a même, s'il fan en croire Fénelon, filé une intrigue assez compliquée avec une dame d'honneur de Calypso ; tout cela ne rajeunit pas Pénélope, songez-y, poëte , surtout dans k climat de la molle lonie, mollis loniœ^ où le soleil, la poussière et le vent marin vieillissent les femmes avant l'âge, et, quoi qu'en dise Télémaque, qui voit sa mèrf avec les yeux d'un fils, les jeunes princes grecs pourraient trouver mieux qu'une femme qui va au restt leur échapper tout à l'heure, en les faisant tuer par un lils de vingt-deux ans et un mari de cinquante.

l'llysse de PO NSA ru 3y5

l'out ceci veut dire seulement que les exigences d'iuie agédi-e sont tout autres que celles du poëme. D'ailleurs, voyez comme Homère va au-devant de objection que nous vous faisons à vous, et comme, ai" l'intervention de Minerve, il a soin de rajeunir la ieille femme :

Alors, Minerve prit une autre résolution ; elle ferme les eux de la fille d'Icare, épanche sur elle le doux sommeil, et ^énélopo s'endort, tous ses membres s'engourdissent sur le ong siège où elle repose ; alors, la plus noble dos déesses répand sur la dormeuse les dons immortels, afin que les Achéens 'admirent.

Au reste, voyons comment le fils et la mère s'aborlent dans M. Ponsard ; nous verrons ensuite comment lis s'abordent dans Homère.

TÉLÉMAQUE, à Ulysse, en lui Montrant Pénélope.

La voyez-vous auprès de la muraille Assise; elle a baissé la tête; elle travaille.

Télémaque, vous le voyez, nous donne raison luimême; il faut que Pénélope soit bien changée, pour qu'il ait besoin, afin qu^elle soit reconnue de son époux, de la lui détailler si minutieusement.

ULYSSE

Dieux puissants! si près d'elle, après un si long temps! Pénélope! Attendons, mon fils, quelques instants, Je ne suis plus à moi; l'émotion me gagne.

EURYCLÉE, â Pénélope.

J'aperçois Télémaque. Un vieillard l'accompagne.

ULYSSE, à Télémaque.

Soyons prudents.

o'JÔ h 0 U V i: N i R s DR A M A T 1 Q U E y

TÉLÉMAQUE, k Pénélope.

Voici l'hôte dont nous pailiuii^.

Mu mère; quoique pauvre et vêtu de haillons, Vous devez cependant lui faire bon visage, Car il paraît instruit et parle en homme sage, il a connu mon père en pays étranger.

Ma mère; et, s'il vous plaît, on peut l'interroger. Veuillez donc le traiter honnêtement, ma mère. »

Cette petite leçon, tant soit peu outrecuidante, blesu Pénélope, qui répond :

Vous ne m'apprendrez pas ce qu'il convient de l'aire, Mon fils!

Est-ce bien là le dialogue d'une mère et d'un tils qu se sont abordés ainsi :

Cependant, la prudente Pénélope sortait du Ut, semblable à Diane et à Vénus la blonde, jetant en pleurant ses braîautour de son lils chéri, baisant son Iront et ses deux beaux yeux, et, ne pouvant retenir le flot de ses paroles, elle lui parla ainsi : « Télémaque, ma douce lumière, etc., etc. »>

Suit entre Pénélope et Ulysse une scène à peu prob pareille à celle qui a eu lieu dans l'acte précédent entre Ulysse et Télémaque.

Pénélope demande à l'étranger qui il est.

Lé prudent Ulysse la trompe comme il a trui)i[M Eumée; seulement, il lui lait un récit différent.

Dites-moi oependant quels lieux vous ont vu naître?

demande Pénélope.

