‹ Souvenirs du baron HüeChapitre 55 sur 83 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

(4 juin 1799-janvier 1805).

Premier séjour àMittau. — Départ subit de la capitale de la Courlande pour Memel. — La duchesse de Sérent et FranroisHïie négocient la vente des diamants de la duchesse d'Angou-

. lème. — Détresse de la famille royale. — Départ pour Varsovie. — Mauvais état des finances royales. — Mesures d'économies prises par François Hiie. — Tentatives d'empoisonnement sur la personne du Roi. — Second séjour à Mittau.

Madame Royale avait reçu des habitants de Yieiine les plus grandes marques d'attachement pendant tout le temps de son séjour et, lorsqu'elle en partit, ils lui témoignèrent vivement le regret de la voir s'éloigner.

J'accompagnai la princesse à Mittau, nouvelle résidence qui lui avait été assignée par la générosité de l'empereur de Russie Paul I"", et c'est là que j'eus lajoie de revoir le roi Louis XVIII qui supportait avec grandeur d àme les heures cruelles de l'exil.

Ma femme était demeurée au service de Madame Royale, mais je me trouvai moi-même sans état.

Aussi me fit-elle venir, dès le lendemain de son arrivée, pour médire :

— Je n'aime pas à donner à mes fidèles des titres sans emploi. Ici, comme à Vienne, madame Hiie demeurera à mon service ', mais comme vous ne pouvez pas trouver de place en ma maison je vous prie de passer dans celle du Roi mon oncle qui vous veut beaucoup de bien.

Immédiatement, Sa Majesté voulut bien m'adresser la nomination suivante :

a Voulant donner à M. Hiie une preuve de ma satisfaction de sa fidélité pour le feu roi mon frère et de l'attachement qu'il a témoigné pour madame Marie-Thérèse ma nièce, je lui donne la place de commissaire général de ma maison. Le duc de Villequier lui en délivrera le certificat ainsi que je l'ai autorisé le 1" octobre 1796 à en délivrer à toutes les personnes de ma cour.

» LOUIS

A Millau, le 4 juin 1790.

1. Madame Hiie élait, nous l'avons dit, lectrice de la duchesse d'Angoulème. Encore qu'elle eut parfois à essuyer les difficultés de caractère de la Princesse, elle en était fort aimée.

Ce service m'attacha définitivement à l'auguste personne du Roi*.

Ce fut pendant le séjour de Mittau que, sous la protection du Ciel et sous les auspices de Paul I", Marie-Thérèse de France fut mariée le 10 juin 1800, à Monseigneur, duc d'Angoulême, fils aîné de Monsieur, frère de Sa Majesté Louis XVIII. Dans la matinée de ce jour, le Roi et la Reine vinrent prendre Monseigneur et Madame, chacun dans

1. Il est regrettable que Hue nous donne fort peu de détails sur la Cour de Mittau, dans cette partie très brève de ses Souvenirs. La tradition nous en a rapporté quelques-uns. La place de commissaire-général, qui lui avait été octroyée, le mit en contact perpétuel avec le roi Louis XVIII qui le voulut Inen honorer d'une estime toute particulière. On conçoit aisément que cette faveur ne fut pas sans exciter l'envie la plus violente dans la petite cour de Mittau où le désœuvrement et l'ennui régnaient en maîtres, où les moindres actes des princes en exil étaient commentés, chaque jour, par l'habituel bavardage des grands seigneurs inactifs.

On tenait à grief à M. Hue le régime d'économie sévère que les circonstances lui firent imposer dans la maison du Roi. On lui reprochait plus encore l'aiïection dont l'honorait Louis XVHl. Dès lors, quelques esprits malveillants s'appliquant à lui nuire, cherchèrent l'occasion de le perdre dans l'esprit du roi, en baguenaudant à l'envi. sur une correspondance, en apparence fort suspecte, que François Hue échangeait avec Joséphine Bonaparte, son amie des heureux jours. Fort contrarié de cette méchante alfaire, le commissaire général prit le parti loyal de montrer les lettres de Joséphine au souverain qui s'écria : - Quand on a des relations comme celles-lè. on les conserve! • Et comme Hue lui demandait si on devait cesser toute correspondance... • On les conserve et on leur écrit! • répliqua le Prince d'un ton bref.

