CÉ LIS
Pour éclairer ses bienfaits.
Au ciel brillait chaque aurore Sans le plus noir des forfaits.
Il ferait du bien encore.
Vains regrets? pleurs superflus!
Louis bien-aimé n'est plus (bis).
D 0 H I L A s 0 douleur! Ojour alTreux"?
Détestable sacrifice!
Par des monstres furieux,
11 est conduit au supplice,
Le modèle des vertus,
Louis bien-aimé n'est plus (bis).
CÉLIS
Louis voit couler son sang, Quoi, dit-il, tout m'abandonne!
Amis, je meurs innocent, Et cependant, je vous pardonne....
Vains regrets, pleurs superflus!
Louis bien-aimé n'est plus (bis) •.
Le gouvernement fat bientôt instruit de ces particularités ^ Il me fit prévenir indirectement qu'il respecterait cet hommag-e rendu au malheur, pourvu qu'il n'allât pas plus loin.
1. Il semble que cette romance qui rappelait à Madame tous ses malheurs ne fût point de nature à la distraire des ennuis de la prison ; mais il convient de ne pas oublier qu'en 1796 la " sensibilité des âmes » aimait à faire couler les larmes et non point à les tarir. De même qu'avant sa sortie de prison, on entretenait Marie-Thérèse de la mort de son père, de même, plus tard, l'Europe tout entière, lui rappelant implacablement ses malheurs, la qualifiera sans cesse d'orpheline du Temple et d'Antigone moderne.
La Princesse, sensible au début à des manifestations aussi touchantes que celles de mademoiselle de Brévannes, en contractera par la suite une sorte de lassitude. Et c'est, peut-être, par quelque inconsciente protestation contre cette compassion devenue plus tard fâcheusement officielle, qu'elle exagérera la fermeté de son caractère et la froideur de son abord.
2. Les concerts organisés par Hue avaient pris une extension considérable et ils durèrent plus de quatre mois dans la chambre de la Rotonde « occupée jadis par de braves gens qu'on a payés très cher pour les faire partir >•. ils se transportèrent ensuite 12 rue de Beaujolais, « où on vit des femmes très élégantes et des hommes à nattes retroussées ••.... (Dénonciation de Leblanc, qui porte à une centaine le nombre des • adorateurs de la fille Capet ».)
Je n'en indiquai pas moins à Madame, à l'aide d'un signal qu'elle se rappela, que j'étais chargé d'une lettre pour elle : cette lettre était de Sa Majesté Louis XVIII. Je la fis parvenir dans la tour, et Madame m'envoya sa réponse. La lettre dont le Roi m'honora confirmera ce que j'avance.
« Je suis fort satisfait, monsieur, du zèle avec lequel vous m'avez servi; et je serai fort aise, si cela est possible, que vous restiez attaché à ma mère.
» En tout état de cause, je n'oublierai jamais que votre courageuse fidélité vous a valu, de la part du feu Roi, mon frère, l'honneur d'être nommé dans son testament. Soyez bien sur, monsieur, de tous mes sentiments pour vous.
)' LOUIS
Quelques jours après que j'eus reçu cette lettre de Louis XVIII, un des agents que le Prince avait à Paris me remit une lettre pour Madame Royale.
C'était une lettre du chevalier de Charelte*. La personne à qui je me confiai pour la faire par-
1. Il s'agit ici du fameux chef vendéen fusillé à Nantes en 1196.
venir dans la tour, craignant, ainsi que moi, de compromettre la sûreté des jours de Madame, si cette lettre était saisie, je me fis autoriser à en prendre lecture, afin que Madame ne connût que de vive voix ce qu'elle contenait. Je fus même contraint, pour éviter tout danger, de brûler cette intéressante lettre.
Le chevalier de Charette, cette illustre victime de l'honneur et de la fidélité, exprimait à la jeune princesse les sentiments de l'armée catholique et royale de Vendée, qu'il avait l'honneur de commander. Il terminait sa lettre en protestant que ses compagnons d'armes et lui verseraient jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour briser les fers de l'auguste captive.
Madame Royale fut touchée de ces sentiments généreux et me fit donner l'ordre de témoigner au chevalier de Charette et à son ami sa reconnaissance des efforts que l'on faisait pour mettre fin à son affreuse captivité. Je transmis cet ordre au roi.
Cependant, les habitants de Paris et quelques membres de la Convention témoignaient un vif intérêt à Madame Royale. Le Directoire exécutif, qui lui succéda, prit donc bientôt le parti de lui rendre la liberté et d'échanger sa personne contre
celles des commissaires de la Convention livrés à l'Autriche par Dumouriez'.
Aussitôt qu'elle fût prévenue de cette décision, Madame demanda l'autorisation d'emmener avec elle quelques-uns de ses serviteurs-, parmi lesquels elle daig-na me nommer, M. Benezech^ me remit alors plusieurs pièces, dontune copie du décret délivrant Madame et un arrêté m'autorisant à la suivre à Vienne sans que, pour raison de ce vovage, on pût m'opposer les lois contre l'émigration.
Voici quelques-unes de ces pièces.
Extraits des registres du Directoire exécutif, du sixième jour du mois de frimaire, fan quatrième de la République française, tme et indivisible.
a Le Directoire exécutif arrête que les ministres de l'Intérieur et des relations extérieures, sont chargés de prendre les mesures nécessaires
1. Le ministre Bournonvilie, les députés Camus, Bancal, Lamarque et Quinette.
2. Madame désirait emmener avec elle mesdames de Tourzel, de Mackau et de Sérent, MM. Hue et Turgy. Quand elle apprit qu'il fallait diminuer le nombre de sa suite, elle dit à Bénezech : •• Les preuves d'attachement que MM. llije et Turgy ont données au.v miens me font cependant un devoir de vous prier de leur permettre de m'accompagner. »