Officier général d'origine autrichienne
2. Un des quarante-huit commandants de bataillons de la garde parisienne qui mourut révolutionnairemenl en 1794 et composa une romance avant de monter à l'échafaud.
Cependant le peuple continuait de défiler devant la Reine avec assez de tranquillité. Diverses bandes se distinguaient par de petites bannières chargées d'emblèmes ou d'inscriptions. Sur l'une , on lisait : « Tremble, tyran, ton heure est venue » ; sur l'autre : « Rappel des ministres patriotes » ; une troisième portait une guillotine au bas de laquelle était écrite : « Justice nationale pour les tyrans. A bas Veto et sa femme!... » De distance en distance, on pouvait remarquer les guides de ces hordes séditieuses; c'étaient des hommes couverts de haillons, mais portant de beau linge : de gros numéros écrits en craie blanche sur le derrière de leurs chapeaux les faisaient reconnaître.
Par un contraste si commun dans les temps de révolution, tandis que parmi les séditieux, les uns ne semblaient respirer que le carnage , d'autres s'attendrissaient à la vue de la Reine et laissaient échapper des larmes. Quelques-uns osaient adresser à cette auguste mère et à ses enfants des hommages mêlés de bénédictions. Tout le temps que dura cette pénible scène , la Reine resta debout derrière la table du conseil et traita le peuple avec affabilité. Enfin accourut Madame Elisabeth : « Tout va bien, dit-elle à la Reine; tout va bien : le Roi est en sûreté; la
garde nationale l'entoure, et répond de sa personne. »
Le soir de cette terrible journée, un garde national entra dans l'appartement du Dauphin. C'était un de ceux qui avaient montré le plus de zèle à garantir les jours du Roi. En le voyant, ce fut à qui lui adresserait la parole. M. le Dauphin s'en aperçut :
— Comment se nomme, me dil-il, ce garde qui a si bien défendu mon père? C'est un nom que je veux savoir, pour ne plus l'oublier.
— Monseigneur, lui répondis-je, je ne le sais pas; il serait flatté si vous lui demandiez vousmême.
Aussitôt, M. le Dauphin me quittant, courut faire sa question au garde national. Celui-ci refusa de le satisfaire. Le Prince insista mais ne put rien obtenir. Alors, abordant ce particulier, je lui demandai son nom :
— Je dois le taire, me répondit-il, les larmes aux yeux; il est, malheureusement pour moi, le même que celui d'un homme exécrable.
Ce généreux Français s'appelait Drouet'.
Je rappelerai aussi la question ingénue que
1. On sait que c'est là le nom du trop fameux maitre de postes de Varennes.
M. le Dauphin fit à la Reine le 21 juin. De nouveaux attroupements s'étaient formés dans les cours des Tuileries : « Maman, lui dit-il, est-ce encore hier?... »
Peu de temps après cette journée, la Reine me fit venir. Instruite qu'on informerait sur les faits du 20 juin, elle avait prévu que je serais appelé en témoignage.
— Mettez dans votre déposition, me dit Sa Majesté, toute la réserve que permet la vérité. Oubliez, je vous le recommande de la part du Roi et de la mienne, que nous étions les objets de ce mouvement populaire. Il faut écarter tout soupçon que le Roi, ni moi, gardions le moindre ressentiment de ce qui s'est passé : ce n'est pas le peuple qui est coupable, et quand il le serait, il trouverait toujours, auprès de nous, le pardon et l'oubli de ses erreurs.
Après la fatale journée du 20 juin je quittai de moins en moins la famille royale. L'été de l'année 1792 s'écoula dans de cruelles angoisses. Nos craintes n'étaient pas vaines, et nos tristes prévisions devaient se réaliser pendant la nuit du 10 août.