ULYSSE

Je SUIS né lils de roi; vous connaissez peut-être La Crète, une grande ilc au milieu de la mer,

Uù commandait Minos, issu de Jupiter;

Son fils Deucalion, d'un premier hyménée,

Eut deux enfants, dont l'un se nomme Idoménée;

Je suis son autre fils, et me nomme Aëton,

Nous étions tous deux beaux et vaillants, disait-on.

— Or, Ulysse, voguant vers Troie, une tempête

Contraignit les vaisseaux à relâcher en Crète.

J'accueillis de mon mieux Ulysse en ma maison;

Il y resta dix jours, ayant tout à foison,

Et, le onzième jour, la tempête calmée

Lui permit de partir suivi de son armée.

La scène tout entière est prise dans Homère ; nous ae pouvons donc Tapprécier que par comparaison. Voici comment, dans le poëte grec, Ulysse raconte

Alors, répondant, ainsi parla l'ingénieux Ulysse : — 0 vénérable épouse d'U lysse, iils de Laerle, tu ne renonces pas à m'interroger sur mon origine. Eh bien, je vais te la dire; certes, aux douleurs que j'éprouve déjà, tu auras ajouté d'autres douleurs, mais c'est la coutume, quand de sa patrie un homme demeure aussi longtemps éloigné que je l'ai été de la mienne, soutirant toute sorte de maux, errant par les villes des hommes; mais je n'en parlerai pas moins, puisque tu m'interroges.

La Crète est une terre qui s'élève au milieu de la mer sombre, terre belle, riante et grasse; elle est habitée par des hommes nombreux, ou plutôt innombrables; elle a quatrevingt-dix villes, où se mêlent différentes langues. Là sont des Achéens; là sont des Cretois autochtones, grands de cœur; là sont les Cydones, les Doriens, divisés en trois tribus, les divins Pelasges. Entre les villes s'élève Gnossos, cité superbe où régna neuf ans Minos, qui s'entretenait familièrement avec le grand Jupiter, Minos, père de mon père, du magnanime Deucalion. Or, Deucalion m'engendra, moi et le roi Idoménée; lui, partit pour Ilion avec les Atrides sur les II. 23

navires aux poupes recourbées; mon nom est Aëton; je suis le dernier-né ; mon frère était l'aîné et le meilleur. Là, je vit Ulysse, et je lui donnai l'hospitalité, car, pendant qu'il se rendait à Troie, la force des vents l'avait conduit en Crète, l'ayant rep'oussé du cap Malée; il jeta l'ancre devant Amnise, oii est la grotte des Ilithies, dans des ports si difficiles, qu'à peine échappa-t-il aux tempêtes. Montant aussitôt vers la ville, il demandait Idoménée, disant qu'Idoménée était son hôte vénérable et hien-aimé ; mais déjà l'aurore s'était levée dix ou onze fois depuis que, sur ses navires aux poupes recourbées, Idoménée était parti pour Ilion; alors, le conduisant vers ma maison, je le reçus de ma meilleure hospitahté, le traitant avec un soin amical, aidé par tous mes serviteurs, et, à lui et à ses compagnons, je donnai la farine du grenier public, les vins noirs, depuis longtemps amassés, et des bœufs à sacrifier, de manière à satisfaire à tous les désirs de leur cœur* Là, pfendant douze jours, les Achéens, fils des dieux, restèrent près de moi, car le puissant yent Borée les y forçait, en ne s'apaisant pasj sans doute quelque dieu com traire l'excitait. Enfin, le treizième jour^ le vent tomba, et il? partirent,

Qu'avez-yous fait, poëte dramatique, de ce récit si chaud, si coloré, et, noua pouvons le dire, si plein de science géographique, à cette époque où la géographie est encore dans son enfance? Cette terre ^ qui s'élève au milieu des Ilots sombres, est naïvement devenue sous votre plume %me île au milieu de la mef; mais ces quatre-vingt-dix villes, ces Achéens, ces Cretois autochtones, au cœur altier, ces Cydones, ces Doriens, divisés en trois tribus, et ces PelaSges issus des dieux, qu'en avez-vous fait? Où est Minos, qui s'entretient familièrement avec le grand Jupiter sur le mont Idaj comme parle Moïse avec Jehovah sur le Sinaï ! Où est Amnise aux ports difficiles? Où est Borée au souffle

L ULYSSE DE PONSAllD 399

puissant, excité sans doute par quelque dieu ennemi? Tout €ela, c'est-à-dire tout ce qui est science, richesse, abondance, poésie, tout cela a disparu.