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son appartement et les conduisirent à la bénédiction nuptiale. Elle leur fut donnée par le cardinal de Montmorency, grand aumônier de France, dans une vaste galerie du château des anciens ducs de Courlande '. Un autel y avait été dressé; des branches de verdure et de lilas dans lesquelles s'entrelaçaient des lis et des roses, formaient le seul ornement de l'enceinte. Ce fut dans ce simple appareil que les rejetons de tant de rois, les héritiers du premier trône de l'Europe, relégués loin du beau pays qui les avait vus naître, prononcèrent le serment de leur union. La noblesse de Courlande, les habitants de Mittau, de fidèles serviteurs du Roi, furent présents à cette scène touchante. Leurs yeux et les miens s'arrêtèrent plusieurs fois sur l'auguste fille de Louis XYI et sur l'abbé Edgeworth !

Cette heure d'apaisement dans l'exil devait être pour nos princes de bien courte durée '-.'

1. André Hiie fut chargé avec un autre enfant de la Cour de tenir le poêle au-dessus des mariés. Cet objet est demeuré dans la famille Hiie.

2. Ce fut vers cette époque que Marie-Thérèse donna à madame Hue un portrait d'elle, en miniature. Ce portrait, peint par Chamisso en 1800, la présente sous un aspect charmant bien différent de celui qu'on remaniue en ses portraits ultérieurs. Son visage finement dessiné, au.\ traits estompés à peine, au sourire tendre, et d'un teint éblouissant, est d'une expression délicieuse. Vêtue de blanc et de

Le 21 janvier 4801 , notre malheureux Roi et sa famille recevaient l'ordre de quitter la Russie, malgré les rigueurs d'un hiver terrible. Sans se plaindre, Louis XYIII supporta son sort avec la magnanimité qui lui était propre et son départ s'effectua dans la plus grande précipitation.

Il laissa derrière lui plusieurs serviteurs au sujet desquels il écrivit cette lettre si digne d'un grand roi :

« Je charge mon cousin le duc d'Aumont d'assurer ceux de mes fidèles serviteurs que je ne puis emmener avec moi, que leurs traitements continueront à être payés. Il leur exprimera la peine que je ressens en me séparant d'eux, de ne pouvoir faire davantage, l'espoir que j'ai encore de les réunir auprès de moi, il leur commandera surtout de ne jamais oublier que je dois à Paul I" l'union de mes enfants et que, s'il me

bleu, elle appuie sa petite main sur un coussin de velours rouge, tandis que son fidèle chien Coco repose à ses côtés. Les portraits de Madame lorsqu'elle était jeune, sont assez rares. On peut signaler, entre autres, celui peint par Friger et qu'elle donna, lors de son mariage, à Monseigneur de la Fare. Dans l'éclat de ses vingt ans, elle est douée d'une réelle beauté, dont elle ne conserva par la suite aucun vestige.

retire aujourd'hui l'asile qu'il m'avait donné, sa générosité me laisse les moyens de pourvoir à leur subsistance.

» LOUIS

Le 21/9 janvier 1801 ».

Je suivis la famille royale dans la petite ville de Memel \ en Prusse, où elle obtint une précaire hospitalité du roi, après un voyage qui fut une longue suite de souffrances. La détresse du Roi et celle de Madame, en arrivant à Memel, était à son comble. Ils n'avaient pas pour deux mois de subsistance.

Au moment du départ de Mittau, l'ordre de l'Empereur pour le payement de cent mille roubles, montant d'une demi-année du traitement du roi, venait d'arriver à Riga. Cette assurance de la continuation et de l'exactitude des payements de cette pension était déjà annoncée à Sa Majesté, de la part de l'Empereur, par l'organe de M. le comte de Pahlen. Dans l'embarras et la précipitation des apprêts, on chercha promptement de l'argent à Riga, afin de pouvoir se mettre en route. Des banquiers, sur la connaissance de l'ordre de payement de cent mille roubles, certifié par écrit parle

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