INTRODUCTION. XXVII
» ... C'était aussi le roi Charles X dont la baronne Hiie venait parfois à nous entretenir. Encore qu'il ne fiH plus jeune quand il connut madame Hue, il avait conservé intactes ses vieilles traditions de galanterie française, et quand, se promenant en son parc de Saint-Cioud, il rencontrait la jeune baronne, ce n'était pas sans lui adresser quelque joli madrigal. « Il n'avait, s'écriait-elle, rien conservé des attraits de son jeune temps, et marcliait pesamment, en dodelinant de la tête, tandis que, sous son chapeau, se hérissaient ses gros cheveux gris. Alors que par une fraîche matinée d'automne je le voyais revenant de la chasse et tenant à la main un faisan superbe, il s'approcha de moi, et me voulut bien dire en un sourire gracieux : « C'est pour vous que je l'ai tué, madame la Itaronne, c'est pour vous que je l'ai tué ! »... Et comme, après une profonde révérence, je le suivais du regard tandis qu'il s'éloignait dans la brume, je vis bientôt mon Roi, qui venant à rencontrer l'une de mes compagnes, lui présenta sa chasse en s'écriant de sa voix haute : « C'est pour vous queje l'ai tué, madame la comtesse, c'est pour vous que je l'ai tué.... »
Et c'est ainsi qu'en de longues heures de causerie, la belle-fille de François Hue, quoiqu'elle prétendit que « le cadran de ses quatre-vingts ans fût parfois un guide infidèle » évoquait devant nous, en un panorama charmeur, les souvenirs de la Restauration. En son langage délicat et vieillot elle charriait jusqu'à nous les anecdotes jolies du bon vieux temps. Elle était le livre de la Vieillesse et du Souvenir,
XXVIII INTnODLCTION.
livre (lu Passé, tendrement aimé, qui, parfois, s'ouvrait aux mêmes pages, mais que nous regrettons de n'avoir point assez consulté, maintenant qu'il est fermé pour toujours '...
Baron de maricourt,
ancien élève de l'École des Chartes.
Yillemétrie, l" août 1903.
1. Nous avons placé à l'appendice de ce volume quelques fragments des œuvres inédiles de la baronne A. Hue, contenant do cnricu.x souvenirs sur la Cour.