Continuons et suivons la scène chez Homère et chez

vous.

Ainsi (ilissimulait Ulysse, disant beaucoup de mensonges pareils à des choses vraies; et, en l'écoutant, les larmes de Pénélope coulaient inondant son visage. Ainsi se fond au sommet des montagnes, sous l'haleine d'Eurus, la neige que Zéphir a répandue, et va en ruisseaux gonfler le cours des fleuves, ainsi coulaient et trempaient ses belles joues les larmes de Pénélope pleurant son époux.

Acceptez-vous ceci comme équivalant? Vous en êtes les maîtres, chers lecteurs :

PÉNÉLOrE.

Quoi! vraiment, c'était bien Ulysse mon époux?

ULYSSE

Oui, reine, c'était lui.

PÉNÉLOPE

Vous l'avez eu chez vous?

ULYSSE

le fus son bote, reine.

PÉNÉLOPE

Approchez, que je puisse Serrer aussi la main que serra mon Ulysse. «

(Elle lui prend la main en pleurant.) O souvenir mêlé de peine et de douleur!

ULYSSE, à part.

Grands dieux ! que je voudrais l'attirer sur mon coeur.

(A Pénélopo, en retirant sainaih.) Reine, laissez ma main trop rude pour les vôtres.

PÉNÉLOPE

Toute rude qu'elle est, je la préfère à d'autres. — Parlez d'Ulysse encor.

400 s 0 U V i: N I 11 s d u a m a t i u f l:^ ïj

Pieveiions à Homèro.

Mais Ulysse, quoique plaigiiaiiL au i'ond de i"àme son épouse tout éplorée, Ulysse gardait sous ses paupières ses yeux aussi immobiles et aussi secs que s'ils eussent été de corne ou de fer; mais véritablement la prudence seule lui donnait la force de cacher ses larmes; mais celle-ci, après qu'elle fût rassasiée de pleurs et de gémissements, reprit :

— Et maintenant, mon hôte, je veux nVassurer si, parti d'ici avec SCS divins compagnons, mon époux a, ainsi que tu le dis, reçu Thospitalité dans ta demeure; dis-moi quels étaient les vêtements qui le couvraient, quel il était lui-môme, quels étaient ses amis et ceux qui raccompagnaient?

Et l'ingénieux Ulysse répondit ainsi :

— 0 femme! il est difficile après un si long temps, car déjà vingt années sont écoulées depuis que ton époux a quitté d'ici, est venu dans ma demeure et s'est éloigné de ma patrie; et cependant, je vais te raconter la chose comme me la rappelle mon cœur. Le divin Ulysse portait, teint en pourpre, un vêtement de laine double, retenu par une agrafe d'or à deux tuyaux; le travail en était magnifique; entre ses pattes de devant un chien tenait un faon et le regardait palpiter, et tous admiraient, car, quoique ces deux animaux fussent d'or, l'un étoullait le daim, le paralysait de son regard; l'autre, désirant fuir, palpitait entre ses pattes; en outre, je remuniuai sur le corps du héros une splendide tunique, aussi molle et aussi transparente que la tunique de l'oignon; ainsi était ce doux tissu, brillant au reste comme le soleil, et les femmes en foule se pressaient pour l'admirer. Que te dirai-je de plusr recueille- toi dans ton àme. Je ne sais si dans cette maison Ulysse revêtit jamais ce manteau et cette tunique avec lesquels je l'ai vu, ou s'il les avait reçus deciueliiu'un de ses compagnons en montant sur ses navires, ou, enlin, si (jucique hôte les lui avait donnés, car Ulysse était aimé d'un grand nombre de mortels, attendu (jue peu d'Aciiéens étaient semblables a lui; et, moi-même, je lui lis présent d'un glaive d'airaiu, d'uu double manteau de iiourjjre, d'une splendide tunique, el

