‹ Souvenirs du baron HüeChapitre 46 sur 83 · V. M. H. HUTIN HUE · texte numérisé non relu

V. M. H. HUTIN HUE

» lie tle la Fraternité, quai de l'Égalité, n" 6. »

» 1 messidor, l'an III de la République franooise (25 juin 1795).

Ail citoyen Bergoing, président du Comité de sûreté générale.

« Citoyen,

» Je viens pour la quatrième fois vous demander réponse à l'adresse que j'ai présentée au comité

pour être placée auprès de Marie-Thérèse-Charlotte Bourbon. Je sens que beaucoup d'affaires peuvent vous empêcher de vous occuper de ma pétition; mais mon impatience redouble par le retard et par l'idée accablante que cette jeune et malheureuse personne lang-uit, de plus en plus, par le défaut des soins et des consolations qu'elle recevrait d'une personne qui serait admise à partager et à soulager sa solitude et ses malheurs*.

» Salut et fraternité. »

» HÏJE.

Décadi 10 messidor, l'an III de la République françoise (28 juin 179o).

Peu de temps après cette requête, le bruit courut dans Paris que la captivité de Madame avait reçu quelque adoucissement et qu'il lui avait été permis de descendre de la tour dans le jardin du Temple où la suivaient sa chèvre et son petit chien Coco ",

1. "Cet honneur, écrit M. deBeauchesne(0;;. cit., t. II, p. 381) ne pouvait être accor^lé à madame Hue. Rendons lui l'hommage qui dépend de nous en faisant connaître un acte de dévouement, sympathique à tout le monde, mais qui, sous un tel nom, n'étonnera personne. »

2. La duchesse d'Angoulème donna plus tard à madame Hiie une miniature représentant Coco, son ciiien favori qui la suivit en exil.

seules distractions qui lui fassent laissées. Dès lors, je louai une chambre contiguë aux murs de cette prison \ De mes fenêtres je voyais Madame et je pouvais en être aperçu; elle put même entendre chanter dans cette chambre une romance qui lui annonçait que bientôt les portes de sa prison allaient s'ouvrir :

Calme-toi, jeune infortunée, Bientôt, ces portes vont s'ouvrir, Bientôt, de tes fers délivrée D'un ciel pur tu pourras jouir....

L'auteur de cette romance était M. Lepître', officier municipal.

C'est là aussi que j'amenais mademoiselle de Brévannes % pour qu'elle essayât, en faisant de la musique, de distraire cet ange de vertu et de

1. La Rotonde, où Hiie loua cette chambre, était une grande maison ovale actuellement démolie. Entre elle et la rue du Temple se sont élevées depuis les halles au.v vieux habits connues sous le nom de Marché du Temple.

2. Lepltre, né en 1"63, ancien professeur de rhétorique à l'Université, chef d'institution, rue Saint-Jacques, membre de 1.1 Commune de 1789 et de la Commune provisoire le 2 décembre n92, désigné huit jours plus tard pour prendre part à la surveillance des prisonniers du Temple. Cet individu, « gros, petit, boiteu.x et laid », se piquait de belles-lettres. Il est l'auteur d'une relation bien connue sur son séjour au Temple.

3. Mademoiselle Le Pileur de Brévannes, plus tard baronne de Charnacé.

douleur. Mademoiselle de Brévannes a composé, à celte occasion, la complainte suivante de la Jeune prisonnière (paroles et musique), qu'elle a chantée en cet endroit :

Du fond de cette tour obscure Où m'a confinée le malheur, Vainement toute la nature Me parait sourde à ma douleur.

Ah! cependant des cœurs sensibles Que je sais s'occuper de moi Rendent mes chaînes moins pénibles Et me prouvent encor leur foi i....

1. Hiie. par un scrupule de modestie, s'est gardé de transcrire la suite de cette romance qui célèbre son attachement à la fille de Louis XVI et le compare à Blondel auprès de Richard. On conserve dans la famille Hiie un tableau de l'époque représentant la tour et le jardin du Temple où se promène Madame Royale. On y aperçoit les fenêtres de la Rotonde derrière lesquelles madame Hue accompagnait sur la harpe mademoiselle de Brévannes et madame Duguerre, artiste de Louvois, qui venait également y chanter aux heures de promenade de Madame.

Devant cette toile, d'exécution médiocre mais d'expression très vive, on ne peut se défendre d'un sentiment d'émotion réelle. En face d'elle, l'imagination, remontant le cours des ans, se transporte aux heures où se déroulaient ces pénibles scènes. En vérité, ce ne devait pas être chose banale que le spectacle de ces trois jeunes femmes, émues et tremblantes, venant en compagnie du serviteur de Louis XVI, vieilli par la douleur, dans la chami)rette de la Rotonde. Et on les voit, tous quatre^ dans quelque mansarde miséreuse, au cours d'une de ces journées accablantes de l'été parisien, bravant l'émotion pour chanter tour à tour les mièvreries de Dorilas et de Célis, cependant que la fille de Louis XVI les écoute, anxieuse de deviner l'énigme de leurs romances, dans le triste jardin du Temple où son petit chien Coco la suit, en folâtrant, dans la maigre verdure des plates-bandes....

Mademoiselle de Brévannes y faisait également entendre la complainte suivante :

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