i/t'lysse de PO NSA un 401

jo no lo quittai que bien établi sur son vaisseau, un héraut l'accompagnait, son aîné à peine; je puis aussi te dire comment il était : bossu, noir de peau et avec des cheveux cré" pus; son nom était Eurybate, et Ulysse l'honorait par-dessus tous les autres, parce qu'il le sentait presque aussi prudent que lui.

PÉNÉLOPE

Je vais voir, maintenant que j'y songe, Si vous êtes sincère ou faites un mensonge. Lorsqu'on votre palais Ulysse fut admis, <,)uelle robe avait-il? quels étaient ses amis?

ULYSSE

Autant qu'il m'en souvient encore, ô grande reine ! H avait un manteau de pourpre en double laine.

PÉNÉLOPE

('.■p?t vrai.

ULYSSE

(^)ui s'attachait par une agrafe d'or.

PÉNÉLOPE

tl'est moi qui l'ai posée.

ULYSSE

Et brodé sur le bord.

PÉNÉLOPE

Comment?

ULYSSE

La gueule ardente et les yeuK écarlatos. Un chien tenait un faon palpitant sous ses patte? ;

PÉNÉLOPE

Le chien mordait le faon qu'il venait dV////Y/p^r, •

ULYSSE

Et le faon agitait les pieds \^our s'échapper.

Tl est bien entendu qn'atiraper est mis là pour forcer, et c'était grâce à un ressort caché derrière le manteau que le faon agitait les pieds.

On se rappelle que ceci n'est pas dans Homère.

PÉNÉLOPE, à Télémaque.

Oh ! c'est vrai, c'est bien vrai !

ULYS3E.

Si j'ai bonne mémoire, L'un des amis d'Ulysse avait la peau très-noire, Les cheveux très-crépus et le dos contrefait, Il se nommait, je crois, Eurybatei

PÉNÉLOPE

En effet, Je n'ai plus aucun doute après un tel indicé, Et vous avez chez vous accueilli mon Ulysse, — - Ahî cher hôte, j'avais pour vous de la pitié : Je vous aime à présent d'une grande amitié,

0 mon hôte, — dit Homère par la bouche de Pénélope, ot par ma mauvaise traduction, — toi que je ne regardais que comme un malheureux digne d'être plaint, tu seras désor* mais cher et honoré dans ma maison. Oui, c'est bien moi qui ai tiré de la chambre nuptiale et donné à mon époux les vêtements que tu décris; c'est bien moi qui ai cousu l'agrafe splendide qui en faisait l'ornement. Hélas ! je ne le reverrai jamais revenant à la maison, sur la terre bien-aimée de la patrie. Ce fut un mauvais destin qui enleva Ulysse sur son navire aux flancs profonds, pour lui faire voir cette Ilion maudite que je ne veux plus même entendre nommer.

Et Pénélope donne l'ordre àËuryclée, la nourrice d'Ulysse, de laver les pieds du mendiant royal dans un bassin d'or.

Il fallait au grand poëte un pendant à son épisode du chien Argos; la nourrice Kuryclée va nous le fournir.

Au moment où Pénélope ordonne à Euryclée de laver les pieds du voyageur, on entend un grand tumulte dans le vestibule : c'est la troupe des prétendants qui arrive, poussant des cris et poursuivant les servantes

l'ulysse de ponsard 403

fidèles qui ne Veulent pas se conformer à la morale prôchée par Mélantho.

Les servantes fidèles viennent chercher un refuge dans la chambre de Pénélope, et elles y sont relancées par les prétendants.

Parmi ces prétendants, trois seulement sont des acteurs parlants, Antinoils, Amphinome et Eurymaque,

Le théâtre est occupé d'un côté par Pénélope, Télémaque, les suivantes fidèles; de l'autre, par Ulysse, à qui Euryclée s'apprête à laver les pieds^ et, au milieu, par les prétendants.

Ici, il y a encore transposition.

Au lieu que ce soit, comme dans Homère, Pénélope qui raconte à Ulysse, qu'elle ne connaît pas, la ruse de la toile, tissée le jour et défaite la nuit, c'est Antinous qui reproche cette ruse à la reine.

Or, la toile ost tissée en dépit de YOuS'inême,

dit Antinous,

Et vous cherchez en vain un nouveau Étratàgèhie ; Je vous avertis donc, reine, que, dès demain, H faut vous résigner à conclure l'hymen. Choisissez qui vous plaît; prêtiez celui des nôtres Qui fera des cadeaux plus riches que les àutr^. Aussitôt mariée à l'un de nous, celui Dont vous aurez fait choix vous mènera chez lui ; Les autres s'en iront; si hien que Télémaque Pourra jouir en paix de ses biens dans Ithaque. Mais, si vous prétendez nous amuser encor, Nous resterons ici, dévorant son trésor; Vous acquerrez par là plus qu'une gloire hiittlàine; Mais aussi votre iils y perdra son domaine.

404 SOUVENIRS DRAM ATI qu'es

Car, j'en fais le serment, nous n'irons pas chez nous Que TOUS n'ayez d'abord fait choix d'un autre époux,

PÉNÉLOPE

Perfide Antinous! ô langue envenimée!

Toi, qui d'un homme sage avais la renommée,

Ah! qu'on te jugeait mal! Réponds, cruel : pourquoi

Es-tu si méchamment acharné contre moi ?

Tu parles de mon fils. Crois-tu donc que j'ignore

Ce que tu méditais et médites encore.

Hier même, barbare, embusqué vers le port,

Ne l'attendais- tu pas pour lui donner la mort?

Ulysse cependant fut l'hôte de ton père ;

De rhospitalité voilà donc le salaire!

Tu pilles sa maison, déshonores ses lits.

Persécutes sa femme et veux tuer son fils!

Antinous comprend qu'il n'y a pas grand'chose à répondre à cela; aussi laisse-t-il parler Amphinome; d'aPeurs, les exigences de la scène veulent que chacun parle à son tour.

— Non, reine, dit Amphinome,

Non, reine. On n'en veut pas aux jours de Télémnque, I*'t je le défendrai, moi, si quelqu'un l'attaque; Mais, pour vous délivrer de tout sujet d'ennui, Que ne consentez-vous à choisir un appui?

PÉiNÉLOPE, doucement, .le ne repousse pas un second hyménée, Amphinome. Chacun subit sa destinée.

— J'envie une autre veuve : heureuse en ses douleurs. On lui laisse du moins la liberté des pleurs;

Après avoir perdu l'époux fjui fit sa gloire,

Elle peut d'un long deuil honorer sa mémoire;

Nul regard n'épîra ses souvenirs secrets;

Elle pourra dormir seule avec ses regrets,

Moi, traînée aux autels, comme on lest au .supplice,

L T' L Y S S E D F. PO. . . A R n -Wo

Je (lois voir un autre homme en la couche d'Ulysse; — Et, pour accroître encore ma tristesse, je vois Que l'on met en oubli toutes les vieilles lois. Quand on veut épouser une femme, l'usage N'est pas de l'aborder avec un dur visage; On craint de lui tenir de trop rudes propos; On ne confiomme pas ses vins et ses troupeaux; Mais, chacun d'un présent appuyant sa demande, C'est à qui peut lui faire une plus riche offrande.

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